Samedi 21 septembre 2019 | Dernière mise à jour 09:28

Polémique Le cannabis légal serait bénéfique, s'il n'est pas fumé

Le cannabidiol, substance phare présente dans le cannabis en vente libre en Suisse, aurait des vertus pour la santé. Mais sa vente sous forme de cigarette suscite la colère du corps médical.

Le cannabidiol (CBD) est un des 80 cannabinoïdes contenus dans le cannabis. Contrairement au tétrahydrocannabinol (THC), il n'a pas d'effets psychotropes. Peu étudiés, ses effets sur la santé seraient nombreux par le biais de son action sur le système cannabinoïde de l'organisme qui est notamment impliqué dans la régulation de la mémoire, de la douleur et du système immunitaire en inflammatoire de l'organisme.

Le cannabidiol (CBD) est un des 80 cannabinoïdes contenus dans le cannabis. Contrairement au tétrahydrocannabinol (THC), il n'a pas d'effets psychotropes. Peu étudiés, ses effets sur la santé seraient nombreux par le biais de son action sur le système cannabinoïde de l'organisme qui est notamment impliqué dans la régulation de la mémoire, de la douleur et du système immunitaire en inflammatoire de l'organisme. Image: Keystone/Fotolia

De quoi on parle

Depuis plusieurs mois, le marché du cannabis légal ne cesse de s’étendre en Suisse.

Déjà disponible sur Internet, mais aussi dans certains kiosques et magasins spécialisés, ce cannabis à la teneur faible en THC (la substance active sur le psychisme) est, depuis le mois de juillet, vendu chez certains grands distributeurs sous forme de cigarettes.

Si ce type de cannabis présente a priori peu de dangers, les milieux de la santé et de la prévention déplorent la mise sur le marché d’un énième produit du tabac fumé.

Le cannabis thérapeutique

La consommation de cannabis avec 1% ou plus de THC est interdite en Suisse. Toutefois, depuis 2012, l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) peut autoriser un usage du cannabis à des fins thérapeutiques uniquement sous forme orale et non fumée.

La décision de l’OFSP de délivrer une autorisation se fait au cas par cas sur la base des éléments fournis par le médecin qui en fait la demande pour un patient donné.

L’OFSP se base sur les résultats d’une revue systématique d’essais cliniques sur les effets du cannabis utilisé à des fins médicales.

Le plus fréquemment, les autorisations exceptionnelles sont remises pour traiter des patients souffrant de douleurs chroniques (cas de neuropathie ou cancer par exemple), de symptômes de la sclérose en plaques ou d’autres maladies neurologiques, de nausées dues à une chimiothérapie, de perte de poids chez les personnes infectées par le VIH ou en cas de syndrome de Gilles de la Tourette.

Les promesses du cannabidiol

«On commence à peine à découvrir les propriétés du cannabidiol (CBD), mais elles seraient nombreuses», déclare la Pre Barbara Broers.

Le CBD induirait une sensation légère de détente et, en ce sens, serait bénéfique pour le sommeil. «Pour certains individus, il semble réduire les symptômes du syndrome des jambes sans repos», précise la spécialiste.

Mais il pourrait avoir aussi des effets antioxydants, anti-inflammatoires, anxiolytiques, voire antidépressifs et antipsychotiques: «Dans une étude testant le CBD à très haut dosage chez les personnes schizophrènes avec des hallucinations, on a observé que cette substance diminuait les psychoses et les idées délirantes», confirme la professeure.

Et, bien que le mécanisme soit mal compris, il pourrait également s’attaquer à certaines tumeurs cancéreuses (cerveau, poumon, prostate, notamment).

Si la substance est prometteuse d’un point de vue thérapeutique, Barbara Broers précise qu’«il manque pour l’heure des études scientifiques randomisées ainsi que des données cliniques sur ses effets à long terme. Seule son action antiépileptique chez l’enfant avec une forme d’épilepsie grave est avérée à ce jour». En attendant, il faut rester prudent.

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À en croire le site Internet de leur fabricant, les cigarettes au chanvre, en vente depuis le mois de juillet chez un grand distributeur, font, c’est vraiment le cas de le dire, un tabac. Si la vente de ce cannabis est autorisée notamment dans des supermarchés, c’est en raison de sa faible teneur en tétrahydrocannabinol (-1% de THC), la substance responsable de l’effet psychotrope. Le THC, en agissant sur les neurotransmetteurs, provoque en effet un relâchement de la pensée et un détachement par rapport au moment présent. Il augmente les perceptions, désinhibe, et crée chez certains un sentiment d’euphorie. Des effets qu’on ne retrouve pas avec le cannabis légal, et donc avec les cigarettes en question, puisqu’elles contiennent moins de 1% de THC, comme la législation l’exige.

Pauvres en THC, ces cigarettes sont en revanche riches en cannabidiol (CBD), l’un des nombreux – il y en aurait plus de 80! – cannabinoïdes contenus dans le cannabis, et, après le THC, le plus étudié actuellement. Mais, contrairement à ce dernier, le CBD ne perturbe pas le fonctionnement de la pensée et serait de ce fait beaucoup moins nocif, comme l’explique le Dr Thierry Favrod-Coune, médecin adjoint à l’unité de médecine de premier recours des Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) et spécialiste des addictions: «Il ne provoque ni dépendance ni ivresse, au contraire il pondère l’effet du THC en diminuant son action hallucinogène. C’est lui qui est en partie responsable des vertus thérapeutiques que l’on prête au cannabis.» (lire l’encadré).

Un nouveau produit du tabac

Et pourtant, la mise en vente de ces cigarettes au cannabis légal fait polémique. Les spécialistes des milieux de la santé et de la prévention déplorent de concert la commercialisation d’un nouveau produit issu de l’industrie du tabac. «La consommation de cannabis, mélangée à du tabac, est une pratique courante, mais jusqu’ici artisanale, explique le Pr Jacques Cornuz, directeur de la policlinique médicale (PMU) à Lausanne. Or, on assiste ici à la diffusion, à l’échelle industrielle et à grand renfort de marketing, d’un produit délétère pour la santé.» Ainsi, regrette Corine Kibora, porte-parole d’Addiction Suisse, «les industriels surfent sur la vague de popularité du CBD et vantent un produit «local» au chanvre naturel et au tabac suisse.

Or, ce n’est rien d’autre qu’un énième produit du tabac!» Car, on le sait, le tabac est un poison pour la santé et provoque une dépendance en raison de la présence de nicotine. Sa combustion libère quantité de substances (plus de 4000!) toxiques pour l’organisme à de nombreux égards, rappelle le professeur Cornuz: «La cigarette est un facteur de risque majeur des maladies oncologiques, cardio-vasculaires et respiratoires. Elle est aussi le principal facteur de risque modifiable de dégénérescence maculaire liée à l’âge (DMLA) et de la maladie d’Alzheimer, dont elle double le risque de survenue.»

Le CDB existe sous d’autres formes (cristaux, huile, liquide pour cigarette électronique, baume, plante, tisane, gouttes, etc.) qui seraient préférables à des cigarettes, «bien qu’on ne sache pas encore quelle est la voie d’absorption optimale», précise Barbara Broers, professeure et responsable de l’unité des dépendances des HUG.

Un cadre trop flou

Sa mise sur le marché est, de plus, jugée un peu rapide et légère par les spécialistes interrogés. La Pre Broers déplore «l’absence d’un message de prévention clair entourant leur commercialisation et des difficultés de contrôle de ces produits, que ce soit pour la teneur en THC/CBD ou la présence de pesticides ou autres toxiques». Sur l’emballage figurent néanmoins les recommandations d’usage pour les produits du tabac ainsi qu’un avertissement selon lequel les cigarettes au chanvre peuvent affecter la conduite. Aussi, le risque de dépasser le taux de THC autorisé (1,5 microgramme par litre de sang) n’est pas exclu, comme l’explique Addiction Suisse dans une fiche d’information*: «Il est impossible de déterminer si – et à partir de quel moment – la valeur limite de THC est dépassée.»

Si on connaît mal aujourd’hui les motivations des consommateurs, il semble que les cigarettes au cannabis légal représentent une alternative pour certains fumeurs de joints : «Ces derniers retrouvent le rituel, l’odeur et les arômes du cannabis, tout en gardant l’esprit clair», décrit Barbara Broers. «Les cigarettes au CBD permettent à certains de nos patients d’arrêter le cannabis et ainsi de sortir de l’illégalité, ce qui n’est pas négligeable au vu des conséquences psychosociales et professionnelles – en cas de problèmes judiciaires – que peut avoir une addiction», ajoute Thierry Favrod-Coune.

De manière plus générale, Barbara Broers voit dans cet engouement une forme d’automédication. La recherche d’une sensation de détente fait aussi partie de l’intérêt qu’on porte au CBD. À cet égard, le Dr Favrod-Coune rappelle qu’avoir recours à une quelconque substance est un mauvais réflexe: «Il n’y a rien de mieux que l’activité physique, le yoga, la méditation ou la relaxation, etc., pour retrouver un état d’apaisement», conclut le spécialiste.

Créé: 17.09.2017, 14h15

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