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Sexualité Comment aborder le sujet du porno avec son enfant?

Parler des images crues que rencontrent les jeunes sur le Net est une nécessité. Conseils d’experts!

Image: Knauer/Johnston/GETTY IMAGES

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Aujourd’hui, le porno fait partie du quotidien des adolescents. A tel point qu’Olivier Guéniat, commandant de la police jurassienne, parle de l’ère de la «pornophagie»: «Après l’ère de la pornophilie, caractérisée par une consommation confidentielle, nous sommes passés à celle de la pornographie par l’apparition des cassettes vidéo, des CD et des DVD. Aujourd’hui, pornophagie rime avec la surabondance, la suroffre due au vecteur Internet.» Devant la profusion de ces images, tous les experts s’accordent à dire qu’il est primordial de dialoguer avec son enfant.

Dans la réalité, ce n’est pas toujours le cas. Selon une étude menée dans des écoles du canton de Neuchâtel auprès d’élèves de 14-15 ans, 96,7% des sondés déclarent disposer d’un téléphone portable propre et 98,1% ont accès à un ordinateur à la maison. Et pourtant 73,2% des adolescents reconnaissent qu’ils n’ont pas de règles claires sur ce qu’ils ont le droit de faire ou non sur l’ordinateur. Encore plus inquiétant, 73,4% des sondés ne parlent pas ou peu des images auxquelles ils sont confrontés.

RADICAL: COUPER L’ACCÈS

Pour éviter que son enfant soit confronté à ces images pour adultes, une solution consisterait à équiper son adolescent d’un téléphone d’ancienne génération, qui ne permet pas d’aller sur Internet. «Pas une bonne idée, estime Stéphane Koch, formateur dans le domaine d’Internet. Nous fonctionnons en tribus. Et à l’adolescence, faire partie d’un cercle d’amis est primordial. Si le jeune n’a pas de smartphone, il ne pourra pas communiquer avec sa tribu et sera exclu.» D’autant plus que cela ne réglerait pas le problème. «Il aura toujours accès à ces images sur les téléphones portables de ses amis ou dans des ordinateurs publics.»

QUELS MOTS CHOISIR?

«Le dialogue doit s’instaurer dès l’enfance. Si les parents n’ont jamais parlé de sexualité avec leurs enfants auparavant, aborder ce sujet sera d’autant plus difficile.» Francine Ulmer, ancienne responsable de la prévention sur Internet dans le canton de Neuchâtel, souligne que le dialogue doit être le même si la pornographie vient d’Internet ou d’un magazine, or «beaucoup de parents perdent pied car ils ne sont pas à l’aise dans les nouvelles technologies». Il est primordial que les géniteurs se préparent en amont à la discussion. «Ils doivent accepter l’inéluctable réalité sans culpabiliser: ils ne peuvent pas protéger leurs enfants des images pornographiques.» Car la culpabilité mène à de l’émotion, et il est important de ne pas être dans le jugement, mais devenir le «parent-ressource» auquel un enfant peut parler sans risquer la punition.

LE PAPA OU LA MAMAN?

«Peu importe, estime Francine Ulmer. Ce sera généralement la personne qui se sentira le plus à l’aise avec le sujet.» Pour l’experte, il est primordial que les parents en aient discuté ensemble. «Souvent le père dira que c’est normal, que la pornographie fait partie de la nature, tandis que la mère trouvera les images dégoûtantes.»

DECONSTRUIRE LES IMAGES

«Un adolescent de 14 ans qui est confronté à un film où un homme brutalise une femme qui hurle sera forcément interpellé car c’est en décalage avec ce qu’il vit, explique Anouk Arbel, ajointe pédagogique à la Fondation Profa. Alors qu’au début de leur vie amoureuse et sexuelle, les adolescents sont souvent submergés tant par ce qui se passe au niveau physique que par leurs émotions, ces champs qui sont complètement absents des scénarios créés par l’industrie pornographique.» Pour la spécialiste, il est aussi important de déconstruire ces images, avec la femme soumise et l’homme ultraperformant. Pour Stéphane Koch, «il faut augmenter le niveau de connaissance des jeunes par rapport à ce qu’ils regardent afin de démystifier le porno». Il trouverait ainsi intéressant d’expliquer aux ados dans quelles conditions sont réalisées ces productions, d’en montrer les coulisses: le côté usine et froid.

LE RISQUE JURIDIQUE

Il est important de rappeler à son enfant que la pornographie est interdite aux moins de 16 ans, en Suisse. «Les jeunes ne sont pas du tout conscients de la nature des images qu’ils regardent ou partagent», affirme Stéphane Koch. Dans les interventions qu’il mène dans les écoles, le formateur rappelle le cas d’une image qui avait fait le tour du monde via Twitter. «Elle montrait une jeune femme qui, manifestement prise de drogues et d’alcool, prodiguait une fellation à son compagnon. Or, cette fille était âgée de moins de 16 ans. Par conséquent, le fait de visionner, partager ou retweeter cette photo relève de la pédopornographie.» Punissable d’une peine de prison ou d’une amende.

DIALOGUE IMPOSSIBLE

Les parents ou les enfants peuvent se tourner auprès d’autres adultes, ou alors des institutions. Ainsi, Pro Juventute propose depuis le début de l’année des formations aux parents désireux d’en savoir plus sur les nouveaux médias, leurs dangers et comment les prévenir. Les enfants et adolescents ont également la possibilité de composer le 147, où ils peuvent parler de ce qui les a interpellés ou choqués à un adulte neutre et formé. (Le Matin)

Créé: 04.10.2013, 12h27

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