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Narcose Les opérations sous hypnose se multiplient dans les hôpitaux

Utilisée pour certains types d’intervention, l’hypnosédation évite les effets secondaires de l’anesthésie classique. Des avantages qui expliquent qu’elle se répand en Europe, y compris en Suisse.

«Nous demandons s’il y a des choses qu’il n’aime pas du tout, 
des phobies, pour éviter de les évoquer pendant l’hypnose», Adriana Wolff, médecin adjoint du Service d’anesthésiologie 
des HUG.

«Nous demandons s’il y a des choses qu’il n’aime pas du tout, des phobies, pour éviter de les évoquer pendant l’hypnose», Adriana Wolff, médecin adjoint du Service d’anesthésiologie des HUG. Image: Burger/AFP

De quoi on parle

Les faits

L’Institut Curie, à Paris, a fait parler de lui au début de ce mois pour ses opérations sous hypnose du cancer du sein, technique qui permet d’éviter une anesthésie générale. Cette technique s’accompagne néanmoins d’une anesthésie locale, on parle d’hypnosédation.

Le bilan

En Suisse romande, les Hôpitaux universitaires genevois (HUG) pratiquent certaines opérations (en orthopédie ou en gynécologie, entre autres) en utilisant l’hypnose. Au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), à Lausanne, son utilisation est pour l’instant plus ponctuelle. Mais une offre concrète liée à des opérations précises est en préparation.

Etre sous hypnose ne veut pas dire dormir

Contrairement à une idée reçue, l’hypnose est un état de conscience modifié dans lequel le patient est hypervigilant et très concentré, qui n’a rien à voir avec le sommeil.
L’imagerie cérébrale a permis de montrer les modifications cérébrales liées à cet état. Sous hypnose, différentes zones du cerveau s’activent en fonction du travail effectué (voir infographie). Ces démonstrations scientifiques ont levé les accusations de charlatanisme qui entouraient la technique et lui ont ouvert les portes des hôpitaux.
De plus, il n’y a pas de processus hypnotique sans la collaboration du patient. Impossible donc que le thérapeute lui impose sa volonté contre son gré.
Tous les individus peuvent entrer dans un état hypnotique, on le fait même dans la vie de tous les jours sans s’en rendre compte, cette faculté étant naturelle chez l’homme.

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Longtemps considérée comme à la frontière de la science et de l’occultisme, l’hypnose a mis du temps à se débarrasser des préjugés qui l’entourent et à se faire une place dans le milieu hospitalier. En Suisse romande, c’est le médecin anesthésiste Alain Forster qui a introduit cette technique aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG) dans les années 70 déjà pour soulager la douleur, notamment au moment des changements de pansements sur les grands brûlés.

Désormais, certaines opérations sont réalisées sous hypnose. Mais cela ne signifie pas que l’opération se pratique à vif. Cette technique, qui combine une anesthésie locale, une hypnose et éventuellement une légère sédation intraveineuse pour aider le patient à se détendre sans pour autant le faire dormir, est appelée hypnosédation. Pendant l’intervention, l’opéré est surveillé comme pour une anesthésie générale et peut être endormi à tout moment si cela s’avère nécessaire.

L’avantage de cette méthode est qu’elle évite les effets secondaires d’une anesthésie générale et ses complications éventuelles. Les suites opératoires sont également plus favorables. Le vécu du patient est par ailleurs très différent car il sort de son rôle passif pour devenir acteur de sa propre intervention: en effet, il doit se concentrer sur l’hypnose pour qu’elle soit efficace. Il se découvre alors des compétences insoupçonnées. L’ensemble de ces facteurs permet au patient de récupérer plus rapidement, de ressentir moins de douleurs et réduit les complications postopératoires.

Pour quelles opérations?

L’hypnosédation ne convient pas aux interventions en profondeur (chirurgie abdominale ou thoracique, mise en place de prothèses, par exemple). En revanche, elle peut être proposée pour celles qui peuvent s’effectuer sous anesthésie locale, comme l’ablation de la thyroïde et la chirurgie plastique du sein.

Cette technique se répand en Europe. Le pays en pointe est la Belgique, grâce à Marie-Elisabeth Faymonville, anesthésiste pionnière dans le domaine. En comparaison, la Suisse accuse un net retard. Aux HUG, il est toutefois possible de se faire opérer sous hypnosédation mais l’offre est fluctuante car la mise en œuvre de cette technique exige un partenariat sans faille entre le patient, l’anesthésiste et le chirurgien. «Comme nous sommes dans un hôpital universitaire, ce partenariat est parfois difficile à organiser en raison de la complexité de l’institution. Mais le développement de cette pratique est bien accepté au bloc opératoire», explique Adriana Wolff, médecin adjoint du Service d’anesthésiologie.

Comment ça se passe?

L’anesthésiste rencontre son patient une fois avant l’opération comme lors d’une intervention classique. «Nous lui expliquons en quoi consiste une opération en hypnosédation et nous nous assurons de sa motivation, poursuit Adriana Wolff. Nous demandons s’il y a des choses qu’il n’aime pas du tout, des phobies, pour éviter de les évoquer pendant l’hypnose. Nous définissons quel est son canal sensoriel préférentiel (vue ou audition). Nous pouvons aussi lui demander de définir un endroit qui lui est agréable et qui servirait de lieu de confort pendant l’hypnose. Ensuite, les choses peuvent se dérouler très différemment. La personne peut ne pas suivre ce qu’on lui dit et s’engager dans d’autres pensées sans que cela porte à conséquence. Il peut aussi y avoir des passages plus difficiles pour le chirurgien. Nous intégrons alors ces difficultés dans nos suggestions hypnotiques. Par exemple si le patient s’imagine une balade à vélo, on lui dira «on est en train de monter une pente difficile, il va falloir pédaler plus fort!»

Et la difficulté s’intégrera dans son hypnose.» Cette technique demande que l’anesthésiste soit complètement présent car, comme le dit Adriana Wolff, lui et le patient «sont en résonance».

Et le chirurgien?

A Genève, des opérations de la thyroïde se déroulent régulièrement sous hypnosédation. Qu’est-ce que cela change pour le chirurgien? «Nous devons avoir une collaboration encore plus étroite avec l’anesthésiste, répond Frédéric Triponez, chef de la chirurgie thoracique et endocrinienne. Il faut être très attentif, très réactif, être prêt à ralentir si l’anesthésiste le demande. Nous devons aussi anticiper avec lui les moments plus douloureux pour qu’il puisse approfondir l’hypnose ou nous demander d’ajouter un peu d’anesthésique local. Parfois, le patient bouge ou se retrouve dans un certain inconfort. Il faut alors attendre un peu, ce qui, bien sûr n’arrive pas avec les patients sous anesthésie générale!»

Une impression un peu étrange les premières fois, mais le professeur consent volontiers à ces contraintes. «Je ne pousse pas les patients à recourir à cette technique car je pense qu’il faut une forte motivation. Mais c’est une alternative pour ceux qui veulent éviter une anesthésie générale», conclut Frédéric Triponez. (Le Matin)

Créé: 22.02.2015, 09h15

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