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Chirurgie Défiguré par un fusil, il pose avec son nouveau visage

Un Américain greffé du visage fait la une du magazine GQ. Une sacrée revanche pour cet homme qui a vécu reclus pendant quinze ans, car il n’osait plus sortir.

Interview de Dr Pierre Quinodoz, vice-président de la Société suisse de chirurgie plastique

Vivre avec le visage d’un autre, est-ce difficile?

Ces greffés doivent être suivis psychologiquement, vivre avec un autre visage, c’est difficile. Tout comme il faut faire le deuil de son visage, après un accident ou une maladie. Dans le cas de la greffe du visage, c’est complexe, car en plus de l’image de soi et du regard de sa famille, il faut ajouter celui des proches du donneur. Pour eux, c’est comme si l’histoire de la famille continuait avec ce visage.

Quels sont les risques d’une telle greffe?

Il faut une personne très motivée car le risque de rejet est très important, contrairement au foie ou au rein, qui sont bien acceptés. La peau est considérée comme extrêmement toxique par le corps, c’est pourquoi le patient devra prendre des médicaments anti-rejets très puissants pour pouvoir garder cette greffe. Ces produits affaibliront le système immunitaire et le patient risque ainsi de développer d’autres maladies.

Que pensez-vous de cette technique?

Quand je vois ça, forcément je rêve. Selon moi, c’est le futur de la chirurgie reconstructrice, au même titre que les techniques de régénération, comme par exemple avec les cellules souches. 

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Quand il a vu son nouveau visage pour la première fois, Richard Norris a remercié son médecin. Et l’a pris dans ses bras. Et quand il se voit sur la couverture de l’édition du mois d’août du magazine américain «GQ», le résident de Hillsville, en Virginie, doit réaliser avec émotion tout le chemin parcouru.

En 1997, alors qu’il est âgé de 22 ans, Richard Norris se dispute avec sa mère. Ivre, il s’empare d’un fusil à pompe, menaçant de mettre fin à ses jours. Le coup part tout seul. Un accident stupide. Les quatre murs de sa chambre sont recouverts de sang, de chair, de dents et d’os. Mais le jeune homme ne meurt pas. Il passe sur le billard. Une douzaine de fois. Jusqu’à ce que les médecins affirment qu’il n’y a plus rien à faire. Son visage restera toute sa vie celui d’un monstre. Richard sombre. Il boit, se drogue et songe au suicide. C’est caché sous un masque et une casquette qu’il va au supermarché. Et encore, uniquement la nuit, quand il est sûr de ne croiser personne.

Nez, langue, mâchoire et dents

Un cauchemar qui dure 15 ans. Jusqu’à ce que le chef de chirurgie plastique à hôpital universitaire du Maryland, le Dr Eduardo Rodriguez, lui propose une solution inédite: une greffe totale du visage. Du sommet du crâne jusqu’à la base du cou, l’Américain allait recevoir un nouveau visage, celui de Joshua Aversano, 21 ans, renversé par une camionnette alors qu’il traversait la route. En plus de Richard Norris, Joshua Aversano a pu sauver cinq autres vies avec ses organes. Réalisée en mars 2012, l’opération a duré 36 heures. Il a d’abord fallu enlever les restes des précédentes opérations de chirurgie reconstructrice, reconstruire le nez, la mâchoire et le maxillaire inférieur, reconstituer la langue et implanter des dents. Puis poser ce nouveau visage. Il s’agit de la greffe la plus complète jamais réalisée à ce jour. La réussite est éclatante. Six jours après l’intervention, Richard Norris avait déjà des poils de barbe qui repoussaient. Et les cheveux ont fini par couvrir les cicatrices du crâne.

Peur permanente du rejet

Mais rien n’est gagné pour autant. Tous les jours, Richard Norris se réveille en craignant un rejet. Un risque réel, car son corps continuera toute sa vie à considérer ce visage comme un élément étranger. C’est pour cela qu’il doit prendre un cocktail d’anti-rejets très puissants. Depuis 2012, il a déjà dû faire face à deux crises, passant des semaines alité à l’hôpital, des médicaments puissants en intraveineuse.

Mais malgré cette épée de Damoclès, Richard Norris ne regrette rien. «Je suis fier d’être un rat de laboratoire et de passer le reste de ma vie à faire des allers-retours à l’hôpital pour être étudié par des chirurgiens», a-t-il déclaré à GQ. Il espère que son expérience fera avancer les recherches, notamment pour les vétérans gravement défigurés au combat.

Il est conscient que cette opération lui a donné une seconde chance. «Quand j’étais défiguré, j’étais étonné qu’il n’y ait pas plus de personnes qui foncent dans des poteaux ou se brisent la nuque à force de me dévisager. Aujourd’hui, plus personne ne fait attention. A moins de me connaître personnellement, les gens ne savent pas que j’ai eu une greffe du visage. C’est exactement le but.» Depuis son opération, l’Américain a repris ses études à l’université et a fait la paix avec lui-même. «Quand je regarde dans le miroir, je vois Richard Norris, enfin…»  

Créé: 31.07.2014, 12h42

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