Vendredi 10 juillet 2020 | Dernière mise à jour 12:14

Santé New York va tester du plasma de convalescents sur les malades

L'idée est de fournir des anticorps contre le coronavirus. Une méthode qui ne convainc pas du tout les HUG.

Dans les hôpitaux new-yorkais, comme ici à St Barnabas, des tentes de dépistage sont mises en place avant d'entrer dans l'établissement.

Dans les hôpitaux new-yorkais, comme ici à St Barnabas, des tentes de dépistage sont mises en place avant d'entrer dans l'établissement. Image: AFP

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Plusieurs hôpitaux new-yorkais se préparent, dès la semaine prochaine à utiliser le sang des personnes qui se sont remises de la CoVid-19 pour tenter de soigner les plus gravement atteints. L'idées est de transfuser du sang chargé d'anticorps de ceux qui ont survécu à la maladie à ceux qui sont malades, explique «Nature». Contrairement à un vaccin, qui pousse le patient à générer lui-même ses anticorps, cette méthode dite du plasma convalescent apporte des anticorps externes, donc serait plus rapide.

C'est le gouverneur de New York, Andrew Cuomo, très actif sur le front du coronavirus, qui a annoncé le 23 mars son intention de tester cette méthode afin de combattre l'épidémie. Précisons qu'avec plus de 23 000 cas confirmés et 365 morts, New York est l'épicentre du coronavirus aux Etats-Unis. Le 24 mars, la Food and Drug Administration (FDA) donnait son accord pour effectuer de tels tests.

Priorité aux plus atteints

Il s'agit d'abord d'effectuer des essais cliniques. La FDA prévient que, compte tenu de l'urgence de santé publique que représente l'épidémie, ces tests seront effectués en priorité sur des patients gravement atteints ou dont la vie est en danger. Au moins deux hôpitaux de New York, le Mount Sinai et l'Albert Einstein College of Medecine devraient commencer à transfuser du plasma convalescent à des malades. Rappelons que le plasma est une partie du sang qui contient les anticorps mais pas de globules rouges. Et évidemment, on s'assurera de l'absence de tout autre agent infectieux avant de faire la transfusion. Les essais cliniques devraient ensuite être étendus à d'autres hôpitaux universitaires à travers les États-Unis afin de recueillir des preuves tangibles de l'efficacité de ce traitement.

Scepticisme à Genève

«Le monde va observer ce test car, contrairement aux médicaments, le sang des survivants est relativement bon marché et disponible pour tous les pays durement touchés par une épidémie», écrit «Nature». Aux Hôpitaux Universitaires de Genève (HUG), non seulement des tests avec du plasma convalescent ne sont pas envisagés, mais en plus on se montre très dubitatif quand à l'opportunité d'un tel traitement. «Il n'y a aucune espèce d'évidence que cela fonctionne, estime le Dr Manuel Schibler, du Laboratoire de virologie. De plus, cette méthode utilise des anticorps qui circulent dans le sang, ce qui ne doit pas être d'une grande utilité avec le coronavirus actuel qui agit dans les poumons.» Le plasma convalescent n'est donc de loin pas une piste privilégiée par les HUG, «ni aucun autre hôpital en Suisse à ma connaissance», ajoute le Dr Schibler.

Si les États-Unis se lancent dans cette pratique, c'est sans doute parce le pays cherche frénétiquement un moyen d'éviter une situation à l'italienne alors que le pic de l'épidémie pourrait survenir d'ici deux à trois semaines à New York, selon les estimations. Les chercheurs espèrent donc que les tests soient rapidement concluants afin de pouvoir utiliser cette méthode non plus en guise de traitement mais de prévention en inoculant des anticorps aux personnes présentant un haut risque d'être contaminés, comme le personnel soignant, empêchant ainsi la maladie de se développer.

Jamais très efficace

Reste que ce traitement n'a jamais vraiment présenté de résultats très concluants. Testé sur 1700 patients lors de l'épidémie de grippe espagnole en 1918, il aurait montré un taux de mortalité plus faible auprès de ceux qui l'avaient reçu, mais rien de vraiment probant. Le plasma convalescent a également été testé lors des épidémies du SRAS-CoV-1 en 2003, de la grippe H1N1 en 2009, du MERS en 2012 et même d'Ebola mais la FDA le reconnaît elle-même: «Bien que prometteur, le plasma convalescent ne s'est pas révélé efficace dans toutes les maladies étudiées. Il est donc important de déterminer par des essais cliniques qu'il est sûr et efficace avant de l'administrer systématiquement à des patients atteints de COVID-19.»

Déjà testé en Chine

Des études préliminaires ont d'ailleurs été aussi menées en Chine sur le nouveau coronavirus mais, si celui-ci ne semblait plus circuler dans le corps des 13 patients gravement malades à qui le plasma a été transfusé, tendant à montrer que les anticorps l'avaient combattu, les conditions de santé de ces personnes avaient en revanche continué à se détériorer.

Michel Pralong

Créé: 27.03.2020, 17h00

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