Jeudi 15 novembre 2018 | Dernière mise à jour 03:57

Roman Polanski «Je n'en veux pas du tout à la Suisse»

Arrêté à Zurich en 2009, le réalisateur, de retour au festival avec son épouse, nous en parle en exclusivité et sans rancune.

Emmanuelle Seigner et Roman Polanski au Festival hier soir pour la projection de leur nouveau film.

Emmanuelle Seigner et Roman Polanski au Festival hier soir pour la projection de leur nouveau film. Image: Keystone

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Arrivés hier à Zurich pour présenter leur dernière œuvre, «D’après une histoire vraie», au Festival du film, Roman Polanski et Emmanuelle Seigner ont préféré nous répondre séparément. L’actrice de 51 ans entre donc la première dans la suite du Baur au Lac, où se déroule notre rencontre. Elle accepte d’emblée de nous parler de l’arrestation de son mari le 26 septembre 2009, lors de leur venue à ce même festival. Sous le coup d’un mandat d’arrêt international pour le viol de Samantha Geimer en 1977, il risquait l’extradition aux États-Unis. Après vingt minutes, place au réalisateur de 84 ans. «Vous savez que je connais bien «Le Matin». Je l’ai souvent lu dans notre chalet. J’ai lu les horreurs, mais aussi les articles biens que vous avez écrits à mon sujet», lance-t-il dans un sourire.

AVEZ-VOUS HÉSITÉ AVANT DE VENIR AU FESTIVAL DE ZURICH?

Emmanuelle Seigner – J’avoue que mon dernier passage m’a laissé un tel mauvais souvenir que j’ai questionné cette décision. Mais Roman voit les choses différemment.

Roman Polanski – Pas une seconde (ndlr: lui était déjà revenu en 2011, chercher le prix qu’il aurait dû recevoir en 2009). J’adore la Suisse et cette affaire fait partie du passé.

VOUS N’EN VOULEZ PAS DU TOUT À LA SUISSE?

R. P. – Non, pourquoi? J’y ai énormément d’amis et cette décision politique n’avait rien à voir avec la réalité d’un pays que j’adore.

VOUS AVEZ TOUT DE MÊME DÛ GARDER DE MAUVAIS SOUVENIRS DE VOTRE ARRESTATION?

E. S. – C’est vrai que si je pense à notre dernier passage au festival, je pense forcément aux moments difficiles de l’arrestation et lorsque j’ai dû aller voir Roman à la prison de Zurich le lendemain.

R. P. – C’est du passé. Cela ne sert à rien d’en parler.

APRÈS 7 MOIS D’ASSIGNATION À RÉSIDENCE DANS VOTRE CHALET DE GSTAAD, N’AVEZ-VOUS JAMAIS HÉSITÉ À Y REVENIR POUR VOS VACANCES?

E. S.– Moi, oui. Mais Roman adore cet endroit et il adore le ski. Je préfère la plage, le soleil à la montagne et au froid. D’autant que ces dernières années, il n’y avait même pas de neige durant nos vacances. Mais il y tient, alors nous conservons la tradition.

R. P. – J’ai énormément d’amis fidèles à Gstaad. Ils ont été nombreux à me soutenir quand j’ai été assigné à résidence dans notre chalet. C’est toujours dans les moments difficiles que l’on voit qui sont vos vrais amis. Et j’ai la certitude d’en avoir beaucoup en Suisse. Alors je reviens avec plaisir.

QUEL A ÉTÉ LE PLUS DUR DURANT CES 7 MOIS?

E. S. – Lorsque nous avons dû nous cacher dans la voiture pour sortir du chalet car la propriété était encerclée par les médias. C’était digne d’un cauchemar.

R. P. – Ne plus pouvoir me déplacer librement.

ALLEZ-VOUS REVENIR À GSTAAD POUR NOËL?

E. S. – Il aime tellement cette période que l’on ne peut que le suivre. Toute ma famille est réunie, mes parents, mes sœurs Mathilde et Marie-Amélie, nos enfants. C’est vrai que la seule idée d’être tous réunis est quelque chose de bien.

R. P. – Bien sûr. J’adore passer Noël en Suisse. C’est une tradition familiale depuis tellement longtemps que je ne voudrais pas manquer ce moment. Nos enfants (ndlr: Romane, 24 ans, et Elvis, 19 ans) s’occupent du sapin. Nous passons le réveillon ensemble et le lendemain nous profitons des pistes. Le ski est mon sport favori.

VOS ENFANTS SONT DANS LE SHOWBIZ. FIERTÉ OU INQUIÉTUDE?

E. S. – Elvis est dans la musique electro. C’est totalement différent de mon style musical, mais j’admire l’artiste car ma grande passion est la chanson.

R. P. – Une grande fierté, d’autant que notre fille s’est lancée dans la mise en scène et a déjà réalisé deux courts-métrages. Elle va bientôt me faire de la concurrence. (Rires.) Emmanuelle était beaucoup plus inquiète que moi. Mais c’est déjà super d’avoir des enfants qui sont passionnés par un métier.

À QUAND UN FILM EN FAMILLE? VOTRE FILLE DERRIÈRE LA CAMÉRA ET VOTRE FILS SIGNERAIT LA BO?

R. P. – Je ne dis ni oui ni non. D’une manière générale, ils préfèrent sûrement voler de leurs propres ailes, mais pourquoi pas un jour.

POURRIEZ-VOUS TOURNER UN FILM EN SUISSE?

R. P. – Je pense toujours à l’histoire avant de songer au lieu, mais si l’idée me vient d’un scénario en Suisse, bien sûr que j’aimerais tourner ici. Je pars d’une page blanche quand je cherche une nouvelle idée. Si ce que j’écris sur la page peut se passer à la montagne, alors oui, pourquoi pas la Suisse!

AIMERIEZ-VOUS QUE L’ON TOURNE UN FILM SUR VOUS?

E. S. – Quelle horreur, non! De toute façon ma vie n’est pas assez intéressante pour en faire un film.

R. P. – J’espère que personne n’aura la mauvaise idée de faire un film sur ma vie de mon vivant. Je déteste les biographies car on ne peut jamais raconter de manière véridique la vie de quelqu’un. L’auteur prend forcément des libertés pour rendre le scénario plus intéressant. C’est d’ailleurs pour ça que j’ai appelé mon nouveau film «D’après une histoire vraie». Il n’y a rien de vrai dans mon histoire, mais j’ai remarqué que, de plus en plus, les films commencent par «basé sur une histoire vraie» pour donner l’impression que ce qui va suivre est très important.

EST-CE QU'EMMANUELLE EST LA MUSE DE ROMAN?

E. S. – C’est plutôt Roman qui est «ma» muse car il sait me faire donner le meilleur de moi à l’écran.

R. P. – Notre duo fonctionne bien à la ville et à l’écran, mais je ne traite pas Emmanuelle différemment des autres sur un plateau.

PARLEZ-NOUS DE VOTRE FILM QUI SORT LE 1ER NOVEMBRE EN SUISSE ROMANDE!

E. S. – J’incarne une auteure qui a écrit un best-seller en parlant de sa vie intime et qui commence à recevoir des lettres de menaces. C’est un vrai thriller pour grand public où, pour une fois, je n’ai pas un homme en face de moi comme partenaire principal, mais une femme. C’était fascinant de tourner ainsi avec Eva Green que j’adore. C’est tellement fort d’avoir un face-à-face entre deux femmes!

R. P. – Il est important de dire que la version qui avait été projetée au Festival de Cannes n’est pas celle qui va sortir en salle. Je n’avais pas pu refuser l’offre de Cannes, mais c’était un travail en cours, une première version. Les Suisses découvriront un film terminé avec un montage final dont je suis fier.

ESPÉREZ-VOUS RETOURNER UN JOUR EN AMÉRIQUE?

E. S. – Moi, je m’y suis rendue plusieurs fois. Il y a des choses merveilleuses dans ce pays, mais on y trouve le pire comme le meilleur.

R. P. – Je ne le pense pas car il y a des juges qui sont tellement pervertis que l’on ne pourra jamais clore cette affaire. Après toutes ces décennies, Samantha Geimer est devenue ma meilleure avocate puisqu’elle-même a demandé que l’on arrête la procédure. Mais des juges s’acharnent sur moi. (Le Matin)

Créé: 03.10.2017, 12h34

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