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Sexe «Les femmes n'ont plus de tabous»

Une vaste enquête sur la sexualité des femmes hétérosexuelles vivant en couple vient d’être publiée. Le désir, le plaisir, les pratiques sexuelles, les fantasmes, la satisfaction, l’insatisfaction, vous saurez tout!

Image: Istockphote

L'orgasme

«C’est comme si je me soulevais deux secondes dans les airs, les yeux écarquillés (…) et puis je retombe comme
une flaque»


En détail, 90% femmes disent avoir déjà ressenti un orgasme par stimulation clitoridienne, 58% par stimulation vaginale, 24% par stimulation anale. Et 53% disent l’avoir déjà simulé. Il est décrit, via le témoignage de femmes, en quatre temps. La montée de l’excitation: «une vague qui vient de loin et m’engloutit, me submerge». La crise: «un champignon atomique», «un feu d’artifice». La petite mort: «une perte de conscience, état second, extase, paralysie». Puis la détente.

La masturbation

«Je me masturbe pour me faire du bien sans me poser de questions, et pour libérer mes tensions ou envies subites.
Il n’y a pas que les hommes qui peuvent avoir une envie bestiale, mais chut!»


Elle reste bien moins pratiquée que par les hommes mais est en constante augmentation. La masturbation féminine recouvre des formes multiples. 73% la pratiquent par «stimulation manuelle du clitoris». Mais aussi avec un canard, un sex toy, par contraction des muscles des jambes, par le jet de la douche voire, plus rarement, «avec les vibrations de la machine à laver ou du séchoir» ou «sur une selle de vélo».

La montée du désir

«J’adore sa voix grave et la chaleur de ses mains sur mon corps» «J’aime sa façon de me regarder et cet air sauvage lorsque je l’excite»

Ce qui excite le plus le désir des femmes, selon Philippe Brenot, c’est d’abord un conjoint gentleman: doux, attentionné, gentil. Suit son physique. Puis son odeur – mais elle peut aussi être une barrière: «Vingt-cinq pour cent sont gênées ou bloquées par des odeurs ou l’absence d’hygiène de leur partenaire», révèle l’étude.

Les fantasmes

«Je rêve d’un rapport avec deux hommes en même temps, mon mari et un autre lui-même (si le clonage pouvait exister)!»

Comme le montre ce témoignage, les femmes fantasment d’abord sur leur conjoint, même s’il est mis en scène dans des lieux inhabituels ou des circonstances particulières. Suivent, dans l’ordre: l’imagination d’un rapport à trois (avec le conjoint et une femme), puis avec un inconnu, avec deux hommes, et enfin avec une personnalité ou vedette.

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Hier est paru en France «Les femmes, le sexe et l’amour» (Ed. Les Arènes), une enquête de 300 pages qui aborde chaque thème tant par des chiffres que par des témoignages. «Plus de 3400 femmes de 18 à 80?ans interrogées, plus de 180 questions: ça n’avait jamais été fait et permet une photographie détaillée de l’intimité féminine», se réjouit Philippe Brenot, l’auteur. Sexologue, psychothérapeute, directeur des enseignements de sexologie à l’Université Paris-Descartes, Brenot est un récidiviste. Il a publié l’an passé l’autre côté du miroir: «Les hommes, le sexe et l’amour». Interview.

Quel est l’état de la sexualité féminine?

De manière globale, très bon. Les femmes de 2012, en France, ou en Suisse, sont libres dans leurs paroles, leurs désirs, comportements ou attentes. Elles osent parler de leur plaisir. Et le vivre.

Mais qu’est-ce qui a changé dans les chambres à coucher?

Plus rien n’est aujourd’hui tabou, les femmes essaient toutes sortes de pratiques. Les exemples les plus universels sont les cunnilingus et fellations, pratiqués dans à peu près tous les couples. Il y a encore deux générations, c’était réservé aux bordels: bouches et sexes ne devaient jamais se rencontrer. Or ces pratiques, entre autres, sont fondamentales pour la pérennité du désir et de la sexualité.

Vous qui êtes sexologue, avez-vous été surpris par des résultats de votre enquête?

D’abord, étonnamment, la libération touche tous les âges. La représentation féminine de la sexualité et du couple a beaucoup évolué. Mais pas uniquement chez les jeunes. Les femmes de plus de 50?ans ont aussi absorbé ces changements et les vivent. Ensuite, 60% des femmes se trouvent belles et 67% sensuelles. La honte du corps s’efface et c’est réjouissant.

Mais l’orgasme ne survient que dans un rapport sur cinq.

Oui, ce qui engendre des frustrations. Mais attention: trois quarts des femmes éprouvent du plaisir et du désir: elles aiment faire l’amour. Il existe un insupportable terrorisme de l’orgasme. Des hommes ne cessent d’exiger des orgasmes avec l’idée sous-jacente qu’une femme qui ne l’atteint pas systématiquement n’est pas complètement une femme. Au final, des couples cessent même d’avoir une vie sexuelle. A ces hommes, il faut rappeler que l’orgasme féminin a très peu de liens avec leurs performances à eux, sauf acte vraiment très insuffisant. L’orgasme est d’abord un autoapprentissage. La masturbation est au cœur de l’épanouissement sexuel, masculin mais surtout féminin.

Instaurons des cours obligatoires de masturbation…

Pourquoi pas! D’autant qu’il y a encore un faible taux d’autoérotisme féminin. On découvre et apprivoise sa sexualité par l’entraînement. La masturbation permet l’orgasme; l’érotisme d’un couple se nourrit de deux autoérotismes. Si on sait obtenir du plaisir seul, on est apte pour en vivre à deux.

On fustige les dégâts de la pornographie: l’avez-vous constaté dans votre enquête?

Il n’existe pas d’instinct sexuel: la sexualité est apprise. Isolez un chimpanzé durant ses huit premières années. Puis présentez-le à ses congénères. Même en présence de la plus belle des guenons, il ne s’accouplera jamais. Au mieux va-t-il vaguement la renifler… Les congénères sont des modèles, il y a un apprentissage, surtout par l’observation. C’est pareil pour nous. Or, aujourd’hui, le porno est dominant et c’est le plus mauvais modèle. Il s’agit d’une nouvelle soumission qui complexe les hommes et apporte de la gêne. Ou les mène à des addictions qui peuvent les conduire à trouver leur compagne insuffisamment excitante, aussi magnifique soit-elle. Les femmes utilisent davantage les fantasmes. Elles sont moins touchées, même si certaines sont amenées à tenter des performances invraisemblables.

Sur les fantasmes, vous montrez que les femmes ne rêvent pas de nuits torrides avec George Clooney mais… de leur compagnon!

Oui, car les fantasmes sont liés à la culpabilité. Elles mettent donc d’abord en scène des rapports avec leur conjoint. Dans le second fantasme le plus fréquent, elles gardent leur partenaire mais ajoutent une femme. Il y a tromperie mais pas trop…

Vous avez épluché la sexualité des hommes et celle des femmes. Sont-ils faits l’un pour l’autre?

Pas vraiment pour la sexualité… Mais la majorité souhaite vivre ensemble, alors il faut s’arranger. J’ai écrit ce livre d’abord pour les femmes. Les résultats et témoignages permettent de se situer par rapport à une «normalité». Et de se rassurer. Mais je le recommande aux hommes pour mieux comprendre ce que vit, veut et attend l’autre sexe. C’est d’ailleurs aussi une autre évolution positive: beaucoup sont demandeurs.

Créé: 28.03.2012, 22h37

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