Dimanche 12 juillet 2020 | Dernière mise à jour 02:21

Science L'impact du confinement sur la faune doit à tout prix être connu

Des chercheurs lancent une vaste recherche sur ce qu'ils appellent l'anthropause pour savoir comment mieux coexister avec les animaux.

L'absence d'humains a notamment permis à ces chèvres sauvages de s'aventurer au centre d'une petite ville galloise.

L'absence d'humains a notamment permis à ces chèvres sauvages de s'aventurer au centre d'une petite ville galloise. Image: Twitter/Andrew Stuart

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Le confinement d'une bonne partie de l'humanité a eu des effets notables sur la nature et la faune. De nombreuses observations ont été faites par tout un chacun à travers le monde, que ce soit le retour de dauphins dans les eaux de Cagliari, la visite de chèvres sauvages dans une ville du Pays de Galles ou une augmentation apparente des chants d'oiseaux un peu partout. Si ce changement, certes brutal mais finalement qui ne dure que depuis quelques mois, a eu autant de conséquences, il faut absolument saisir cette chance incroyable qui nous est offerte de l'étudier au maximum.

La pause de l'homme

Une équipe de chercheurs internationaux, sous l'égide du professeur Christian Rutz de l'Université de Saint Andrews , en Écosse, a donc lancé lundi 22 juin dans la revue «Nature» une initiative pour étudier ce qu'elle appelle l'anthropause. Ou quand notre planète a eu droit à une pause des activités humaines. Ces scientifiques ont en effet constaté que cette absence d'êtres humains, notamment dans les centres urbains, a permis comme on l'a dit plus haut, à certaines espèces de les reconquérir, au moins temporairement.

Mais ils redoutent que le confinement ait également pu avoir des effets négatifs, notamment sur des espèces qui étaient devenues dépendantes des déchets des humains, comme les rats ou les mouettes et qui pourraient avoir souffert de la faim. Des espèces menacées de disparition parce que trop chassées ont également peut-être souffert de davantage de braconnage, leur lieu de vie étant moins surveillé durant la pandémie. Enfin, la présence accrue d'hommes à la campagne et dans les espaces verts pour échapper à la promiscuité a pu troubler la faune qui y réside.

Mettre toutes les données en commun

Tout ceci ne relève que de suppositions et d'observations non scientifiques, c'est pour cela qu'il est essentiel selon ces chercheurs de lancer une vaste collaboration internationale sur le sujet. Pour l'instant, seul Tchernobyl et la reconquête par la faune et la flore locale des lieux désertés suite à la catastrophe nucléaire a permis d'étudier l'impact de la brusque réduction d'activité humaine, relève le professeur Rutz sur la BBC. Aujourd'hui, nous avons l'opportunité de le faire à l'échelle de la planète et dans les habitats et écosystèmes les plus variés.

L'idée est donc de récolter un maximum de données et de les mettre en commun. Notamment toutes celles fournies par les bio-enregistreurs, ces appareils électroniques attachés aux animaux pour mesurer leurs déplacements et leurs changements de comportements. Pour avoir le tableau le plus précis des changements induits par l'anthropause, il faudra évidemment collecter des mesures prises avant, pendant et après la pandémie. Il faut donc absolument envisager de continuer voire de prolonger des études en cours.

Avoir accès aux données des smartphones

Mais étudier l'animal ne suffit pas. Pour connaître plus précisément en quoi l'homme a changé ses habitudes, il faudrait également avoir accès à ses propres bio-enregistreurs... c'est-à-dire les appareils électroniques qu'il porte sur lui, comme les smartphones et qui enregistrent tous ses mouvements. Les chercheurs demandent donc aux constructeurs, opérateurs et gouvernements de trouver un moyen de collecter scientifiquement tous ces renseignements, dans le respect absolu de la protection de la vie privée.

Pour que les études sur le terrain continuent, l'équipe de chercheurs demande à ce que, même dans les endroits soumis encore à des restrictions dues à la pandémie, les scientifiques puissent y avoir accès, après voir pris toutes les précautions nécessaires. Et, dernier point, mais crucial pour qu'une grande étude sur l'anthropause puisse se faire, cela nécessite un financement d'urgence. Mais le jeu en vaut largement la chandelle, selon les auteurs de l'article.

L'étude permettra en effet d'identifier les espèces fortement impactées par l'activité humaine mais qui sont capables de s'adapter au changement ainsi que celles qui sont plus vulnérables. En analysant les changements survenus par exemple aux abords des routes ou voies de chemin de fer, moins fréquentées lors du confinement, on pourrait en tirer des leçons pour de futurs tracés qui impacteraient moins la faune en n'y apportant que de légères modifications.

Redécouvrir l'importance d'un environnement sain

Bref, c'est toute la coexistence entre l'homme et l'animal qui pourrait être améliorée. «Personne ne demande que les humains restent dans un état de verrouillage permanent, écrivent les auteurs. L'anthropause nous a ramenés à des niveaux de mobilité humaine observés il y a quelques décennies - et non des siècles. Cela signifie que nous pouvons découvrir que des changements relativement mineurs dans nos modes de vie peuvent potentiellement avoir des avantages majeurs pour les écosystèmes et les humains.»

Et de conclure par cet appel plein d'espoir: «Ce serait merveilleux si une recherche minutieuse pendant cette période de crise nous aidait à trouver des moyens innovants de maîtriser nos modes de vie de plus en plus expansifs, de redécouvrir l'importance d'un environnement sain pour notre propre bien-être et de remplacer le sentiment de possession par un sentiment d'appartenance. Nous espérons que les gens choisiront d'entendre l'appel au réveil.»

Michel Pralong

Créé: 24.06.2020, 06h45

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