Samedi 19 octobre 2019 | Dernière mise à jour 04:58

Science Une expédition va se laisser piéger un an dans les glaces

Le «Polarstern» va rejoindre le cœur de l'océan Arctique pour la plus importante mission sur le climat: des Suisses seront à bord.

Le navire de recherche «Polarstern», d'une longueur de 118 mètres embarquera 100 personnes, dont 50 scientifiques, qui seront relayés tous les deux mois.

Le navire de recherche «Polarstern», d'une longueur de 118 mètres embarquera 100 personnes, dont 50 scientifiques, qui seront relayés tous les deux mois. Image: Alfred Wegener Institute/Stefan Hendricks

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Ce vendredi 20 septembre à 20 heures, le navire de recherche «Polarstern» va quitter le port de Tromsø en Norvège. Il se dirigera vers le Pôle Nord où il stoppera ses machines et se laissera piéger dans les glaces pendant un an, se laissant dériver vers le sud avec la banquise. Cette mission, baptisée «Mosaic» (Multidisciplinary drifting Observatory for the Study of Arctic Climate), est la plus grande expédition scientifique jamais réalisée dans l'Arctique. Son but: étudier les conséquences du changement climatique qui sont particulièrement fortes à cet endroit.

Ce brise-glace de l'institut allemand Alfred Wegener transportera à son bord 100 personnes: 50 membres d'équipage et 50 scientifiques. Si les premiers devraient rester sur le navire durant toute la durée de la mission, les chercheurs seront, eux, relayés tous les deux mois par de nouvelles équipes amenées à bord de brise-glaces russes, chinois et suédois.

Une spécialiste suisse de l'atmosphère

Parmi ces scientifiques, plusieurs Suisses. Dont Julia Schmale, spécialiste de l'atmosphère à l'Institut Paul Scherrer à Villigen (AG) qui va étudier la formation des nuages dans la région. Car ceux de basse altitude ont un effet important sur le bilan énergétique de surface dans l'Arctique. Mais leurs cycles de vie et leurs effets de réchauffement et de refroidissement sur le centre de cet océan restent flous et les modèles ne parviennent pas à les simuler correctement. Il est possible de suivre les avancées de la mission de Julia Schmale sur son blog.

Quatre membres de l'Institut fédéral d'étude de la neige et des avalanches (SFL) se succéderont à bord du «Polarstern» pour mener à bien le deuxième projet suisse: mesurer la neige. Celle-ci est en effet un «élément-clé du bilan énergétique de la banquise et joue un rôle crucial dans l’élaboration des prévisions de la banquise», peut-on lire sur le site de l'Institut. Or il existe peu de données sur les effets de la résistance thermique de la neige sur la glace de mer. Les propriétés physiques exactes du manteau neigeux seront mesurées par microtomographie (soit effectuer des numérisations 3D rapides et haute résolution du manteau neigeux), ce qui n’a jamais été réalisé auparavant.

Des ours par -45°C

Dans un mois, le«Polarstern» s'amarrera à une grosse plaque de glace au nord de la Sibérie, avant d'être entièrement pris dans la banquise et de dériver pendant un an sur des centaines de kilomètres. Ce n'est qu'en été 2020 que la glace libérera le navire, probablement au nord-est du Groenland. Durant les 390 jours que durera l'expédition, le navire aura parcouru 2500 km. 600 scientifiques, venant de 19 pays, se relaieront selon six tournus. Mais certaines équipes devront affronter les 150 jours de nuit polaire avec des températures pouvant tomber à -45°C. Et six personnes seront en outre exclusivement employées à repérer et éloigner les ours polaires.

Des recherches seront menées à bord du navire mais des laboratoires seront également déployés sur la banquise. Infographie: Alfred Wegener Institute/Martin Künsting

Le «Polarstern» dispose de divers véhicules (hélicoptères, motoneiges, chenilles) permettant aux chercheurs de prendre des mesures et de collecter des données non seulement dans l'observatoire central, mais également aux alentours. Les scientifiques étudieront à la fois l'atmosphère, l'océan, la mer de glace et l'écosystème pour recueillir des données qui permettront de voir comment le changement climatique affecte la région et le monde entier.

L'épicentre du réchauffement global

C'est d'autant plus crucial de le faire dans l'Arctique qu'aucune autre partie de la Terre ne s'est réchauffée aussi vite ces dernières décennies. «C'est ici que se situe quasiment l'épicentre du réchauffement global», a expliqué le chef de la mission et scientifique Markus Rex, qui dispose d'un budget de 153 millions de francs pour récolter, pour la première fois, des données exhaustives sur le climat au pôle Nord.

Il est possible de suivre l'expédition en téléchargeant l'application «Mosaic» sur le site officiel de la mission.

Michel Pralong avec les agences

Créé: 20.09.2019, 15h41

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