Mercredi 26 juin 2019 | Dernière mise à jour 00:01

Interview Whitney Toyloy: «C'était un magnifique chapitre de ma vie»

La Vaudoise de 28 ans a été couronnée la plus belle du pays il y a exactement 10 ans. Elle s'était ensuite placée 7e à Miss Univers.

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«Oh putain!» Ce sont les premiers mots qui sont sortis de la bouche de Whitney Toyloy, le 27 septembre 2008, à 23h15. La Vaudoise venait d'apprendre qu'elle avait remporté l'élection de Miss Suisse, à Lugano. «Ma mère a toujours honte de ce moment. Même si elle était très fière de ma victoire», rigole-t-elle. Pourtant, cet instant si spontané la définit parfaitement. Franche, drôle et entière, ce n'est pas étonnant que la jeune femme de 28 ans soit toujours appréciée auprès des Romands dix ans après son sacre. Pour cette occasion, elle se confie sur cette aventure qui lui a changée la vie. Sans oublier de revenir sur le racisme qu'elle a subi à ses débuts et de donner son opinion sur Donald Trump lors de leur rencontre à l'élection de Miss Univers.

Qu'est-ce que Miss Suisse a représenté pour vous?

Miss Suisse a été un chapitre de ma vie. Et comme dans tous les chapitres, il y en a un suivant. Pour moi, c'était très important de reprendre mes études (ndlr: elle est diplômée de l'Ecole Hôtelière de Lausanne). C'était un magnifique moment, mais je suis aussi contente d'être passée à autre chose.

Que vous a apporté cette expérience?

Plus de positif que de négatif. Les gens se souviennent de vous et cela est bénéfique dans la vie privée comme professionnelle. Je me suis constituée un joli carnet d'adresses et j'ai également gagné de la confiance en moi. Mais c'est aussi un titre à double tranchant...

C'est-à-dire?

Quand vous êtes Miss Suisse, ce n'est pas l'intelligence flamboyante qui ressort comme première qualité. Je peux comprendre. Mais les gens qui disent: «Je ne juge pas avant de connaître» sont des menteurs. On le fait tous... Et malheureusement parfois les personnes s'arrêtent juste au métier ou aux origines.

Quel a été le moment le plus fort que vous avez vécu?

(Elle réfléchit longuement) Je n'arrive pas en choisir un. Le premier qui me vient en tête a été mon retour à Yverdon-les-Bains. La ville avait organisé un accueil. Cela m'avait hyper-touché. Le deuxième moment est ce voyage caritatif que j'ai fait en Inde avec l'organisation Miss Suisse. C'était pour venir en aides aux enfants qui devaient subir des opérations au niveau des yeux. Et le dernier souvenir, qui est un peu plus superficiel, c'était Miss Univers.

Ha quand même... Cela n'arrive pas tous les jours qu'une Suissesse se classe 7e.

Oui, mais les moments qui m'ont le plus touché sont les côtés humains. Après Miss Univers, c'était très superficiel, mais en même temps très drôle! Je suis encore amie avec Chloé Mortaud, une ancienne Miss France qui a participé la même année. Mais pour dire la vérité, j'y suis allée en mode touriste. (Rires.)

Touriste? Mais vous vous êtes quand même préparée, non?

A part pour le choix des vêtements et apprendre à mettre des extensions pour les cheveux, non. (Rires) Mais c'est vrai que maintenant, ils prennent le concours plus au sérieux. Chloé m'a dit qu'en France, elles se préparent durant des mois. En Suisse, on était plus réservé. Oui, j'avais de superbes tenues, mais pour être honnête, ça faisait 11 mois que j'étais Miss Suisse et je ne voulais pas gagner. Je me réjouissais de retrouver ma vie normale, donc je l'ai fait avec beaucoup de recul.

Vous n'avez pas commencé à avoir la pression lorsque vous vous êtes qualifiée pour le top 10?

A la pause pub je me suis mise à paniquer et à pleurer. Une femme de l'organisation est venue me voir et je lui ai dit: «Vous faites ce que vous voulez, mais je ne veux pas aller plus loin.»

Vous devez certainement être une des premières Miss à dire: «Je ne voulais pas gagner!»

(Elle éclate de rire) Ok, je me rends compte que ça fait prétentieuse, mais il faut comprendre le contexte. C'était durant l'ère Donald Trump. Je l'ai rencontré. Il ne m'a pas du tout donné envie de devenir Miss Univers. Vraiment pas. Un soir, les 80 candidates étaient toutes prêtes, maquillées, sur la scène juste pour qu'il nous dise bonjour une à une. J'avais l'impression qu'il était à la Migros au rayon fleurs. Et c'est Trump, la réputation qu'il a maintenant, il l'avait déjà avant. Mais depuis le changement de comité il y a quelques années, j'ai l'impression qu'il y a plus de bienveillance et que les dernières gagnantes s'éclatent plus durant leur mandat.

Est-ce que vous avez des regrets?

Quand je revois mes premières interviews, j'ai un peu honte de la manière dont je parlais (rires). Non, plus sérieusement, je ne pense pas en avoir un en particulier.

Vous n'auriez peut-être pas voulu réagir un peu plus face aux critiques racistes que vous aviez reçues après votre victoire?

C'est vrai que je ne m'étais pas trop exprimée dessus... (Il y a long silence) J'avais fait la connerie de lire les commentaires sous les articles. J'ai vite arrêté car j'ai compris que cela ne servait à rien. Cela m'avait affecté, oui, mais je suis rapidement passé au-dessus.

Est-ce que vous vous attendiez à ces réactions?

Oui. J'avais déjà remarqué du racisme durant l'élection. La première dauphine (ndlr: Rekha Datta) avait dit lors d'un entretien que je n'avais aucune chance car je n'étais pas assez suisse, alors qu'elle est métisse et indienne. Cela n'avait aucun sens. Et il y avait aussi deux autres candidates qui m'avaient fait des remarques... C'est vexant car on vous pousse à vous remettre en question. Et elles n'avaient aucun droit de me dire que je ne suis pas légitime d'avoir un passeport suisse.

Quel conseil vous donneriez aujourd’hui à la Whitney Toyloy de 18 ans qui a remporté l’élection?

Réfléchis trois fois avant de parler! (Elle éclate de rire.) J'étais une grande gueule et je le serai toujours mais parfois il faudrait que je me calme. Mais ce conseil on peut presque le donner à toutes les personnes de 18 ans, non?

Si vous aviez 18 ans aujourd'hui, vous retenteriez l'aventure?

(Elle hésite) Je pense que oui. J'ai pris du temps à répondre car cela demande tellement d'énergie. Aujourd'hui, je n'aurais pas la force de faire tout ça.

Rappelez-nous comment vous vous êtes inscrites?

C'était les copines de maman qui disaient: «Tu es grande, tu parles bien. Vas-y!» Je vais casser un peu le mythe, mais cela n'a jamais été un rêve de petite fille. J'avais vu une publicité à la télévision et je me suis inscrite via le site Internet. Je crois que c'était Mathilda (ndlr: sa sœur) qui m'a aidé avec les photos. C'était du n'importe quoi! (Rires.) Et j'ai reçu un courrier, pour m'avertir que je faisais partie des 80 finalistes.

Vos sœurs Ava et Mathilda n’ont jamais voulu tenter l’aventure?

Non! On passerait vraiment pour la famille qui n'a pas autres choses à faire (rires). Les deux ont trouvé leur voie. Mathilda est vétérinaire et elle est nettement plus connue dans le monde du mannequinat que moi. Ava, elle a fait un peu pareil et maintenant elle se concentre sur son école d'art à Zurich.

Dernière question, qui a été la meilleure Miss Suisse?

Lauriane Gilliéron a ouvert une porte pour les Romandes et c'est vraiment cool. Après, celle qui m'a le plus touché a été Laetitia Guarino, Miss Suisse 2014. Je la trouve géniale. Elle fait un métier (ndlr: elle termine ses études de médecine) qui n'a rien à voir avec Miss Suisse et je trouve qu'elle a très bien réussi son mandat. Elle pouvait un jour te faire une opération à cœur ouvert et le suivant être splendide lors d'un défilé. Je me rappelle que lors de son élection je m'étais dit dès le départ: «C'est elle qui va gagner.» Elle est trop adorable, trop sympa, intelligente... Bon, elle est folle aussi (rires). Mais c'est pour ça qu'on est amie. (Le Matin)

Créé: 27.09.2018, 07h34


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