Dimanche 23 février 2020 | Dernière mise à jour 03:09

La santé connectée (3/8) Le high-tech est-il fiable pour surveiller son cœur?

Les appareils destinés à mesurer les battements cardiaques ne sont plus réservés aux sportifs chevronnés. Et l’offre destinée au grand public s’étend.

Image: DR

Vrai ou faux?

1- Les ondes émises par un cardiofréquencemètre sont dangereuses pour le cœur.

Vrai ou faux?

2- Je suis un coureur débutant. Un cardiofréquencemètre m’est inutile, car réservé à la pratique intensive.

Vrai ou faux?

3- Si je m’entraîne avec un cardiofréquencemètre, je peux modifier mon rythme cardiaque, même en dehors du sport.

Vrai ou faux?

4- Si ma fréquence cardiaque diminue, je vivrai plus longtemps.

Vrai ou faux?

5- Si j’achète un cardiofréquencemètre, je dois aussi investir dans une montre pour lire les mesures.

Vrai ou faux?

Les réponses

1- Faux

La transmission sans fil se fait par Bluetooth ou par la norme ANT +. Les rayonnements émis sont donc d’une très faible intensité (bien plus faible que celle d’un téléphone mobile) et ne présentent aucun risque pour la santé, d’après l’Office fédéral de santé publique.

2- Faux

Au contraire, les cardiofréquencemètres sont très utiles aux débutants qui ont tendance à courir trop vite.

3- Vrai

Faire du sport modifie, sur le long terme,
la fréquence cardiaque au repos. Un cardiofréquencemètre peut aider à mieux travailler pour y parvenir plus rapidement.

4- Vrai et faux

La fréquence cardiaque et l’espérance de vie sont directement liées: plus le cœur bat lentement au repos, plus l’espérance de vie est longue. Mais avoir un cœur qui bat lentement ne garantit forcément une vie plus longue,
car cela n’empêche pas la présence d’autres facteurs qui agissent sur la longévité (sédentarité, tabagisme, hypercholestérolémie, diabète…).

5- Faux

De plus en plus de modèles sont compatibles avec les principales applications iPhone, Android et Windows. Reste qu’une montre est plus facilement transportable qu’un smartphone lorsque l’on fait du sport.

Trois valeurs de référence

La fréquence cardiaque est le nombre de battements de cœur par unité de temps, exprimé le plus souvent en battements par minute (ou bpm). Il en existe plusieurs valeurs de référence.

D’abord, la fréquence cardiaque dite de repos (ou FCr). Elle est mesurée pendant une période d’inactivité ou de sommeil en position allongée et varie, chez un adulte, de 60 à 80. La pratique régulière du sport modifie les capacités du cœur et peut la faire baisser (elle peut descendre à 50 chez un sportif qui fait beaucoup d’endurance).

Ensuite, la fréquence cardiaque maximale (ou FC max) enregistrée lors d’un effort intensif. On ne peut pas agir sur cette fréquence, qui surtout liée à l’âge. Pour la connaître, il suffit de soustraire son âge au nombre 220 (pour quelqu’un de 42 ans, elle est donc de 178). Les personnes âgées de 36 à 65 ans peuvent la calculer de manière plus précise avec la formule suivante: 191,5 - (0,007 × âge²).

Enfin, la fréquence cardiaque dite de réserve, qui permet de trouver une valeur optimale pour pratiquer du sport. Pour la calculer, il faut soustraire la FCr à la FC max. Selon le but recherché (perdre du poids, développer son endurance, etc.), il faut viser une intensité précise qui correspond à un pourcentage de la fréquence cardiaque de réserve, puis la maintenir durant l’effort. Par exemple, pour brûler des calories, les spécialistes recommandent de «travailler» à une intensité de 70%. C’est-à-dire prendre 70% de la fréquence de réserve et ajouter la valeur de fréquence cardiaque de repos: (FCmax - FCr) × 70% + FCr.

Trois appareils

Bracelet VivoFit  + ceinture pectorale, Garmin. 189 fr.

En vente sur: www.sportch.ch (Image: DR)

Montre Alpha avec cardiofréquencemètre intégré, compatible iPhone, MIO. 179 fr. 95.

En vente sur: store.apple.com/ch-fr (Image: DR)

Bracelet Loop  + ceinture pectorale H6, Polar. 207 fr.

En vente sur: www.polar.com/ch-fr (Image: DR)

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Comme s’il voulait regarder l’heure, André fait un geste du poignet. Mais la montre qu’il porte le renseigne sur sa fréquence cardiaque. «157! Un peu plus élevé que d’habitude, sûrement à cause de la chaleur», avance-t-il avant de repartir. Comme des milliers de sportifs, il s’est offert un cardiofréquencemètre afin de suivre son rythme cardiaque lorsqu’il court. Longtemps réservés aux professionnels et aux pratiquants aguerris, ces appareils séduisent de plus en plus de sportifs du dimanche désireux d’évaluer leurs performances, de connaître un peu mieux leurs limites, voire de préparer une course. Une pratique qui s’inscrit dans la logique dite du «quantified self», qui consiste à mesurer, et à partager, un grand nombre de données médicales personnelles: poids, nombre de pas parcourus dans la journée, fréquence cardiaque, etc. Et à l’heure des réseaux sociaux et du Big Data, cet exercice est à la mode.

Comment ça marche?

Deux méthodes existent pour mesurer sa fréquence cardiaque: par des signaux électriques ou optiques. Dans le premier cas, il s’agit d’une ceinture que l’on attache au niveau de la poitrine sur laquelle est fixé un boîtier contenant des électrodes en contact avec la peau. Celles-ci enregistrent l’activité électrique du cœur (voir infographie) et transmettent la fréquence des battements à un appareil récepteur, la plupart du temps une montre ou un bracelet. Polar, Suunto, Garmin… les leaders du marché optent pour cette méthode qui, disent-ils, est la plus précise. Reste que ces ceintures ne conviennent pas à tous les sports, notamment la natation, bien que des modèles spécifiques existent. Elles ont, en effet, tendance à glisser. Plus généralement, bien des sportifs trouvent la sensation de pression sur la poitrine désagréable.

Un inconvénient que n’a pas la deuxième méthode. Elle repose sur la mesure d’un signal optique, au moyen d’une simple bague ou d’une montre capables de mesurer l’intensité lumineuse au niveau des vaisseaux sanguins du doigt ou du poignet. Concrètement, un faisceau lumineux est émis à travers la peau et le cardiofréquencemètre détecte les variations de la lumière réfléchie. Celle-ci varie en effet au passage du sang à chaque pulsation. Un peu moins précise, cette mesure a été l’objet d’importants progrès ces dernières années. Sont proposées désormais de plus en plus de montres avec cardiofréquencemètre intégré (le modèle Mio Alpha, qui utilise une technologie développée par la branche médicale de Philips, ou la MiCoach Smart d’Adidas).

Quel que soit le type d’appareil, les fabricants assurent que leurs produits sont «aussi précis qu’un électrocardiogramme (ECG)». Mais à ce sujet, les médecins sont plus prudents. Denis Graf, cardiologue au Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV), reçoit régulièrement des patients qui utilisent des cardiofréquencemètres. Il explique avoir constaté à plusieurs reprises d’importantes différences entre les mesures fournies par ces appareils et celles qu’il réalise avec des ECG.

«Nos appareils sont plus précis: ils comportent plus d’électrodes et effectuent des mesures sur de plus longues périodes, explique le médecin. Parfois des patients s’inquiètent de valeurs qu’ils ont mesurées eux-mêmes, alors qu’en réalité ils ne les ont jamais atteintes!» Les anomalies de mesure peuvent s’expliquer par des interférences ou des mauvais réglages, sans oublier qu’un appareil destiné au grand public n’a pas les mêmes obligations de précision qu’un outil professionnel.

Gérald Grémion, médecin du sport au CHUV, estime, pour sa part, que les mesures des cardiofréquencemètres sont assez satisfaisantes, mais que le problème réside dans leur interprétation. «De nombreux facteurs, tels que l’hydratation et la température, modulent la fréquence cardiaque», explique-t-il. Il est donc nécessaire d’apprendre à se connaître et à lire correctement les chiffres donnés par son appareil, ce qui est long et relativement difficile.

Les médecins sont partagés

Alors, faut-il donc craquer et s’offrir un cardiofréquencemètre ou bien considérer cet objet comme un gadget inutile? Les médecins sont partagés. Denis Graf y voit surtout «un effet psychologique, avec un bénéfice limité, si ce n’est pour les débutants qui vont apprendre à se connaître un peu mieux». Quant à Gérald Grémion, l’idée de tout mesurer et de tout partager sur les réseaux sociaux le laisse perplexe: «Est-ce utile ou inquiétant? Je ne sais pas. Mais bien utilisés, ces appareils permettent certainement de mieux s’entraîner.»

Créé: 20.07.2014, 09h35

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