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Société Cherche assistants sexuels

Actuellement, seules 5 personnes en Suisse romande proposent des prestations aux handicapés. Une association recrute.

Claudine Damay est assistante sexuelle depuis quatre ans. Elle veut faire des émules.

Claudine Damay est assistante sexuelle depuis quatre ans. Elle veut faire des émules. Image: Philippe Pache

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Claudine Damay, Lausannoise de 59 ans, est assistante sexuelle, comme quatre autres personnes en Suisse romande. A la tête aujourd’hui de l’association Corps Solidaires, elle lance un «appel urgent pour que la relève se prépare». Claudine Damay a en effet reçu son diplôme en 2009, à l’issue de la première formation en assistance sexuelle en terre romande. Et parmi les douze personnes présentes au départ, seules cinq à six exercent encore aujourd’hui. «On doit refuser beaucoup de demandes, c’est pourquoi nous devons recruter de nouveaux assistants sexuels.»

Avis aux candidats donc. Parmi les prérequis nécessaires: être âgé de plus de 30 ans et en bonne santé (pour être en mesure par exemple de déplacer une personne handicapée). Il faut également disposer de revenus réguliers. «Il est hors de question que l’assistance sexuelle serve à boucler ses fins de mois», explique Claudine Damay. Enfin, l’entourage proche doit soutenir la démarche.

150 francs la prestation

Si la loi – exceptée à Genève, canton qui s’est doté d’un statut spécifique – considère les assistants sexuels comme des prostitués, les candidats attirés par l’appât du gain déchanteront vite. La prestation est facturée 150 francs au bénéficiaire, mais elle ne s’effectue pas à la vitesse d’une passe. Elle comprend un contact préliminaire, avec notamment une discussion poussée sur le handicap de la personne. Une rencontre suivra pour voir si l’un et l’autre se plaisent. «Le bénéficiaire, comme l’assistant, peut renoncer», précise Claudine Damay. Il s’agit aussi, à travers cette entrevue, de définir les attentes et les besoins de la personne, ainsi que les limites de l’assistant. Ensuite seulement, la prestation pourra avoir lieu. La rentabilité n’est donc pas au rendez-vous. Ce n’est pas du tout l’objectif.

Un regard sans dégoût

«Notre travail est de mettre à disposition notre corps, de façon solidaire, à des personnes totalement privées de contact avec une autre peau», affirme Claudine Damay. A ses yeux, le terme «sexuel» est trompeur car il renvoie à la génitalité. «Or nous offrons une relation plutôt sensuelle. Les gens en institution ne sont parfois touchés que quand ils sont lavés ou soignés. C’est important pour eux d’avoir quelqu’un qui les regarde sans dégoût, sans a priori. En tant que personne à part entière. Et non comme un malade ou un handicapé.» L’assistante sexuelle raconte que parfois elle s’allonge habillée à côté de la personne et cela suffit. Les candidats ne devront donc pas s’engager à avoir des rapports sexuels. La pénétration est a priori exclue des prestations. «Mais ce qui se passe une fois que la porte de la chambre se referme reste entre le bénéficiaire et l’assistant sexuel», dit Claudine Damay.

Des cours pratiques

Les candidatures sont ouvertes depuis jeudi sur le site Internet de Corps Solidaires. La formation débutera en novembre prochain et s’étalera sur deux ans. Au programme: un premier week-end d’information qui devrait permettre à chacun de se déterminer et de savoir s’il est capable d’aller jusqu’au bout. Un cycle de préparation suivra et s’attachera aux connaissances éthiques, juridiques et des différents handicaps. «C’est très important de les connaître en détail. Une relation avec une personne autiste, cérébro-lésée ou sourde et aveugle est très différente», réagit Claudine Damay. La phase finale de la formation sera dédiée à la pratique. «Il s’agit d’apprendre comment toucher l’autre, le masser. Les futurs assistants sexuels devront peut-être aussi se mettre nus devant les autres, puisque c’est ce qu’ils devront faire par la suite.»

Dans l’idéal, l’association aimerait former 16 nouveaux militants du droit à la sexualité pour tous et toutes. «On espère des jeunes. Il n’y a aucune raison pour que des jeunes, sous prétexte qu’ils sont handicapés, se tapent des vieilles briscardes comme moi!» plaisante Claudine Damay. Les candidatures féminines seront également privilégiées. Les demandes en provenance des hommes sont en effet plus nombreuses, le droit à la sexualité pour les femmes handicapées étant encore mal reconnu.

Créé: 25.05.2013, 11h39

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