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Covid-19 Les gouttelettes émises en parlant restent en l'air 14 minutes

Une nouvelle étude montre que les postillons subsistent bien plus longtemps qu'imaginé, ce qui pourrait contribuer à la transmission du virus.

On émet plus ou moins de gouttelettes suivant les sons prononcés.

On émet plus ou moins de gouttelettes suivant les sons prononcés. Image: iStock

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Les virus respiratoires (et le nouveau coronavirus en est un) se transmettent essentiellement par gouttelettes contaminées qui sont dans l'air. Gouttelettes que la personne malade émet en nombre et violemment lorsqu'elle tousse ou éternue: 3000 pour une toux et jusqu'à... 40 000 pour un éternuement! Ce liquide peut soit être inhalé par d'autres quand il est dans l'air, soit contaminer des surfaces. D'où la recommandation de tousser et d'éternuer dans son coude ou, mieux, de porter un masque si l'on est malade.

Mais une étude publiée le 13 mai dans «PNAS», le journal de l'Académie des sciences de États-Unis, révèle de nouvelles données inquiétantes. Le simple fait de parler provoque également quantité de gouttelettes et celles-ci persistent dans l'air bien plus longtemps que ce que l'on pouvait imaginer.

Dire «Restez en bonne santé» pendant 25 secondes

Les scientifiques qui ont conduit cette expérience font partie de l'Institut national du diabète de l'Université de Pennsylvanie et ils étudient la cinétique des molécules biologiques dans le corps humain. Pour observer le mécanisme des gouttelettes émises par la parole, ils ont demandé à des volontaires de parler dans l'extrémité ouverte d'une boîte en carton. L'intérieur de la boîte était éclairé par des lasers verts, permettant ainsi de voir et filmer le nombre et la trajectoire des gouttes. Les participants devaient répéter pendant 25 secondes la phrase «Stay healthy» (restez en bonne santé), choisie parce que le son «th» de «healthy» génère beaucoup de gouttelettes.

2600 gouttelettes par seconde

Une fois sortie de la bouche, une gouttelette tombe à une vitesse correspondant au carré de son diamètre. Mais une fois dans l'air, elle se déshydrate rapidement, ce qui diminue sa taille et donc sa vitesse. L'expérience a montré que chaque seconde de parole produisait environ 2600 gouttelettes. Et que celles-ci avaient des différences de taille considérables. Dans l'environnement précis de cette expérience, c'est-à-dire fermé et stagnant, ces gouttelettes ont mis entre 8 et 14 minutes à disparaître!

Reste maintenant la grande question: sont-elles porteuses du virus et peuvent-elles le transmettre? Si les chercheurs n'ont pas effectué leur expérience avec des personnes contaminées, ils ont fait un calcul de probabilité qui aboutit à ce qu'une minute de parole à haute voix génère au moins 1000 gouttelettes contenant des particules virales qui restent dans l'air pendant plus de 8 minutes. Et celles-ci peuvent, à leur avis, être inhalées par d'autres et déclencher une infection. En rappelant que même asymptomatique, une personne peut propager le virus dans ses postillons.

«Probabilité substantielle de transmission du virus»

Les chercheurs précisent que leur étude ne reflète pas forcément ce qui se passe dans un environnement bien ventilé et qu'elle suppose que chaque particule virale a un risque de provoquer une infection (ce qui leur semble probable «étant donné que des transmissions fréquentes de personne à personne ont été signalées dans les milieux communautaires et de soins de santé»). Mais ils estiment toutefois que les valeurs qu'ils ont trouvées sont dans la limite inférieure prudente, car des personnes ayant une charge virale élevée peuvent produire des milliers de virions de plus que la moyenne. Sans oublier que le fait de parler fort augmente également le nombre de particules émises. Ils en arrivent donc à a conclusion suivante: «il existe une probabilité substantielle que la parole normale provoque une transmission de virus aéroportés dans des environnements confinés.»

Parler à distance

Contrairement à beaucoup d'autres études qui ne sont ces temps que prépubliées, sans vérification par des pairs, en raison de l'urgence de partager des données sur le coronavirus avec la communautés scientifique, celle-ci a été soumise le 10 avril et approuvée le 4 mai. Le «New York Times», qui en fait état, a interrogé plusieurs spécialistes sur ses conclusions: «Sur la base de ces preuves et d'autres, il serait sage d'éviter les conversations en face à face prolongées avec d'autres personnes, sauf si vous êtes éloignés et dans un espace bien ventilé, y compris à l'extérieur», a ainsi déclaré Linsey Marr, professeur de génie civil et environnemental à Virginia Tech. Werner Bischoff, directeur médical de la prévention des infections et de l'épidémiologie du système de santé à l'École de médecine de Wake Forest a ajouté. «Une conversation normale avec une personne, faite en respectant la distance sociale recommandée serait acceptable. Mettre un masque serait encore mieux.»

Michel Pralong

Créé: 15.05.2020, 13h25

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