Vendredi 25 mai 2018 | Dernière mise à jour 03:55

Couches Polémique sur la table à langer

Une sexologue préconise d’obtenir le consentement du bébé avant de le changer, histoire de respecter son intimité. Sa proposition crée la controverse.

Pour la spécialiste en éducation sexuelle Deanne Carson s’occuper de l’hygiène de son bébé est aussi une intrusion
dans son intimité.

Pour la spécialiste en éducation sexuelle Deanne Carson s’occuper de l’hygiène de son bébé est aussi une intrusion dans son intimité. Image: iStock

Du sexe dans les couches-culottes

Les enfants adorent les histoires de pipi caca. Mais celle qui agite actuellement les réseaux sociaux, accompagnée d’une polémique, ne sort pas de la bouche d’un bambin de 4 ans. Elle émane d’une sexologue. Et elle pue…

Interviewée dans le cadre d’une affaire de viol sur la chaîne ABC, la spécialiste australienne a glissé sur les couches-culottes, allant jusqu’à mettre une connotation sexuelle sur les tables à langer. Au nom de la prévention. Ainsi, pour prévenir les violences faites aux femmes, et aux plus faibles, il faudrait, à l’en croire, cesser de voir le changement des couches de bébé comme un banal acte hygiénique ou l’évidente prise en charge d’un être dépendant, mais prendre conscience qu’on entre dans l’intimité de l’enfant… Et lui demander son feu vert.

Areu?! Deanne Carson concède que bébé ne va pas vous donner sa bénédiction, ni vous rétorquer qu’il préfère rester dans sa mouille, mais qu’il faut lui donner un espace dans lequel on puisse «lire», à travers son corps ou ses mimiques, son consentement.

Dans le sillage des mouvements tels que #Balancetonporc et #MeToo, il est légitime de se préoccuper des questions d’intimité, et indispensable d’apprendre, dès l’enfance, à respecter – et faire respecter – son propre corps. Mais tomber dans les extrêmes dessert tout le monde. Surtout quand on mélange les genres. S’occuper d’un petit enfant n’est pas une affaire de consentement, mais de respect et de protection. Et ceux-ci, qu’on le veuille ou non, peuvent aller à l’encontre de la volonté du bambin.

Pascale Bieri, journaliste

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Faut-il demander l’autorisation à son bébé, avant de le langer? C’est ce que préconise Deanne Carson, une experte australienne en éducation sexuelle. Et ce n’est pas une plaisanterie! Pour la jeune femme, il en va du respect de l’intimité de l’enfant.

Alors, certes, elle concède très sérieusement qu’on ne peut pas s’attendre à ce qu’un nouveau-né, ni même un bambin, vous réponde «Oui, maman, c’est génial! J’aimerais bien que tu changes ma couche.» En revanche, assure-t-elle, «si vous lui laissez un espace, que vous observez son langage corporel et attendez pour établir un contact visuel, alors, vous lui faites savoir que sa réponse compte». Bref, en agissant ainsi, on permettrait à l’enfant «de se forger une bonne communication plus tard dans la vie».

En toile de fond de cette manière pour le moins insolite d’aborder le changement de couches, les débats qui font rage autour des violences faites aux femmes suite, notamment, au phénomène de #Balancetonporc.

Cela étant, en déplaçant la problématique du consentement jusqu’au berceau, et en mettant une connotation sexuelle sur un acte de soin purement hygiénique, Deanne Carson a déclenché une grosse polémique. D’autant plus qu’elle s’est exprimée sur le sujet lors d’une interview télévisée sur la télévision publique australienne ABC, reprise en boucle sur les réseaux sociaux.

Mais qu’en pensent les professionnels en Suisse? Pour Dora Knauer, pédopsychiatre à Genève, «la réflexion n’est pas inintéressante. Quand on manipule et touche le corps d’un enfant, même tout petit, il est important de sentir qu’il est bien, de lui expliquer ce qu’on fait. On ne peut pas langer un bébé comme une poupée. Mais il n’y a rien de sexuel, dans un tel acte, dit-elle. On est dans la prise en charge, la protection, qui nécessite aussi parfois qu’on le force un peu pour son bien. Il n’y a rien de sexuel là-dedans. On est aux antipodes du viol! On peut parler d’intimité, mais en aucun cas de consentement. C’est absurde!»

Sage-femme à Lausanne, Olivia Manderson est sur la même longueur d’onde: «On passe souvent d’un extrême à l’autre. Demander à un nouveau-né le droit de le changer en est un parfait exemple. Par contre, lui parler et lui expliquer ce qu’on est en train de faire a un sens, tout autant que la manière dont on le fait», souligne-t-elle.

Avant d’ajouter: «Le moment du change est un temps particulier, propice à inculquer aux tout-petits les notions d’intimité et de pudeur, mais c’est tout au long de l’enfance que cette éducation doit se faire. Faire comprendre à l’enfant que son corps et son intimité lui appartiennent, qu’il n’est pas la propriété des parents, et qu’il doit donc le préserver et le respecter est essentiel. Cela lui permettra, le cas échéant, de savoir dire non.» (Le Matin)

Créé: 17.05.2018, 10h06

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