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Santé Des câlins aux arbres? Pas une bonne idée

La sylvothérapie, qui consiste à enlacer des troncs d’arbre en pleine forêt, a le vent en poupe. Mais elle peut être dangereuse, voire mortelle.

Être en contact avec un arbre permettrait de déstresser. Encore faut-il ne pas s’exposer à pire situation.

Être en contact avec un arbre permettrait de déstresser. Encore faut-il ne pas s’exposer à pire situation. Image: iStockphoto

Les tiques sont chaque année plus redoutables. Et 2018 n’échappe pas à cette surenchère. Ainsi, «24 heures» rapportait lundi qu’une habitante de Vaulion, dans le Jura-Nord vaudois, avait repéré 37 tiques sur son fils, il y a une quinzaine de jours. Elle vient, par ailleurs, de contracter elle-même une borréliose. Et sa fille en aurait déjà eu trois…

Non seulement ces bestioles prolifèrent en raison des modifications climatiques (davantage de chaleur et d’humidité), mais elles sont en prime toujours plus souvent porteuses de maladies.

Dont la maladie de Lyme (ou borréliose) et l’encéphalite à tiques. S’il existe un vaccin pour se prémunir contre la seconde, il n’y a pas de mesures préventives pour la première. Si ce n’est de bien se couvrir toutes les parties du corps en forêt et de faire une inspection complète en rentrant chez soi. En cas de morsure, consultez un médecin si une auréole rouge apparaît dans les jours qui suivent. (Image: Natalya Aksenova/Stocklib)

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Une femme qui enlace amoureusement un vieux chêne; un homme, le front appuyé sans retenue contre un conifère, les paumes largement plaquées sur son tronc dégagé… Les adeptes de la sylvothérapie – ou thérapie par les arbres – se multiplient un peu partout. Y compris en Suisse.

Mise au point au Japon dans les années 1980, cette pratique appelée «shirin yoku» (bain de forêt) aurait d’innombrables vertus. Selon le Dr Qing Li, un de ses «experts» mondiaux, elle permettrait de renforcer le système immunitaire, de diminuer la tension artérielle ou encore de diminuer le taux d’hormones du stress. Tout cela, explique-t-il, grâce à la présence des phytoncides, des substances chimiques que les arbres libèrent pour se protéger des bactéries.

Irritations graves

Mais voilà, cette médecine de la forêt, comme l’appelle le Dr Quing Li, n’est pas sans danger. «L’étreinte, surtout si elle est pratiquée en short et manches courtes, risque de tourner court, tant les troncs abritent de nombreux périls irritants, urticants, voire mortels», assure même Christophe Bouget, spécialiste en écosystèmes forestiers, interviewé par le magazine «Science et avenir». Tout un écosystème évolue en effet sur l’écorce de ces végétaux, grands et forts. On y trouve notamment des mousses et des lichens, ou encore de la colophane (résine). Ainsi, l’Institut national de recherche et de sécurité (INRS), en France, a répertorié une multitude de substances allergènes, tout en soulignant que certaines peuvent l’être fortement. Dans de nombreux pays, comme au Canada, une liane (le sumac vénéneux) peut même provoquer des inflammations et des cloques à travers les vêtements. Pire encore, aux Antilles, où le mancenillier sème la terreur, en raison d’un latex extrêmement toxique qui provoque à coup sûr des brûlures.

Chez nous, en revanche, les réactions allergiques dues aux arbres restent rares, selon Laure Tercier, experte d’aha! Centre d’allergie Suisse: «Il s’agit de symptômes d’allergie de contact, de type eczéma. Les risques sont plus élevés en cas de contacts répétés avec les arbres.» Quant à ceux qui souffrent des pollens, «ils pourraient avoir des réactions comme de l’asthme ou une rhinite allergique, en pratiquant la sylvothérapie en période de floraison du pollen auquel ils sont allergiques, et qui plus est au contact de l’arbre produisant ce pollen.»

Ces corps à corps, très en vogue, avec les arbres peuvent entraîner d’autres galères. Ainsi des frelons peuvent se trouver à proximité (ils creusent leurs nids dans les parties mortes des troncs); leur piqûre est douloureuse et se peut se révéler très grave en cas d’allergie. Une autre mauvaise surprise peut être due aux chenilles processionnaires. Elles se nourrissent des aiguilles de pin ou de cèdre et dégagent des poils urticants et allergènes. Ces derniers peuvent aller jusqu’à provoquer des œdèmes et, dans 2 à 3% des cas, un choc anaphylactique. Gare aux tiques également (voir encadré). Autant d’éléments qui sont d’ailleurs redoutés par ceux qui travaillent en forêt, nous dit-on au bureau d’ingénieurs forestiers valaisan Silvaplus.

Reste qu’en prenant quelques précautions, notamment en s’habillant correctement (c’est-à-dire en se couvrant les jambes et les bras), l’ambiance forestière est bénéfique, même si aucune étude scientifique sérieuse ne démontre, du moins à ce jour, que l’on peut réellement capturer l’énergie des arbres.

Créé: 11.07.2018, 13h27

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