Jeudi 21 novembre 2019 | Dernière mise à jour 21:29

Interview La chasse aux «E. T.», c'est du sérieux désormais

L'annonce d'une collaboration avec le télescope spatial TESS souligne à quel point la recherche d'intelligence extraterrestre a gagné ses galons de discipline scientifique. La pionnière Jill Tarter s'en réjouit.

Jill Tarter: «Nous avons beaucoup travaillé depuis des années pour nous distinguer des pseudosciences et des ovnis».

Jill Tarter: «Nous avons beaucoup travaillé depuis des années pour nous distinguer des pseudosciences et des ovnis». Image: Ivan Couronne/AFP

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Des astronomes spécialisés dans la recherche d'intelligence extraterrestre ont annoncé mercredi une collaboration nouvelle avec le télescope spatial TESS de la Nasa, un accord qui souligne à quel point la chasse à «ET» a gagné ses galons de discipline scientifique.

L'AFP a interviewé à cette occasion une astronome qui a consacré sa vie à ce sujet, et que Jodie Foster a interprétée dans le film Contact (1997): Jill Tarter, pionnière de la recherche de signaux venant de lointaines galaxies.

«Nous avons beaucoup travaillé depuis des années pour nous distinguer des pseudosciences et des ovnis», explique l'astronome, aujourd'hui âgée de 75 ans, et présidente émérite de la recherche au SETI Institute, en Californie, fondé en 1984 et financé par de riches entrepreneurs de la Silicon Valley, dont feu Paul Allen.

«Nous avons publié des études, nous sommes passés par les comités de lecture, nous avons construit des instruments intéressants. C'est bien plus crédible aujourd'hui qu'auparavant», dit Jill Tarter.

L'accord annoncé mercredi, au 70e Congrès astronautique international à Washington, concerne les scientifiques qui opèrent le télescope TESS, lancé par la Nasa en 2018, et l'initiative Breakthrough Listen, fondée en 2015 par Yuri Milner, milliardaire israélo-russe pionnier d'internet.

Jodie Foster dans «Contact», film désormais considéré comme en avance sur son temps et dont l’héroïne incarnée par Jodie Foster est fortement inspiré par Jill Tarter. (Photo: DR)

Deux découvertes ont fait passer leur discipline de la science-fiction à la science: la découverte depuis 1995 d'«exoplanètes» (récemment récompensée par le prix Nobel), c'est-à-dire de planètes ailleurs que dans le système solaire. Et d'autre part, l'étude des extrêmophiles, ces organismes capables de vivre à des températures ou des niveaux de pression extrêmes.

«Si vous savez qu'il y a ces terrains potentiellement habitables là-bas, comment ne pouvez-vous pas vous demander s'ils sont effectivement habités?» demande Jill Tarter. Les instruments incluent des télescopes (optiques) et des radiotélescopes, qui cherchent dans le ciel le moindre signal, la moindre anomalie qui témoignerait d'une intelligence extraterrestre.

En fait, dit Jill Tarter, «nous ne savons pas comment trouver de l'intelligence». A la place, les astronomes cherchent des signes de technologie, tout signal non-naturel. «Nous cherchons des preuves de l'existence d'une technologie fabriquée par quelqu'un d'autre».

Cela pourrait être un signal TV ou radio qui aurait voyagé jusqu'à nous, comme la Terre en émet en continu. Ou bien les astronomes imaginent distinguer, dans la trace lumineuse d'une planète, des variations qui indiqueraient la présence de grandes structures comme des stations spatiales.

Microbes ou signaux?

A l'avenir, l'idée serait aussi d'analyser, d'après une image suffisamment précise, la composition chimique de l'atmosphère d'une planète... et d'y trouver des traces de phénomènes biologiques. Comme sur Terre les humains, les «pets de vaches» et la photosynthèse des plantes ont changé notre atmosphère.

«Peut-être qu'on verrait un déséquilibre chimique qui n'aurait pas d'autre explication», dit Jill Tarter. «Mais il faudrait de gros télescopes».

L'humanité a-t-elle plus de chance de trouver des microbes sur Mars ou bien de la vie dans une autre galaxie? «Chacun pourrait être la main gagnante», répond la chercheuse. Est-elle jamais découragée de n'avoir toujours rien trouvé? «Les gens qui font ce travail ne se lèvent pas le matin en se disant: "je vais trouver un signal aujourd'hui!". Car c'est la meilleure façon d'être déçu en se couchant le soir. Non, ils se lèvent en se disant qu'ils vont améliorer les outils de recherche».

Si elle avait une baguette magique, Jill Tarter voudrait «financer une armée de post-doctorants», pour assurer la relève. «Il faut des financements stables à très, très long terme, car c'est une entreprise sans doute multigénérationnelle».

Quand bien même on recevrait un signal d'une civilisation à 100 000 années-lumières, à quoi bon puisqu'on ne pourrait pas leur rendre visite ou même communiquer avec elle, puisqu'une réponse mettrait 100 000 ans à arriver?

«Vous lisez Shakespeare, ou les Grecs? Nous avons appris énormément d'eux, même si on ne pouvait pas leur poser de questions. C'est de l'information propagée en avant dans le temps», répond Jill Tarter. «Voilà à quoi ressemblerait sans doute la communication avec une technologie distante». (AFP/Le Matin)

Créé: 24.10.2019, 13h08

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