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Criminalité «Les femmes tuent mieux»

Les femmes commettent bien moins de meurtres que les hommes. Mais quand elles passent à l’acte elles sont plus créatives, selon une experte autrichienne.

Image: Corbis

QUATRE TUEUSES RESTÉES DANS L’HISTOIRE

CÉCILE B.
Une montagne d’argent, une relation sadomasochiste passionnelle et destructrice et le célèbre banquier Stern retrouvé en 2005 à Genève dans une combinaison en latex avec deux balles dans la tête… Sa maîtresse, Cécile B. a été reconnue coupable: 8 ans de prison. Elle est libre depuis 2010. En Suisse, difficile de faire plus frappant en matière de meurtre féminin.

VÉRONIQUE C.
L’affaire des «bébés congelés» a horrifié la France en 2006. Mère de famille, Véronique C., alors âgée 28 ans, avoue avoir tué trois de ses nouveau-nés, conservant les cadavres dans le congélateur. Sidéré, on découvre alors ce que peuvent engendrer les dénis de grossesse. L’infanticide écope de 8 ans de réclusion. Elle est en liberté conditionnelle depuis 2010.

AILEEN WUORNOS
En 1989 et 1990, la «Demoiselle de la Mort» a tué sept hommes. Par vengeance, dira l’Américaine, expliquant que ses victimes l’avaient violée ou tenté de la violer lorsqu’elle se prostituait. Elle a été condamnée à la peine de mort et exécutée par injection en 2002, à 44 ans. Son histoire a été portée sur grand écran en 2003 dans «Monster», avec Charlize Theron.

NANNIE DOSS
La célébrité de cette Américaine (1905-1965) surnommée «la veuve noire gaie» vient de son joli sourire de gentille mamie. Et de son palmarès. En 34 ans d’activité criminelle, elle a empoisonné quatre de ses cinq maris à la mort au rat. Et tué sa mère, ses sœurs, un petit-fils, un neveu et deux enfants. 11 victimes. Elle a écopé de la perpétuité en 1955.

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Psychiatre, psychothérapeute et experte lors de procès, le Dr Sigrun Rossmanith vient de publier en allemand un ouvrage se demandant si les femmes sont de meilleures tueuses que les hommes. Or après avoir épluché quelque 3000 cas, l’Autrichienne de 61 ans ne se contente pas de la question. Elle y répond par l’affirmative. Ses explications.

Votre livre est intitulé: «Les femmes sont-elles de meilleures meurtrières?» Quelle est la réponse?

Oui, de mon point de vue. Car leurs meurtres sont souvent plus inventifs, créatifs, sophistiqués. Elles doivent développer des stratagèmes pour compenser une moindre force physique, en s’organisant par exemple pour que la victime se retrouve sans défense.

Avez-vous des exemples?

J’aime raconter le cas de cette épouse asiatique infidèle qui avait embrassé fougueusement son amant. Tout en lui glissant une capsule de cyanure dans la bouche et en le forçant à l’avaler… Je ne suis pas certaine qu’un homme aurait eu l’idée de mêler ainsi l’amour et la mort.

Contrairement aux hommes, dites-vous, les femmes ne tuent pas des inconnus.

Il existe des crimes crapuleux, par exemple de toxicomanes en quête d’argent. Mais c’est extrêmement rare. Les femmes tuent à l’intérieur d’une relation. La victime est un conjoint, un amant, un ami. Ou leur enfant.

Est-ce que l’infanticide est une spécialité féminine?

En partie seulement. Juste après la naissance, oui. A ce moment-là, ce ne sont presque que des femmes qui tuent leur nouveau-né, par exemple après un déni de grossesse. Ensuite les chiffres montrent que ce n’est plus vrai: il existant autant de cas d’infanticides masculins que féminins. Mais demeure une autre différence: lors de déchirements conjugaux, il arrive que des pères tuent leurs enfants avant de retourner l’arme contre eux-mêmes. Des mères aussi. Mais elles sont davantage à survivre, à «manquer» leur suicide.

Quand des femmes tuent leur conjoint, est-ce parce qu’elles ont subi des violences?

Ça arrive, bien sûr, mais c’est aussi un cliché persistant: les femmes passant à l’acte seraient toutes d’abord des victimes de violence conjugale. C’est faux. Dans des couples, certaines maltraitent leur conjoint, le frappent, le tuent ou le font tuer. Celles-là n’ont rien de pauvres martyres.

La préméditation est-elle plus fréquente pour les meurtres féminins?

Je ne crois pas. Par contre, les fantasmes meurtriers et la préparation peuvent être plus longs, parfois des mois, voire des années. Les femmes sont souvent plus patientes. Et elles se taisent, elles ne lâchent pas de menaces sous la colère, du genre: «Je vais te tuer!»

Si les femmes tuent mieux et savent dissimuler leurs plans, doit-on comprendre qu’il y a plein de meurtrières qui n’ont jamais été inquiétées?

On ne le sait pas. Mais disons que, personnellement, je préférerais être la cible de la vengeance d’un homme que de celle d’une femme…

On a tous en tête l’image de l’empoisonneuse. Est-ce une réalité?

Statistiquement, les femmes soignent, donnent des médicaments et font davantage la cuisine. Toutes choses qui peuvent être utilisées pour empoisonner. Pourtant l’empoisonnement n’est plus spécifiquement féminin. En partie certainement du fait des progrès de la médecine légale, capable de détecter une grande variété de substances. Les chiffres montrent que les femmes tuent surtout au couteau. En Europe, en tout cas. Aux Etats-Unis, l’arme à feu occupe la première place.

Pourquoi vous êtes-vous intéressée aux meurtrières?

J’ai travaillé plus de quinze ans comme experte psychiatre lors de procès. J’ai vu beaucoup de choses démentant cette idée – en partie véhiculée par les féministes – que les femmes seraient plus douces, paisibles, aimantes. Bref: meilleures. Je voulais mettre en lumière ce côté sombre qui me semble plus humain que masculin.

Si les femmes sont aussi sanguinaires que les hommes, pourquoi commettent-elles dix fois moins de meurtres?

Elles sont moins dans la démonstration de l’agressivité et certainement meilleures en gestion de conflit. Mais je crois surtout qu’elles retournent une grande part d’agressivité contre elles-mêmes. Ce qui se traduit par davantage de prises de médicaments, par plus de suicides et tentatives de suicide. Reste que je pense que le potentiel de mort est équitablement réparti entre les sexes.

«Sind Frauen die besseren Mörder?» de Sigrun Rossmanith Amalthea Signum Verlag (en allemand)

(Le Matin)

Créé: 19.10.2013, 12h01

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