Lundi 24 février 2020 | Dernière mise à jour 13:36

Religion La recette du pape François

Le souverain pontife a été de tous les combats en 2014, séduisant bien au-delà de la communauté catholique. Décryptage.

«François développe un langage peu marqué confessionnellement», explique Christian Grosse, professeur d’histoire et d’anthropologie des christianismes modernes à l’Université de Lausanne.

«François développe un langage peu marqué confessionnellement», explique Christian Grosse, professeur d’histoire et d’anthropologie des christianismes modernes à l’Université de Lausanne.

Le pape François vous séduit-il?

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Après avoir présidé la messe hier soir à la basilique Saint-Pierre, le pape François doit donner sa bénédiction urbi et orbi aujourd’hui à midi. Un programme conventionnel pour une personnalité qui l’est moins. L’évêque de Rome est en effet omniprésent depuis son élection en mars 2013. Et partout, il séduit. Christian Grosse, professeur ordinaire d’histoire et d’anthropologie des christianismes modernes à l’Université de Lausanne, décrypte cette popularité désormais bien assise.

Jorge Mario Bergoglio a tenu une place importante dans l’actualité de 2014. Du jamais-vu pour un pape?

Non, Jean-Paul II, pour son époque, était lui aussi extrêmement présent. Il a été le premier pape à savoir parler aux médias, organiser des événements, comme les rassemblements de jeunesse. C’est ce style que reprend le pape François.

En 2013, il a pris ses marques et imposé un style très personnel. Qu’a-t-il fait cette année?

Il a ouvert plusieurs fronts. Mais je pense que le chantier le plus délicat et important, c’est le statut de la famille au sein de l’Eglise: l’intégration des couples divorcés et des homosexuels. Il s’est aussi emparé du problème des ecclésiastiques scandaleux: les pédophiles ou ceux qui ne mènent pas un mode de vie compatible avec les valeurs chrétiennes. Enfin, il s’est montré efficace en restaurant le dialogue interreligieux.

Agit-il autant qu’il parle?

Il parle plus fortement qu’il n’agit. Par exemple, sur les questions des institutions financières au sein de l’Eglise, on ne l’a pas vu enclencher des mesures très fortes. Sur la majorité des dossiers, son action est plus discrète que sa parole.

Il a en tout cas réussi à s’attirer les faveurs de l’opinion. Quelle est sa recette?

Il a une capacité à manier les symboles face à une culture, aujourd’hui, très iconophile. Il développe un langage très moderne et peu marqué confessionnellement. Son discours est donc appropriable par tout un chacun. C’est un communicant de premier ordre qui a la maîtrise du calendrier médiatique. Quand il rentre d’un voyage, il donne des interviews dans son avion, comme Barack Obama. Il est présent en permanence.

On a l’impression que tout le monde l’aime. A-t-il des ennemis?

C’est certain. Il est plus apprécié en dehors de l’Eglise qu’à l’intérieur. Les rapports de force se sont durcis avec les conservateurs sur le dossier de la famille. Il a des opposants très sérieux. Si tous les mécontents s’allient, il pourrait se retrouver dans une position difficile ces prochains mois.

Va-t-il réussir à dépasser ces oppositions?

Difficile de répondre. Mais le pape est sorti de son état de grâce. Cela va dépendre de sa capacité à faire appel à l’opinion publique. Sa popularité peut asseoir sa légitimité et son autorité au cours de négociations où les fidèles n’ont pas voix au chapitre.

Est-ce le seul obstacle sur sa route?

A tirer sur la corde médiatique, il y a aussi un risque de banalisation de sa figure et de sa parole dans le rythme frénétique de l’actualité. Le danger est qu’il devienne un leader religieux parmi d’autres, alors qu’il veut se construire un statut de leader religieux moderne de référence, comme le dalaï-lama.

Quel est l’objectif qu’il poursuit, au fond?

Sa finalité est d’inscrire l’Eglise dans la modernité, de l’adapter à son époque, sans pour autant qu’elle ne perde son identité et renonce à ses valeurs fondamentales. Ce qui est crucial face à la sécularisation qui poursuit son chemin en Occident et vide les églises, tandis qu’ailleurs la religion catholique est très fortement concurrencée.

Créé: 25.12.2014, 09h33

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