Mardi 22 octobre 2019 | Dernière mise à jour 22:57

Cannes Stallone: «J’ai une super idée pour un nouveau «Rocky!»

Venu assurer la promo du 5e volet de «Rambo», la star s’est livrée à une impressionnante master-class, faisant preuve d’un délicieux penchant pour l’autodérision.

La formidable master-class livrée par Sylvester Stallone à Cannes (en anglais).


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Le festival de Cannes s’est clôt hier sur un beau palmarès. Mais quelques heures auparavant, un Sylvester Stallone en grande forme, peu avare en anecdotes, était venu donner une master-class triomphale. Un Sly «à la cool», manches d’une chemise à carreau retroussées, santiags aux pieds, qui est revenu sur sa longue carrière, avec humour et sincérité.

On y a vu la star de 72 ans entrer en scène comme sur un ring, face à plus de 1000 fans venus lui faire une véritable ovation, avant de finir les poings levés. Jean-Paul Belmondo, grand admirateur de l’acteur, lui avait même dédicacé une célèbre photo de lui en boxeur. Animée par le journaliste Didier Allouch, la master-class lui a permis de se livrer longuement, notamment autour des deux personnages qui ont fait sa gloire, Rocky et Rambo, mais aussi sur les innombrables batailles qu’il a dû livrer tout au long de sa carrière.

Le soir même, cette fois devant un public près de 3 fois plus nombreux. «L’étalon italien» y avait présenté une copie restaurée 4K de «Rambo», accompagné des premières images de «Rambo V: The Last Blood» (à découvrir le 20 septembre en salles).

Début de carrière «Très tôt, j’ai réalisé que j’avais des désavantages, notamment à cause de cet accident survenu à ma naissance (ndlr: un nerf facial fut touché avec les forceps durant l’accouchement, lui occasionnant une bouche légèrement tordue et une langue à moitié paralysée), ce qui m’a donné cette façon de parler (ndlr: il prend une voix très grave, en articulant encore moins ses mots). Quand j’ai commencé à travailler, en tournant des pubs, les directeurs de casting ne comprenaient rien à ce que je disais. Mais j’ai vraiment réalisé à quel point c’était grave lorsqu’Arnold Schwarzenegger m’a dit un jour: «Tu as un accent toi!». «Sérieux, moi, un accent? Tu t’es écouté?», lui avais-je rétorqué (il rit). On aurait dû ouvrir une école de diction».

Le premier «Rocky» «Rocky» est devenu un phénomène alors que sur le papier, tout annonçait pourtant un échec. Sur le tournage, tout le monde travaillait quasi gratuitement. Il n’y avait pas de caravane pour se changer, on le faisait dans les vestiaires ou les toilettes. Les vêtements que nous portions étaient de toute façon les nôtres… On ne pouvait même pas se permettre d’acheter un chien, j’ai dû me servir du mien. Les acteurs étaient inconnus, le sujet – la boxe – pas vraiment populaire. Il doit y avoir 300 films sur le sujet et 299 n’ont pas rapportés grand-chose. Pourtant, quelque chose s’est passé. A l’époque, «Taxi Driver», «Network» ou «Les hommes du président» décrivaient une époque sombre et «Rocky», avec son côté optimiste, a cueillit les gens au moment où ils souhaitaient un changement. J’ai juste été chanceux. Pourtant, même une fois le film terminé, les producteurs ne l’aimaient pas et ne voulaient pas le sortir. On a dû se battre. Encore. Comme je le faisais depuis le début du projet puisqu’ils ne voulaient pas de moi en tant qu’acteur. Ils avaient envisagé Burt Reynolds, James Caan, Ran O’Neal, Robert Redford… Ils auraient mis un kangourou à ma place s’ils avaient pu. Comme les producteurs ne savaient pas qui j’étais, je leur avait dit que je jouais dans «The Lords of Flatbush», qui passait alors en salles. Ils étaient allés le voir et avaient finalement accepté. Sauf qu’ils pensaient que j’étais l’acteur principal (ndlr: Perry King)! Et en me voyant arriver sur le plateau, je les entendaient dire: «Mais où est le beau gars blond aux yeux bleus? On ne va pas faire le film avec cet empoté…» Et moi: «Trop tard les gars…».

Les suites «Je sais que beaucoup critiquent les suites au cinéma. Mais à la télé, vous suivez souvent une série sur 10 ans avec la même passion, non? Je suis d’accord que tous les films ne se prêtent pas à l’exercice mais je pense que ça peut être passionnant de retrouver certains personnages à d’autres moments de leur vie, face à d’autres challenges. Avec «Rambo», comme avec «Rocky» d’ailleurs, j’étais tellement présomptueux que j’avais à chaque fois prévu une trilogie. Pour «Rambo» aussi, personne ne voulait de moi pour le rôle. J’étais leur 11e choix. Tous les acteurs en avaient peur parce que le personnage était à la base un vrai sauvage. Dans le livre, il est si amoché qu’il tue tout le monde – enfants, femmes… – et il devait logiquement mourir à la fin. Mais ce n’est pas le message que je voulais faire passer. Je me suis dit qu’on pouvait emmener ce personnage au bord du gouffre avant de lui faire exprimer sa solitude et ses peurs, de manière à le rendre plus humain. Et donc de le laisser vivre de nouvelles aventures. Mais je n’ai jamais eu l’intention d’en faire un message politique – je ne suis pas assez malin pour ça – comme certains l’on pensé. Je me souviens de Reagan qui avait déclaré: «J’ai vu «Rambo» et c’est un vrai républicain! (ndlr: il lâche son micro et se prend la tête dans les mains)».

La réalisation «Ça n’a jamais été un but en soi mais après l’Oscar du meilleur film et du meilleur réalisateur remporté avec «Rocky», j’ai écrit la suite, John Avildsen, le metteur en scène, l’a détesté et il s’est désisté du projet. Les producteurs se sont alors tournés vers moi pour le réaliser. Je venais de faire mes armes avec «Paradise Alley» et je me suis dit pourquoi pas. Et puis ce film est sorti durant le deuxième semaine de tournage de «Rocky II». Durant la pause déjeuner, je me rends à la première du film, à Philadelphie: il y avait 4 personnes dans la salle… Là, non seulement j’ai su que le film allait être un désastre mais je devais en plus assurer la réalisation de le suite d’un film lauréat de deux Oscar. Vous imaginez la pression? Réalisateur, c’est un métier difficile: vous ne couchez jamais chez vous… J’ai vraiment souffert sur «John Rambo», par exemple, et j’essaie maintenant de raccrocher».

Les combats de «Rocky 4» «Je devais trouver un acteur qui rende justice à ce personnage surhumain que j’avais conçu, l’adversaire de Rocky. J’ai vu des tas de montagnes russes… Et Dolph Lundgren est arrivé. Dès les premiers instants, je l’ai détesté. Mais je me suis alors demandé pourquoi je le haïssais tellement avant de réaliser que c’était tout simplement parce qu’il était parfait pour le rôle. On a passé des mois à répéter le combat final et ça ne l’a pas empêché de m’envoyer à l’hôpital au moment du tournage. Mais c’est de ma faute: je lui avais dit «Bon, maintenant que toutes les prises sont en boîte, lâche-toi. Je veux quelque chose de réel. Essaye simplement de me mettre K.O.!» Ne jouez jamais avec l’ego de Dolph! C’était la chose la plus stupide à lui dire. Total: je me suis retrouvé dans une chambre d’hôpital en soins intensifs pendant 4 jours et demi, avec l’impression d’avoir échappé à un accident de voiture. J’ai cru que j’allais mourir».

Les années 80-90 «C’est une époque où je m’étais mis en pilote automatique en tant qu’acteur. Je ne veux jeter la pierre à personne mais à cette époque, le système voulait qu’on réserve son agenda deux ans à l’avance pour un film. Les salaires étaient mirobolants et les agents, qui en profitaient largement, nous préparaient des deals avec tel réalisateur, pour telle période de tournage… Il suffisait de dire ok et avant que vous ne le réalisiez, vous aviez soudainement votre agenda rempli de merdes! Parce qu’on ne prenait plus le temps de chercher le bon projet, de développer le film avec le metteur en scène… C’est pour ça qu’il y a tellement de navets dans ces années-là. Aujourd’hui, on en revient plus au scénario. Si le film est bon, avec ou sans stars, il marche. Avant, il suffisait d’avoir une star dans n’importe quelle connerie et ça marchait. Et je me suis retrouvé prit là-dedans, comme tout le monde. Aujourd’hui, ma fille me dit parfois: «Pourquoi tu as tourné dans ce truc minable?». Je lui rétorque: «Comment tu crois que j’ai payé tes études?»

«Copland» «Je pensais avoir été aussi loin que possible dans les films d’action et je voulais démystifier le truc. Je suis me suis dit: «Je vais bouffer des tonnes de pancakes, de croissants, et de toast pour me défaire de ce corps d’athlète et essayer de travailler avec mes yeux, mon langage corporel… tout sauf les muscles. C’était très bizarre parce que je me retrouvais soudainement dans la peau d’un personnage fragile, le plus faible du film. Harvey Keitel, Ray Liotta et Robert de Niro passaient leur temps à me malmener et je devais encaisser alors que dans un film d’action je leur aurais réglé leur compte en moins de deux. Mais j’ai pris beaucoup de plaisir à jouer autrement. C’était vraiment un challenge et je crois m’en être bien sortis».

La fin de Rocky «Avec «Rocky V», on avait voulu revenir aux sources avec le réalisateur du premier volet mais la sauce n’a jamais pris. Le combat devait cette fois prendre place dans la rue et les gens ont complétement rejeté cette idée. A côté de ça, tout partait à vau-l’eau pour moi et ma carrière était pour ainsi dire terminée. Plus personne ne me rappelait, j’ai été viré par mes agents… Bref, j’étais fini. Mais je voulais vraiment trouver le moyen d’apporter une touche finale à «Rocky». Quitte à disparaître pour de bon après et prendre ma retraite. Mais les studios me disaient: «Jamais. Vous êtes fini, et le personnage avec vous!». Mais j’ai continué à insister. Et finalement Joe Roth m’a fait confiance. Je voulais revenir à la vieillesse du personnage, avec ses muscles qui l’abandonnent, ses amis qui disparaissent… L’idée était cette fois de traiter le deuil. Le film a finalement marché alors que tout le monde me disait que ça n’intéresserait personne. Ça a été un miracle. J’étais prêt à prendre ma retraite mais ma carrière s’est retrouvée relancée. Pour «Creed», honnêtement, je n’y croyais pas. Je ne voulais d’ailleurs pas le faire au départ. Et puis, le réalisateur était vraiment passionné et j’ai décidé de lui donner sa chance. Mais il voulait faire mourir Rocky. Je lui ai dit «Naaaannn» et ça a été ma seule condition. Mais après le deuxième volet, je crois que c’en est fini pour moi. Par contre, j’ai une super idée pour un nouveau «Rocky». Avec cette fois un gars sans papiers qu’il déniche. Ça pourrait être quelque chose d’énorme et de très différent…»

Arnold Schwarzenegger «Ce gars m’a tout piqué pour construire sa carrière! Non, je plaisante… Ou à moitié seulement (il rit). Au début, on se détestait, c’est clair. Mais c’est une bonne chose. Il n’y a rien de mieux qu’un bon adversaire pour rester compétitif. Mais je haïssais ce gars, vraiment. J’avais «besoin» de le détester au réveil tous les matins. Maintenant, nous sommes les meilleurs amis du monde. Parce qu’il sait que je suis le meilleur… Je plaisante (il rit). Mais c’est vraiment un gars incroyable. On s’est retrouvé à faire «Evasion» ensemble, mais avec 35 ans de retard. J’ai adoré travailler avec lui mais à l’époque on aurait été incapables de s’assoir dans la même pièce».

«Rambo V» «A la fin du 4e volet, on avait laissé le personnage finalement de retour chez lui, aux Etats-Unis. Quand le film commence, on le retrouve dans une terrible tempête en train de sauver des gens à cheval. Il est toujours traumatisé par les hommes qu’il n’a pas pu sauver au Vietnam. Il a ranch mais il vit sous terre, terré comme un animal. Depuis qu’il a quitté la jungle, il s’est transformé en une bête sauvage de 115 kilos. Mais il est devenu le père par procuration de la nièce de la femme qui s’occupe de son ranch. Alors quand elle se retrouve au cœur d’un histoire de cartel mexicain, Rambo va partir dans une vengeance terrible et étriper beaucoup de personnes».

Créé: 27.05.2019, 06h34

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