Vendredi 15 novembre 2019 | Dernière mise à jour 12:58

Interview Sylvie Vartan: «Avec Johnny, on vibrait pour les mêmes choses»

Avant son concert à Genève, l'artiste de 75 ans nous raconte ses vingt ans de folie avec le rockeur, son enfance et son coup de cœur pour la chanteuse Angèle.

Sylvie Vartan sera en concert le 13 novembre 2019 au Théâtre du Léman, à Genève.

Sylvie Vartan sera en concert le 13 novembre 2019 au Théâtre du Léman, à Genève.

Sylvie Vartan en concert le mercredi 13 novembre 2019 au Théâtre du Léman. Achetez vos tickets sur Ticketcorner.ch

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Le 13 novembre, au Théâtre du Léman à Genève, Sylvie Vartan clôturera sa tournée. Au bout du fil, elle est de bonne humeur. Même lorsque la ligne coupe à quatre reprises. Elle préfère en plaisanter. La mère de David Hallyday se confie alors pendant 45 minutes sur les «vingts années de folie» qu'elle a partagées avec son ex-mari Johnny Hallyday. La chanteuse le décrit «timide» et «tendre» à la fois. De sa voix grave, elle se souvient avec amusement de ses crises de jalousie lorsqu'elle interprétait le titre un peu osé «La plus belle pour aller danser» devant un public ébloui par sa beauté.

A chaque éclat de rires, on peut entendre son chien aboyer à ses côtés. Mais l’artiste de 75 ans se remémore aussi des moments plus compliqués. Comme son enfance difficile en Bulgarie et son arrivée en France avant qu'elle connaisse le succès. «Ma vie est un film», rigole-t-elle.

Vous venez de jouer deux concerts au Grand Rex à Paris, où vous avez rendu hommage à Johnny Hallyday. Comment était-ce?

Émouvant. Cette fois-ci, il s'agissait d'un véritable hommage. Tout était différent des autres dates de la tournée (ndlr.: depuis le décès du rockeur, elle lui dédiait les 20 dernières minutes de son show.) Au Grand Rex, j'ai chanté principalement le disque «Avec Toi», où je reprends mes morceaux préférés de Johnny, sans oublier d'interpréter une partie des miens. Cela m'a rappelé que notre passion de feu était cimentée par la musique.

Comment étaient les années 1960?

C'était une période propice à la légèreté et à la gaieté. Une période bénie. Quelque chose qui restera et qui me manque.

C'était plus joyeux qu'aujourd'hui?

Ah oui! beaucoup plus joyeux! J'ai des adolescents auprès de moi et je vois que ce n'est pas du tout la même chose. Surtout au point de vue relationnel et humain. Les gosses ont beaucoup plus de soucis, ils sont plus au courant des difficultés et en subissent les conséquences aussi. Ils sont assez moroses.

Dans les années 1960, vous avez vécu des moments incroyables. Vous êtes partie en tournée avec Johnny, avec Claude François et avez partagé la scène de l'Olympia avec les Beatles.

(Rires.) Vous savez, moi aussi je trouve ça étonnant. Pour faire cet hommage à Johnny, j'ai passé en revue toute ma jeunesse et je me suis dit: «C'est incroyable!» Enfin... Je le savais car je l'ai vécu, mais je n'avais jamais regardé autant en arrière. (Elle fait une petite pause.) Quel âge avez-vous?

J'ai 31 ans.

Ah, mais vous êtes jeune! Vous verrez avec le recul, tout devient plus impressionnant. Johnny et moi étions tout le temps sous l’œil des caméras. Aujourd'hui, je comprends qu'il ait autant marqué nos mémoires. En même temps, on était des sensations. On était tellement jeunes quand on s'est connus.

Comment vous êtes vous connus?

Je chantais à l'Olympia en première partie de Vince Taylor, un rockeur pur et dur anglais et tout bardé de cuir. Johnny est venu me voir. Il connaissait mon frère, qui était musicien. Il lui a demandé qui j'étais, d'une manière dont les hommes peuvent parfois parler entre eux, vous savez. Malheureusement, il est mal tombé car il ne savait pas qu'on était de la même famille. Mon frère a pris un malin plaisir à lui dire: «Je te présente ma sœur.» Et là, je vois mon Johnny rougir de la tête aux pieds. Il a ensuite appelé son manager et a demandé qu'on fasse une tournée ensemble. Puis, on est tombés fous d'amour.

C'était un coup de foudre?

Non, je n'étais pas très propice au coup de foudre.

Vous n'y croyez toujours pas?

Ah oui, après j'en ai eu un. Énorme. Mais, à l'époque, je devais être sur mes gardes. Je sortais d'une famille qui m'avait donné des bases morales. J'étais rebelle et sage à la fois. J'avais le sens de la réalité. Cela m'a épargné beaucoup de difficultés par la suite. (Rires.)

Vous n'avez jamais pensé à réaliser un film ou un documentaire sur votre vie?

Ma vie est un film, c'est le moins que l'on puisse dire. (Rires.) C'est hallucinant. Dès le départ. Je suis née dans un pays qui s'est retrouvé derrière le rideau de fer après la guerre. Avec Staline et tout le communisme, les gens étaient complètement muselés et disparaissaient. C'était une horreur. Je me souviens très bien de la manière dont nous sommes partis pour la France en catastrophe.

L'arrivée en France était compliquée?

Oui et non. J'avais 7 ans et les enfants s'adaptent très vite à cet âge-là. On n'aime pas être différent des autres. J'ai appris le français comme tout le monde à l'école communale du coin. Les gens ne savaient pas où se trouvait mon pays et ils retenaient seulement que je ne parlais pas la langue. On disait: «Elle ne comprend pas, il faut être gentil avec elle.» J'avais horreur de ce genre de qualificatif. Je voulais être comme tout le monde et que l'on ne me regarde pas. Ironiquement, toute ma vie on m'a regardée.

La musique est arrivée assez rapidement...

Je suis née dedans. Mon père et mon grand-père étaient musiciens. Ils jouaient tous les deux du piano et de l'accordéon. Mon frère avait un cor d'harmonie. Avec le temps, il a remarqué que cet instrument était trop classique. Il l'a finalement troqué contre une trompette pour faire du jazz. Une musique que j'apprécie toujours! Grâce à ma famille, j'ai baigné dans le classique et écouté Beethoven ou Mozart, puis du jazz, mais aussi Henri Salvador ou Brassens. J'ai des goûts musicaux très larges.

Qui vous plaît musicalement aujourd'hui?

Il y a des filles qui sont pas mal. J'aime bien ce que fait Angèle. Elle est talentueuse et jolie.

Vous avez dit n'avoir jamais écouté l'album «L'amour, c'est mon pays» de Johnny Hallyday car cela vous attristait. Qu'en est-il du tout récent disque «Johnny», où ses chansons sont réarrangées par un orchestre symphonique?

Il ne me fait pas du tout le même effet. Cette voix-là, je la connais par cœur. J'aime bien le concept. Ils ont utilisé d'anciens enregistrements. (Elle réfléchit) Vous savez pourquoi cela ne me dérange pas? Car je sais que cela n'a pas été enregistré dans les mêmes conditions que son dernier disque.

Avez-vous une chanson préférée de son répertoire?

Presque toutes celles que j’interprète dans l'album «Avec toi». La raison? Elles font référence à notre histoire. Par exemple, j'apprécie beaucoup «Toute la musique que j'aime» et «Que je t'aime».

Chanter ses morceaux sur scène vous aide dans votre deuil?

Oui, beaucoup. J'avoue être un peu triste, car mon concert à Genève sera mon dernier hommage. J'aurai l'impression que le livre sera vraiment fermé. C'est encore plus émouvant.

Qu'espérez-vous que le public retienne de votre spectacle?

J'ai envie de montrer le Johnny que les gens ont aimé au départ: doux, solaire, amoureux... Un homme magnifique. Je veux qu'on garde cette image de lui et non celle de quelqu'un qui souffre et qui est triste. Je ne supporte pas qu'on puisse l'imaginer comme ça.

Vous trouvez que les gens se concentrent trop sur les scandales depuis qu'il est mort?

Oh la la, oui! Il faut dire que les scandales sont complètement alimentés. Aussi bien par les médias que par des gens qui disent n'importe quoi. Je ne les lis même plus. A un moment, il faudra bien que ça s'arrête. Tant qu'on ne vous diffame pas et qu'on ne raconte pas n'importe quoi sur votre compte, il n'y a aucune raison de vous en occuper. Mais quand on vous attaque, vous n'avez pas d'autre choix que de répondre. Les gens se sont fait leur opinion et savent exactement qui a profité de la situation.

Avez-vous été blessée par tout ça?

Non. Je sais qui est qui. On est resté vingt ans ensemble, seize ans mariés. On a parcouru la Terre entière l'un à côté de l'autre. On vibrait pour les mêmes choses. Rien n'était caché, pour le meilleur et pour le pire.

Fabio Dell'Anna

Créé: 08.11.2019, 06h25

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