Mardi 26 septembre 2017 | Dernière mise à jour 21:54

France Homosexualité: les seniors toujours très discrets

Après des vies entières vécues dans le secret et l'illégalité, les retraités gays préfèrent se tenir à l'écart du militantisme.

(Image prétexte) Jusqu'en 1981, l'homosexualité était considérée comme une maladie mentale en France. (Samedi 24 juin 2017)

(Image prétexte) Jusqu'en 1981, l'homosexualité était considérée comme une maladie mentale en France. (Samedi 24 juin 2017) Image: AFP

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

«Pendant des dizaines d'années, j'ai vécu une double vie. Je ne vais pas me révéler maintenant». Quarante ans après la première Marche des fiertés parisienne, la discrétion reste de mise pour de nombreux seniors gays, moins militants que leurs cadets.

«Répression importante»

Jean, 75 ans, dit avoir eu «une homosexualité sans complexe dès le premier jour». Fier de sa vie intime encore «active», «extrême», «hard», ce septuagénaire grisonnant reconnaît pourtant rester «clandestin».

«Nous avons un héritage de discrétion que n'ont pas les jeunes», estime Jean, qui refuse de divulguer son vrai prénom. Au travail, «on me prenait pour un coureur de jupons», raconte-t-il lors d'une réunion à Paris d'une vingtaine de «Gais retraités».

«C'était plutôt un allumeur de braguettes», l'interrompt Robert, suscitant les rires. A 79 ans, Robert est une figure de cette association proposant aux retraités et pré-retraités homosexuels des activités sportives, culturelles ou gastronomiques.

Il souligne être d'une génération qui a connu «une période de répression importante des homosexuels».

Jusqu'en 1981, l'homosexualité était considérée comme une maladie mentale en France. Les actes «impudiques ou contre nature» ne cessèrent qu'en 1982 d'être passibles d'emprisonnement.

Les arrestations et humiliations policières furent nombreuses. Les tabassages multiples. La plupart des seniors gays rencontrés par l'AFP ont vécu cette répression.

Hostilité

«Certains, quand ils ont revendiqué leur homosexualité, ont affronté des gestes hostiles. (...) Le dire était inenvisageable», constate Sébastien Lifshitz, réalisateur d'un documentaire «Les invisibles» sur les seniors LGBT (Lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres).

«Eduqués dans le culte de la discrétion, ils se racontaient aux intimes. La revendication, le geste militant étaient plus rares», note-t-il.

«Je ne me suis pas affiché par préservation», opine François, 63 ans. «On s'en est sorti jusqu'à présent, on va continuer comme ça.»

Les Gais retraités «ne sont pas du tout des militants», observe Rodolphe qui, comme 25 à 30% d'entre eux, a vécu une première vie hétérosexuelle. «Très contents» des avancées des droits obtenues par la communauté LGBT, notamment le mariage pour tous en 2013, «ils veulent vivre tranquilles et pédés».

Francis Carrier, fondateur de l'association Grey pride (Fierté grise), pointe une attitude d'«auto-exclusion» et de «self-défense des minorités». «Sexualité et vieillesse représentent un véritable tabou social. Si l'on ajoute le facteur homosexuel, cela relève presque de la perversion !», regrette-t-il.

Le réflexe de dissimulation s'avère particulièrement important en maison de retraite. Par crainte d'être «ostracisés», beaucoup préfèrent «mentir» sur leur orientation sexuelle, explique-t-il.

«Mis à l'index»

Grey pride a mis en place une ligne téléphonique pour seniors, qui, méconnue, fonctionne pour l'instant au ralenti. Richard Boitier, l'un de ses écoutants, psychologue à la retraite, se souvient d'un gay séropositif qui dans les années 1990 avait été «mis à l'index» dans une maison de retraite. «Il n'avait plus le droit de sortir de sa chambre. Son repas lui était laissé devant sa porte».

La France compte 14 millions de retraités. Avec un taux d'homosexuels évalué à 5 à 7% de la population, on arrive à environ 800.000 d'ores et déjà en fin d'activité, calcule Francis Carrier.

«Statistiquement, ces seniors sont plus pauvres, ont connu plus de parcours chaotiques, certains ont le sida, liste M. Carrier. Mais rien n'est pensé pour eux.» Et de citer l'exemple des personnes trans, qui «ont le seul choix de se suicider ou de mourir isolées socialement».

Pour Robert, des Gais retraités, pas question pour autant de faire du «prosélytisme» pro-LGBT, «minoritaires dans la société», dans les maisons de retraite : «il ne faut pas que des gens minoritaires pompent l'air des autres».

Un discours «inaudible» pour les plus jeunes, analyse le sociologue Régis Schlagdenhauffen. «Ces seniors ne sont pas allés sur des chars à la Gay pride car ils estimaient que cela n'était pas nécessaire», dit-il.

Et quelques jours avant la 40e Marche des fiertés parisienne, samedi, les Gais retraités s'interrogeaient sur leur participation à cet événement où des dizaines de milliers de personnes sont attendues. «Quand pendant 50 ans on a vécu discrètement, on n'a pas envie à la dernière minute d'être photographié», expliquait Robert. (afp/nxp)

Créé: 24.06.2017, 10h59


Sondage

"Back to School", "Sale", etc.: l'anglais utilisé dans les magasins romands vous choque-t-il?




Contact

Service clients

Abonnement et renseignements
Nous contacter
lu-ve 8h-12h / 13h30-17h
Tél. 0842 833 833, Fax 021 349 31 69
Depuis l'étranger: +41 21 349 31 91
Adresse postale:
Le Matin, Service clients, CP, 1001 Lausanne

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.