Lundi 24 septembre 2018 | Dernière mise à jour 07:44

Hiver La luminothérapie chasse la dépression hivernale

Le blues saisonnier touche, plus ou moins sévèrement, 12% des Suisses.

Image: S. Linder

De quoi on parle

Les faits

A Umeå, petite ville suédoise, l’entreprise locale d’électricité a installé tout le mois de décembre – mois de l’année où les jours ne durent que quelques heures – de grands panneaux lumineux dans trente abribus.

Le but?

«Apporter un peu de lumière et un petit plus d’énergie» aux habitants, selon sa porte-parole.

Les chiffres

En Suisse, pendant les mois d’hiver, on estime que 2% environ de la population souffre de dépression saisonnière et 10% d’une forme atténuée de cette affection. Ces troubles sont efficacement traités par la luminothérapie, l’exposition quotidienne à une forte source lumineuse.

Adopter les bons réflexes

Quelques conseils pour éviter le spleen hivernal:

S’exposer le plus possible à la lumière extérieure, en faisant des promenades à pied, par exemple.

Se lever toujours à la même heure, week-end compris.

Manger à heures régulières, pour éviter les fringales.

Prendre des vacances à la montagne ou au soleil, en décembre ou en janvier si possible.

* Source: «J’ai envie de comprendre la dépression», Suzy Soumaille avec la collaboration des docteurs Guido Bondolfi
et Gilles Bertschy, Editions Médecine et Hygiène, 2012

La lumière d’un simulateur d’aube croît progressivement. (Image: DR)

L'aube au réveil ne tue pas le spleen

Attention à ne pas confondre lampe de luminothérapie et simulateur d’aube. La première émet généralement une lumière de 10 000 lux. On reste devant une demi-heure, sans avoir besoin de fixer la lumière – on peut par exemple lire le journal. Le second est un réveil accompagné d’une lampe: la lumière croît progressivement sur quinze minutes, de sorte que la pièce est illuminée quand le réveil sonne. Conséquence: un réveil généralement plus facile. Pourtant, l’intensité de la lumière est bien moindre qu’avec la luminothérapie, soit moins de 500 lux en moyenne. Une seule étude, pour l’instant non confirmée par d’autres travaux, a mis en évidence un possible effet de cette simulation d’aube sur la dépression saisonnière.

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Nous sommes au solstice d’hiver à Umeå, petite ville située à 300 km au nord de Stockholm. La nuit dure une vingtaine d’heures. De quoi nourrir quelques idées noires. Pour y remédier, l’entreprise locale d’électricité a installé de puissants panneaux lumineux dans les arrêts de bus. La thérapie par la lumière est en effet un moyen efficace de combattre la dépression saisonnière, affection causée par le manque de luminosité.

Un Suisse sur cinquante, soit 2% de la population, serait touché par cette maladie, en majorité des femmes – sans que l’on sache expliquer pourquoi elles sont plus sensibles. Les symptômes sont les mêmes que ceux d’une dépression classique: tristesse, manque d’énergie, perte de confiance en soi et de plaisir dans ses activités usuelles, difficultés de concentration. Deux points la distinguent cependant des autres formes de dépressions: la personne a tendance à manger davantage et à dormir plus longtemps.

«Tous ces symptômes sont sérieux, souligne le professeur Jean-Michel Aubry, psychiatre aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ils causent une souffrance importante.» Pour autant, la dépression saisonnière n’est généralement pas accompagnée d’idées suicidaires et n’exige pas nécessairement d’arrêt de travail.

L’hiver, le lux se fait rare

Pour diagnostiquer ce mal, il faut remplir quatre critères: un lien clair doit exister entre les épisodes dépressifs et la diminution des périodes de jour; les patients guérissent complètement plus tard dans l’année, en général au printemps; la dépression s’est produite deux années consécutives; enfin, si la personne a connu plusieurs épisodes de dépression, ils sont plus nombreux en hiver.

Il faut ajouter à ces 2% de malades 10% de personnes atteintes plus légèrement, qui ressentent tout ou partie des symptômes mais de façon atténuée. Toutes ces personnes peuvent, après avoir consulté un médecin, bénéficier de séances de luminothérapie. Elles consistent à s’exposer une demi-heure chaque jour devant une lampe spéciale. Après deux ou trois semaines en moyenne, les symptômes disparaissent. Et si l’on commence les séances à titre préventif, dès la fin du mois de septembre, ils n’apparaissent pas.

«Des études bien réalisées montrent que la luminothérapie est trois fois plus efficace qu’un placebo», relève le professeur Martin Preisig, du Centre d’épidémiologie psychiatrique au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV). «Certains patients qui peuvent partir au soleil tous les ans en automne et à Noël l’ont aussi découvert empiriquement», remarque le professeur Aubry.

Remettre à l’heure son horloge interne

La luminothérapie simule l’ensoleillement d’une saison ou d’une latitude plus clémente à l’aide d’une lumière blanche qui ne contient ni rayons UV ni infrarouges. La puissance lumineuse des lampes utilisées est de 10 000 lux (l’unité qui mesure l’éclairement lumineux) – en été, le soleil émet de 50 000 à 100 000 lux, en hiver, de 10 000 à 20 000 lux. En passant une demi-heure à l’extérieur quelle que soit la saison, nous recevons donc une dose de lumière au moins équivalente à celle d’une séance de luminothérapie.

Mais en hiver, nous sommes le plus souvent exposés à l’éclairage artificiel, qui oscille en moyenne de 50 à 500 lux. Or nos yeux possèdent des cellules spécialisées (cellules ganglionnaires) dans la reconnaissance de la luminosité. Selon que celles-ci reçoivent beaucoup ou peu de lumière, elles ont un effet différent sur le cerveau, notamment sur notre horloge interne. Durant la mauvaise saison, le manque de lumière dérègle cette «pendule personnelle» chez certains individus et induit les symptômes dépressifs. «La lampe de luminothérapie, en stimulant directement les cellules de l’œil, permet, en quelque sorte, de remettre à l’heure son horloge biologique», résume le professeur Nicolas Schaad, pharmacien-chef de la Pharmacie interhospitalière de La Côte et enseignant à la Faculté de médecine de Genève.

Agit sur la vigilance et la concentration

Mais la lumière n’influence pas uniquement l’humeur. A l’EPFL, la neurobiologiste Mirjam Münch et son équipe ont montré que la quantité de lumière reçue l’après-midi a une influence sur la vigilance et les performances cognitives le soir venu. Durant une expérience, les personnes exposées à davantage de lumière que d’autres (1000 lux au lieu de 170) se sentaient plus réveillées en soirée et réussissaient mieux les tâches qu’on leur proposait. Mieux vaut donc s’exposer à la lumière l’après-midi si l’on doit travailler et prendre des décisions le soir. Que penser, dès lors, de la puissante lumière des abribus suédois? L’idée de départ de l’entreprise électrique était bonne, d’autant plus que le taux de dépression saisonnière augmente à l’approche des pôles.

Malheureusement, sa mise en œuvre est insuffisante. Projetant 8000 lux à l’extérieur de l’abribus, les panneaux d’Umeå sont un peu trop faibles pour être efficaces, sans compter que l’éclairement décroît avec la distance. De plus, il est rare d’attendre le bus plus d’une demi-heure… Tout au plus, selon le professeur Schaad, «c’est un clin d’œil, et peut-être une incitation à échanger avec ses semblables autour du panneau lumineux et de son blues hivernal». (Le Matin)

Créé: 10.02.2013, 09h17


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