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50 ans de la Lune «C'est Mars qui est le vrai centre d'intérêt»

Il y a 50 ans, l'homme marchait pour la première fois sur la Lune. Pour l'astrophysicien Willy Benz, l'événement a joué un grand rôle pour la science et aussi pour la Suisse. Interview.

Willy Benz évoque la conquête lunaire et spatiale.
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Le 16 juillet, la fusée Apollo 11 s’élançait de Floride pour emmener les premiers hommes sur la Lune. (Video: AFP )

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La course à la Lune

La course à la Lune De 1945 à 1969, les Etats-Unis et l'URSS se sont livrés livrés à un véritable duel pour la conquête de l'espace.

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Il y a 50 ans, le 20 juillet 1969 aux USA (le 21 en Suisse), les astronautes Neil Armstrong et Buzz Aldrin marchaient pour la première fois sur la Lune dans le cadre de la mission Apollo 11. Un événement suivi en direct par 500 millions de Terriens grâce à une retransmission exceptionnelle de la NASA sur les chaînes de télévision. Parmi ces spectateurs, le Neuchâtelois Willy Benz, professeur et astrophysicien à l'Université de Berne, et père de CHEOPS, le premier satellite suisse qui doit être lancé cet automne. Interview.

Le Matin: Professeur Benz, que faisiez vous le 20 juillet 1969?

Willy Benz: J'avais 14 ans, et comme tous les garçons de mon âge, j'étais scotché derrière la télévision. C'était la nuit et mes parents dormaient. J'avais suivi toutes les missions Apollo et j'étais un passionné. Je rêvais alors de devenir astronaute. Mais après avoir réalisé qu'il n'y avait pas d'Européens, j'ai opté pour astronome. Un choix que je n'ai pas regretté quand j'ai vu les conditions d'entraînement des astronautes!

Aujourd'hui, tout le monde veut revenir sur la Lune. Pourquoi?

La Lune a un gros avantage: elle est bien plus près de nous que Mars. Et c'est cette planète qui est le vrai centre d'intérêt. Mais c'est compliqué d'y aller, cela représente 6 mois de voyage contre 3 jours pour la Lune. L'idée est donc que notre satellite serve de base avancée pour la conquête du système solaire et pour l'entraînement pour les astronautes.

Aller sur la Lune n'est pas qu'une démonstration de force pour un pays alors?

Il y a de cela aussi. Poser un astronaute sur la Lune et le ramener en bonne santé, c'est la démonstration pour un pays d'une certaine maîtrise technologique. C'est aussi un positionnement stratégique car il se pourrait que certains corps célestes contiennent des ressources intéressantes à ramener, d'autant qu'on vit à crédit sur nos ressources terrestres aujourd'hui.

Chine, Inde, USA sont très intéressés par la Lune. Et l'Europe?

L'Europe aussi, puisqu'elle a un plan de village lunaire. L'idée est de développer des techniques pour construire une colonie sur une surface hostile, comme celle de Mars. Mais c'est compliqué. Car on veut des colonies qui soient à terme autosuffisantes. C'est pour cela qu'on construit des biosphères dans les déserts sur Terre avec agriculture locale etc, afin de voir si des gens sont capables d'y vivre seuls. L'Europe a aussi des projets de collaboration avec les USA pour une sorte de station spatiale qui tournerait non pas autour de la Terre comme aujourd'hui mais autour de la Lune.

«Cette voile bernoise a été la seule expérience non-américaine à bord des missions Apollo et elle a lancé l'expérimentation spatiale en Suisse»

L'Université de Berne est très fière de rappeler que le premier drapeau planté sur la Lune n'est pas le drapeau américain mais une voile solaire imaginée dans les labos bernois...

Oui. Cette voile en feuille d'aluminium a permis de mesurer la composition du vent solaire. Le concept était génial. Cette voile bernoise a été la seule expérience non-américaine à bord des missions Apollo et elle a lancé l'expérimentation spatiale en Suisse. Car elle a eu une énorme visibilité dans le monde à l'époque où l'Europe réfléchissait à s'organiser pour devenir une entité qui compte dans le domaine spatial. Par la suite, il y a eu la création de l'Agence spatiale européenne (ESA), dont la Suisse a été l'un des membres fondateurs. Depuis, notre pays fait partie de pratiquement toutes les missions de l'ESA.

«La question est de savoir s'il y a de la vie dans l’univers ailleurs que sur terre.»

Mais vous, à l'Université de Berne, vous êtes surtout un spécialiste des exoplanètes, celles qui sont très loin en dehors du système solaire. Qu'est-ce qui vous intéresse?

La question est de savoir s'il y a de la vie dans l’univers ailleurs que sur terre. Nous avons 8 planètes dans le système solaire qu’on arrive à étudier via des satellites. Mais les exoplanètes, qui existent par milliers, sont tellement loin qu’on ne pourra pas les visiter dans un avenir proche.

Vous êtes le responsable de la mission CHEOPS du nom du premier satellite suisse qui sera lancé cet automne via une fusée Soyouz depuis la base de Kourou en Guyane française. Il servira à étudier ces exoplanètes justement?

Oui. C'est un satellite de l'Agence spatiale européenne dont le but est de mesurer leur taille. Il suit l'étoile autour de laquelle tourne une planète et au moment où celle-ci passe devant l'étoile, la lumière de cette dernière diminue. CHEOPS mesure cette baisse et cela nous donne la taille de la planète. Son objectif ultime, c'est de réduire la liste des planètes susceptibles de permettre la vie, planètes qui seront ensuite observées via les grosses infrastructures qui sont en train d'être construites, comme le télescope spatial James-Webb ou celui du Chili.

La Suisse, via l'Université de Berne et celle de Genève, sera encore une fois en pole position dans le projet PLATO, la plus grande mission de recherche sur les exoplanètes de l’agence spatiale européenne. De quoi s'agit-il?

PLATO, c’est un observatoire pour détecter des planètes. C'est le dernier du genre qui sera construit. Car après lui, on connaîtra toutes les planètes intéressantes. On prévoit de le lancer en 2026. C’est une collection de 26 télescopes montés sur une plateforme et qui permettront d'observer une grande partie du ciel pendant 4 ans pour y détecter toutes les planètes susceptibles d'accueillir la vie.

Vous croyez à la vie extra-terrestre en somme?

Si je n'y croyais pas, je ne serais pas en train de chercher la vie dans l'univers! Mais ma démarche est scientifique. Il ne s'agit pas de croire ou de ne pas croire, mais de mesurer et d'établir si oui ou non il existe de la vie ailleurs que sur Terre. C'est ce qui est absolument fantastique aujourd'hui: nous sommes la première génération dans l'histoire de l'Humanité à avoir la technologie pour le faire. Pour la première fois, nous serons peut-être capables d'apporter des réponses à cette question qui est presque aussi vieille que l'humanité.

Créé: 14.07.2019, 12h06

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