Dimanche 15 septembre 2019 | Dernière mise à jour 16:26

Médecine Un vaccin contre le cancer ovarien redonne espoir

Le CHUV et l’UNIL mettent au point le nouveau traitement.

De quoi on parle?

Les faits

Le professeur George Coukos, chef du département d’oncologie de l’Université de Lausanne et du CHUV, a conçu une nouvelle thérapie contre le cancer de l’ovaire, en collaboration avec une équipe de l’Université américaine
de Pennsylvanie. Cette approche, basée sur le principe de l’«immunothérapie», a permis de stabiliser la maladie chez les trois quarts des patientes dans un essai clinique.

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Le cancer de l’ovaire, qui touche chaque année environ 600 femmes en Suisse, peut souvent être traité avec efficacité lors de sa première apparition. Malheureusement, la grande majorité des patientes fait une rechute et décède quelques années plus tard. Un des objectifs de la recherche est par conséquent d’allonger l’intervalle entre le traitement initial et la récidive de la maladie. C’est justement ce que permet de faire une thérapie personnalisée, récemment mise au point par une équipe du CHUV et de l’Université de Lausanne (UNIL): dans des essais, elle a ralenti la progression du cancer chez près de trois quarts des patientes. «L’une des principales difficultés liées au traitement du cancer ovarien est qu’il est difficile à diagnostiquer», explique le docteur Patrick Petignat, chef du service de gynécologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Ce cancer, qui touche surtout des femmes âgées d’une cinquantaine d’années, se développe à partir de la surface de l’un des ovaires ou de la «trompe de Fallope», conduit qui relie l’ovaire à l’utérus. Les premiers symptômes – douleurs au dos ou au ventre, sensation de ballonnement – sont peu spécifiques. L’échographie ne permet pas non plus de repérer le cancer débutant, car il ne forme que des petits nodules (renflement) de quelques millimètres. C’est pourquoi la maladie est souvent repérée à un stade avancé, alors que la tumeur a gagné la cavité abdominale.

Rechutes fréquentes

A ce stade, le traitement consiste à retirer la tumeur grâce à une opération chirurgicale. En parallèle, la patiente subit une chimiothérapie. Cette approche combinée donne d’assez bons résultats, puisqu’à l’issue du traitement environ 70% des femmes sont dites en rémission, c’est-à-dire qu’elles n’ont plus de tumeur visible. Mais elles ne sont pas guéries pour autant: la majorité d’entre elles font une rechute dans les deux à trois ans qui suivent, et doivent alors subir une nouvelle chimiothérapie. «Or les patientes deviennent progressivement résistantes aux médicaments. Nous devons alors en utiliser d’autres, qui sont moins efficaces», indique le Dr George Coukos, chef du département d’oncologie UNIL-CHUV. Finalement, l’état de santé des femmes concernées se détériore, et la majorité de celles dont le cancer a récidivé décèdent dans les cinq ans qui suivent. Afin d’améliorer ce pronostic, l’équipe de George Coukos a développé une approche dite d’«immunothérapie», qui consiste à apprendre au système immunitaire de chaque patiente à se défendre contre son propre cancer. Le protocole thérapeutique, élaboré en collaboration avec des scientifiques américains de l’Université de Pennsylvanie, implique de conserver la tumeur prélevée lors de la chirurgie. Des cellules immunitaires sont également prélevées chez chaque femme, afin d’en extraire un sous-type particulier, les cellules dendritiques. Le rôle de celles-ci est de repérer les éléments étrangers dans le corps humain et d’apprendre à d’autres cellules immunitaires, appelées lymphocytes T, à les reconnaître et à les détruire.

Traitement sûr

Dans le cadre du nouveau traitement, les cellules dendritiques des patientes ont été mises en contact avec leur tumeur en laboratoire, afin qu’elles «apprennent» à la reconnaître. Elles leur ont ensuite été réinjectées en plusieurs fois sur une période de trois mois, en plus d’un traitement de chimiothérapie. «Cette thérapie a été testée sur 31 femmes et elle s’est avérée parfaitement sûre. De plus, elle a permis de ralentir la progression de la maladie chez 65% des patientes, pourtant atteintes d’un cancer à un niveau avancé», détaille George Coukos. Onze femmes ont également participé à une étape supplémentaire du traitement, dans laquelle leurs lymphocytes T ont été recueillis et stimulés en laboratoire, avant de leur être de nouveau administrés. Cette manipulation a encore amélioré l’efficacité de l’approche: «Sur les 11 participantes, 7 se sont stabilisées. Pour l’une d’elles, on peut même parler de rémission complète, puisque son cancer ne s’est pas réactivé depuis dix-huit mois, alors qu’elle avait déjà fait trois rechutes», indique George Coukos.

Le médecin a désormais l’intention de tester sa thérapie auprès de patientes n’ayant pas encore eu de récidive de leur cancer. «L’efficacité de cette thérapie doit encore être prouvée sur un grand nombre de cas, estime Patrick Petignat, mais ce type de traitement personnalisé constitue une des approches les plus prometteuses dans la lutte contre le cancer de l’ovaire.» Pour les médecins, l’espoir est de parvenir à maintenir la maladie en veille le plus longtemps possible, transformant ainsi ce cancer souvent fatal en une pathologie chronique.

Créé: 05.05.2013, 14h09

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