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Adultes Avent: Ils ont bien changé, les calendriers!

Bouteilles de rhum ou de bière, cosmétiques… et même des croquettes pour chien ou des photos de filles court-vêtues derrière les fenêtres des calendriers de l’Avent.

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«Elle vient de Bargen, dans le canton de Berne. Jamais entendu parler», lâche, sourire aux lèvres, un amateur de bière en découvrant la gueuze cachée derrière la première fenêtre de son calendrier de l’Avent. Pendant longtemps, les portes à ouvrir, jour après jour, tout au long du mois de décembre, dissimulaient des petits dessins ou des chocolats destinés aux enfants, histoire de les faire patienter jusqu’au réveillon tout en attisant leur impatience. Bref, un rituel plutôt mignon, permettant de faire entrer la magie de Noël dans la maison, avant d’installer pour de bon le sapin, les Rois mages et tout le tintouin. Mais depuis quelques années, les grands aussi sont à la fête, trépignant comme des mômes à l’idée de découvrir les surprises qui vont rythmer les dernières semaines qui les séparent de Noël.

Mignonnettes d’alcool ou gadgets (une lingette en microfibres par ci, un décapsuleur par là) pour les messieurs – pardon, pour les «héros du quotidien», comme on peut le lire sur un coffret-calendrier disponible dans les rayonnages d’une grande enseigne –, thés, cosmétiques ou vernis à ongles pour les dames. On ne compte plus les marques qui ont flairé le bon filon. Emballé par son tour de Suisse des bières, notre amateur de mousse, lui, se félicite du prétexte que lui offre son coffret de l’Avent pour découvrir des bibines dont il ne soupçonnait même pas l’existence: «Je ne nie pas le fait que notre société est certainement en train de produire des adulescents avec leur calendrier de l’Avent «doudou». Mais par les temps qui courent, ça ne fait pas de mal, non?»

Chez Manor, on confirme «une tendance à la hausse de la diversité des calendriers de l’Avent». Et de la diversité, il y en a. Elle frise l’improbable pour peu que l’on se mette à fureter un peu sur Internet. Des sex-toys aux croquettes pour chien, il existe des façons insoupçonnées de marquer le tempo jusqu’au 25 décembre. Toujours sur la Toile, le compte à rebours virtuel du magazine britannique de mode Love, le «LOVE advent» (version Mère Noël du calendrier Pirelli), a ses inconditionnels (84 millions de vues en 2016) prêts à cliquer, jour après jour, pour reluquer des it-girls s’adonnant à l’exercice de la barre fixe en cuissardes de vinyle ou dispersant une couche de farine accumulée sur leur postérieur d’une claque de main experte. Mais le Net recèle aussi de tentatives carrément insolites, comme celle qu’a lancée l’an dernier Europol. L’agence européenne de répression de la criminalité dévoilait chaque jour le profil d’un… criminel recherché. Bien qu’elle ait permis l’arrestation, aux Pays-Bas, d’un type suspecté d’agression sexuelle, la démarche n’a pas été renouvelée.

Calendrier géant

Moins hardie, l’initiative des commerçants de la gare de Genève surfe sur la vague joyeusement mercantile du moment. Depuis une semaine, le hall principal abrite un calendrier de l’Avent géant. Le cube de quatre mètres de côté dévoile, petit à petit, le contenu de ses vingt-quatre vitrines, des cadeaux – montre, vélo, appareil photo, etc. – distribués aux chanceux usagers qui auront été tirés au sort.

S’il s’est largement décomplexé, le calendrier de l’Avent faisait, à l’origine, partie de ces petits rituels qui marquent un temps d’attente dans la tradition chrétienne. «Au lieu de seulement fêter certains événements, on ménage un temps de préparation. Ainsi, lorsque la fête arrive, elle n’en a que plus d’importance», souligne Olivier Bauer, professeur à la Faculté de théologie et des sciences des religions de l’Université de Lausanne. Autour du Moyen Âge, s’impose, par exemple, une période de jeûne, un carême d’avant Noël, qui finira par disparaître. Les bougies de l’Avent, que l’on allume quatre fois, les dimanches précédant la célébration de la naissance du Christ, matérialisent cette tradition de l’attente de manière encore vivace. Quant au calendrier, calqué pour sa part sur le temps laïc et non pas liturgique, il appartient à ces coutumes qui, comme le sapin, «rendent Noël familial», précise le théologien.

L’objet lui-même est apparu il y a plus d’un siècle et s’inspire sans doute d’une tradition rurale qui consistait à faire participer les enfants à la confection de la crèche, détaille François Walter, professeur honoraire d’histoire à l’Université de Genève et coauteur du livre «Noël, une si longue histoire…» (Éditions Payot, 2016): «Chaque jour de l’Avent, les enfants sages pouvaient déposer un brin de paille dans la litière de la crèche.»

Au tout début du XXe siècle, un éditeur allemand a eu l’idée d’imprimer un calendrier coloré destiné aux enfants, sur lequel ceux-ci devaient coller des vignettes, poursuit-il: «Très vite, on y retrouve des images assez stéréotypées de jouets de l’époque, un tambour ou une poupée, évoquant les cadeaux attendus par les enfants. Ces illustrations n’avaient pas grand rapport avec la religion, exception faite de la dernière, représentant une crèche. Par la suite, les calendriers évoluent, devenant de plus en plus sophistiqués avec, notamment, de petites fenêtres à ouvrir.» Jusqu’à déborder de cadeaux… Ce qui ne chagrine pas plus que ça Oliver Bauer: «Noël est de moins en moins la propriété des chrétiens. Il y a désormais une façon de fêter Noël comme une fête en soi, qui peut, en effet, être très consumériste, mais qui reste néanmoins marquée par le partage et la générosité.»

Créé: 19.12.2017, 11h23

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