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Coronavirus Il faut en savoir plus sur la maladie qui touche les enfants

Les pays concernés par ce syndrome qui semble lié à la pandémie tentent de comprendre ce phénomène mystérieux.

Alors que la maladie de Kaeaski touche des petits enfants, cette nouvelle forme peut atteindre même des adolescents.

Alors que la maladie de Kaeaski touche des petits enfants, cette nouvelle forme peut atteindre même des adolescents. Image: iStock

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D'où vient la maladie inflammatoire, sans doute liée au coronavirus, qui touche certains enfants? Deux semaines après les premiers signalements, les pays concernés tentent de comprendre ce phénomène mystérieux, qui n'a toutefois fait que très peu de morts, dont l'un en France, annoncé vendredi.

«Des hypothèses initiales indiquent que ce syndrome pourrait être lié au coronavirus», a déclaré vendredi le directeur général de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus. «L'association avec une infection par le SARS-CoV-2 n'a pas encore été établie, mais elle semble plausible», a jugé le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC) dans un rapport publié vendredi. Il a qualifié cette nouvelle maladie pédiatrique de «syndrome inflammatoire multi-systémique (ce qui signifie qu'il peut atteindre tous les organes) temporellement associé avec une infection au SARS-CoV-2». L'hypothèse d'un lien est appuyée par le fait que ces cas pédiatriques ont éclaté en pleine épidémie de Covid-19 et qu'ils ont souvent été testés positifs, pour une infection en cour ou pour une infection passée.

Elle survient quatre semaines après l'infection

«Ces résultats sont très en faveur d'un lien entre l'infection par le coronavirus et cette pathologie», juge l'agence sanitaire française Santé publique France dans un point publié jeudi soir. Elle estime que chez les enfants touchés, cette maladie survient «dans un délai moyen de quatre semaines après l'infection» par le coronavirus. Les scientifiques émettent l'hypothèse d'un emballement du système immunitaire de ces enfants, quelques semaines après l'infection par le coronavirus. «Ils avaient le virus, leur corps l'a combattu. Mais maintenant il y a cette réponse immunitaire différée et excessive», explique à l'AFP le pédiatre Sunil Sood, du centre médical pour enfants Cohen à New York.

Cas rares

Cette nouvelle maladie intrigue les autorités sanitaires mondiales, d'autant que les enfants ne sont que très peu atteints par les formes graves du Covid-19. Environ 230 cas suspects ont été rapportés en Europe et au Royaume-Uni», selon l'ECDC, qui insiste sur le fait que cette maladie est «rare». Ces cas européens se sont soldés par «deux décès, l'un au Royaume-Uni et l'un en France», poursuit l'ECDC.

Le décès en France, annoncé vendredi, est survenu samedi dernier. Il s'agit d'un enfant de 9 ans, mort à Marseille d'une «atteinte neurologique liée à un arrêt cardiaque», a indiqué à l'AFP le professeur Fabrice Michel, de l'hôpital de La Timone. Des tests de sérologie ont montré qu'il «avait été en contact» avec le coronavirus, mais n'avait pas développé les symptômes du Covid-19. 135 cas ont été signalés en France depuis début mars, selon les autorités sanitaires. En Suisse, 10 cas ont été recensés, sans décès.

En Angleterre, c'est un adolescent de 14 ans qui est mort. Il faisait partie d'un groupe de huit enfants atteints de cette maladie rare, soignés en avril à l'hôpital pédiatrique Evelina de Londres. Enfin, aux Etats-Unis, une centaine de cas, dont au moins trois décès, ont été rapportés dans l'Etat de New York. La première alerte est venue du Royaume-Uni fin avril. Depuis, d'autres cas ont notamment été signalés en Italie, en Espagne ou en Allemagne.

Quels symptômes?

Parmi les symptômes, une forte fièvre, des douleurs abdominales et troubles digestifs, une éruption cutanée, une conjonctivite, la langue qui rougit, gonfle et prend un aspect de framboise, voire des problèmes cardiaques. «Ces symptômes sont un mélange de ceux de la maladie de Kawasaki et d'un syndrome du choc toxique», relève l'ECDC. Décrite pour la première fois en 1967 au Japon, la maladie de Kawasaki entraîne une inflammation des vaisseaux sanguins chez les enfants atteints.

Si les symptômes sont proches, les scientifiques insistent sur le fait qu'il existe des différences avec les cas actuels: le caractère inflammatoire et les atteintes cardiaques sont «beaucoup plus marqués» dans les cas sans doute liés au coronavirus que dans la maladie de Kawasaki classique, selon Santé publique France. En outre, la nouvelle maladie peut toucher des enfants plus âgés, voire des adolescents, alors que Kawasaki frappe essentiellement les moins de 2 ans.

Pour marquer ces différences, le ministère de la Santé français parle de «pseudo-Kawasaki» et les études en anglais emploient le terme «Kawasaki like» («similaire à Kawasaki»). Parue mercredi dans la revue médicale «The Lancet», une étude italienne portant sur la région de Bergame estime que le nombre de cas ressemblant à la maladie de Kawasaki a été multiplié par 30 avec l'épidémie. Dix enfants (d'un âge moyen de 7 ans et demi) ont été diagnostiqués avec ce type de symptômes entre le 18 février et le 20 avril, contre 19 (d'un âge moyen de 3 ans) sur l'ensemble des 5 années précédentes.

La piste génétique?

Pourquoi cette nouvelle maladie touche-t-elle certains enfants et pas d'autres? La question taraude les chercheurs, alors que l'origine de la maladie de Kawasaki elle-même n'est pas connue (elle pourrait mêler facteurs infectieux, génétiques et immunitaires). En Angleterre, six des huit premiers cas observés étaient des enfants noirs, «d'origine afro-caribéenne», ce qui pourrait suggérer une piste génétique, selon une étude du 7 mai dans «The Lancet».

L'enfant mort en France, lui, était d'origine africaine, selon son médecin. Pour ajouter encore au mystère, aucun cas semblable n'a été rapporté chez des enfants en Asie, y compris en Chine où le virus est apparu en décembre. C'est d'autant plus surprenant que la maladie de Kawasaki classique, elle, touche davantage les Asiatiques.

En France, l'Institut Imagine, spécialisé dans la génétique, mène des recherches pour en savoir plus. L'objectif est de «définir le mécanisme sous-jacent à cette maladie inflammatoire puis, une fois le mécanisme compris, proposer des thérapeutiques ciblées», explique à l'AFP Frédéric Rieux-Laucat, spécialiste des maladies inflammatoires pédiatriques qui supervise certaines de ces recherches.

(ats/AFP/Le Matin)

Créé: 15.05.2020, 20h47

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