Jeudi 27 février 2020 | Dernière mise à jour 20:52

Vert En Norvège, on achète le liquide mais on emprunte la bouteille

Pour que la Suisse parvienne à un taux de recyclage avoisinant le 100%, faudra-t-il instaurer le système de consigne adopté avec succès dans le pays nordique? Reportage.

Les système de recyclage norvégien expliqué.
Vidéo: Catherine Cochard

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Une à une, la retraitée place ses bouteilles vides dans la bouche béante d'une machine située à l'entrée d'un supermarché des environs d'Oslo. Grâce à un système de consigne bien huilé, la Norvège a trouvé une parade à l'excès de plastique.

«Il faut bien s'en débarrasser, autant le faire de façon intelligente», dit la septuagénaire, qui a reçu en échange de ses bouteilles un ticket d'une trentaine de couronnes (3 francs environ) à faire valoir à la caisse pour un remboursement en liquide ou en bon d'achat.

97% en Norvège, 60% en France, 83% en Suisse

Avec un taux de recyclage d'environ 97% des bouteilles en plastique, la Norvège est une très bonne élève: elle dépasse avec dix ans d'avance l'objectif fixé par l'Union européenne, à savoir un taux de collecte de 90% en 2029.

Ce chiffre plafonne péniblement à 60% en France, où un éventuel système de consigne vient d'être repoussé à 2023. En Suisse, selon des statistiques de «Swiss Recycling», le taux de collecte des bouteilles PET s'élevait à 83% en 2017.

Consigne, la clé du succès

Ce système est pourtant la clé du succès du pays nordique: il consiste à faire payer au consommateur quelques centimes supplémentaires pour une boisson embouteillée, surcoût qui lui est remboursé lorsqu'il ramène le contenant vide.

Kjell Olav Maldum, directeur d'Infinitum, société créée par les producteurs et les distributeurs norvégiens pour gérer la consigne.

«En fait, les consommateurs achètent le produit mais empruntent son emballage», explique Kjell Olav Maldum, directeur d'Infinitum, société créée par les producteurs et les distributeurs pour gérer la consigne.

Entré dans les mœurs

Le concept est entré dans les mœurs au point que la langue norvégienne s'est dotée d'un verbe – å pante (prononcez: o paanteu) – pour désigner le fait d'aller déposer à la consigne.

Bonus: les machines laissent aux consommateurs le choix de réinvestir la somme qui leur est due dans une loterie finançant une bonne cause.

Ballet de poids lourds

Plus de 1,1 milliard de bouteilles plastiques et canettes en aluminium ont été restituées en 2018 dans les machines déployées dans les supermarchés ou directement dans les stations-service et autres petits points de vente.

Image: AFP

A Fetsund, à une trentaine de kilomètres au nord-est d'Oslo, un ballet incessant de poids lourds déversent des milliers de flacons vides dans le principal centre de traitement d'Infinitum.

Rubik's cubes multicolores

Sautillant sur des convoyeurs, les bouteilles d'eau, de jus de fruits et de sodas sont triées, compactées et mises en ballots, formant d'énormes Rubik's cubes multicolores et insolubles appelés à connaître plusieurs vies après recyclage.

Car chaque nouvelle bouteille plastique en Norvège contient environ 10% de matériau recyclé, écologiquement plus correct.

Image: AFP

Une proportion que le pays nordique veut accroître avec un projet de taxe dégressive qui encouragerait le recours au plastique recyclé aux dépens du vierge, aujourd'hui moins cher.

Détritus valorisé

«Si vous mettez vos bouteilles dans une machine, elles entrent dans une boucle vertueuse», plaide Harald Henriksen, dirigeant chez Tomra, leader mondial des machines de déconsignation. «Vous pouvez les réutiliser pour fabriquer de nouvelles bouteilles à maintes reprises».

Dans ce modèle d'économie circulaire, ce que l'on considère ailleurs comme un détritus devient une ressource, dont la valeur qu'on lui assigne encourage la collecte et le recyclage.

Bond spectaculaire en Lituanie

L'idée a fait de nombreux adeptes. «Un exemple: la Lituanie où ils avaient un taux de collecte de 34% avant qu'un système de consigne ne soit mis en place. Deux ans plus tard, ce chiffre était déjà passé à 92%», souligne M. Henriksen.

Selon Zero Waste Europe, la consigne est «le seul moyen» de respecter la feuille de route tracée par l'UE mais l'ONG environnementale prône un système «mixte» qui reprendrait aussi les bouteilles en verre pour réemploi ainsi que l'extension du principe à d'autres emballages en plastique.

Quinze tonne par minute dans les océans

Selon WWF, l'équivalent de quinze tonnes de plastique sont déversées chaque minute dans les océans.

Sans nier le besoin de débarrasser la planète de ce fléau, les professionnels norvégiens estiment que ce matériau – léger, pratique et bon marché – reste promis à un bel avenir.

«Le problème réside-t-il dans le plastique lui-même ou dans la façon dont nous, consommateurs, nous comportons?», demande M. Maldum. «Le plastique est encore fantastique mais ne le jetons pas dans la nature».

Créé: 13.02.2020, 16h00

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.