Samedi 4 avril 2020 | Dernière mise à jour 11:13

Libido Le coronavirus: de tue-l’amour à fantasme sexuel ultime

N’en déplaise à la crise sanitaire, le covid-19 devient tendance sur Pornhub. La sexologue Romy Siegrist nous explique comment la pandémie chamboule notre sexualité.

L'amour au temps du nouveau coronavirus. Les vidéos pornographiques qui intègrent la pandémie dans leur «scénario» sont en augmentation. Pas étonnant, «tout ce qui constitue notre monde finit un jour ou l’autre par se retrouver détourné en version porno», précise la psychologue et sexologue vaudoise Romy Siegrist.

L'amour au temps du nouveau coronavirus. Les vidéos pornographiques qui intègrent la pandémie dans leur «scénario» sont en augmentation. Pas étonnant, «tout ce qui constitue notre monde finit un jour ou l’autre par se retrouver détourné en version porno», précise la psychologue et sexologue vaudoise Romy Siegrist. Image: DR

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La pandémie de Covid-19 a pour sûr déjà largement chamboulé notre vie sociale. Mais la voilà qui s’immisce maintenant précisément dans notre sexualité, à commencer par les différentes plateformes de streaming pornographiques, où la thématique du coronavirus est en train de devenir virale – sans mauvais jeu de mot. Du couple se faisant des câlins avec un simple masque sur le visage, à ceux portant carrément une combinaison radioactive, en passant par une séquence «éducative» où des acteurs prennent 30 bonnes secondes pour expliquer les tenants et aboutissants de la crise avant de passer aux choses sérieuses, on y trouve de tout. Vendredi dernier, sur le site Pornhub, une recherche sous le mot-clef «coronavirus» renvoyait à plus de 1000 vidéos du genre, contre à peine 200 il y a 6 jours. 7 millions de recherches sur la thématique y ont même été enregistrées au cours des 30 derniers jours.

La logique poussée jusqu'au bout: en combi et sans les mains

Le scénario du contrôle routier revisité.

Alors comment ce qui ressemble plutôt à un véritable tue-l’amour se retrouve-t-il en tête des fantasmes sexuels les plus recherchés? On fait le point avec la psychologue et sexologue vaudoise Romy Siegrist. L’occasion de voir également de quelle manière ce fichu virus est en train de modifier notre rapport au sexe.

Qu’est-ce que cette explosion de vidéo liées au coronavirus sur les plateformes pornographiques dit de notre sexualité?

Déjà, il ne faut pas trop s’en étonner: tout ce qui constitue notre monde finit un jour ou l’autre par se retrouver détourné en version porno. Aujourd’hui, c’est au tour du coronavirus. Mais face au stress que la crise véhicule, c’est surtout un moyen de se rassurer. Ce qui est intéressant, c’est que ces vidéos abordent tous les genres: certaines surfent sur la S.F. ou l’horreur, d’autres jouent la carte de la prévention ou font même preuve d’humour… Ces vidéos ne sont donc pas là uniquement dans le but d’exciter les gens, mais aussi pour les divertir, dans un sens plus large.

N’est-ce pas là quand même une fascination aux relents un peu morbides?

J’y vois plutôt une érotisation du risque. A ma connaissance, on ne trouve pas de séquence montrant des personnes ayant des rapports sexuels en étant malade. On est plutôt dans le fait d’érotiser la période de tension traversée au quotidien, de l’apprivoiser, alors qu’on ne sait pas trop ce que l’avenir nous réserve. Après, je me demande si cette thématique du coronavirus est vraiment une tendance en soi, basée sur une réelle excitation, où s’il ne s’agit pas d’un simple élan de curiosité. En période de confinement, les gens se rendent généralement plus souvent sur les sites porno et ce n’est pas forcément tous les jours que l’on découvre quelque chose de nouveau en la matière. Et puis n’oublions pas que la masturbation est très utile pour faire baisser la tension. Dans ce sens, ça ne m’étonne pas que les sites rencontrent une augmentation de fréquentation.

On trouve d’ailleurs sur Internet certaines théories expliquant que l’onanisme renforcerait notre système immunitaire… Notamment une étude de la clinique universitaire d’Essen, en Allemagne, réalisée en 2004, qui aurait constaté une production accrue des globules blancs après la masturbation…

Je n’ai pas d’étude en tête pour confirmer ou infirmer la chose, mais il est vrai qu’en règle générale, s’occuper de soi de cette manière amène de l’apaisement, libère des hormones de bien être… Et limite donc le stress au niveau du corps et de l’esprit. De ce fait, la pratique va ainsi renforcer un système immunitaire affaibli en période d’angoisses ou de fatigue. Donc au-delà d’une corrélation directe, oui, les conséquences d’une masturbation vont être bénéfiques pour la santé.

L’excuse toute trouvée, en quelque sorte, pour se ruer sur Pornhub qui offre maintenant des abonnements gratuits à sa version premium aux zones confinées, et donc peut-être bientôt en Suisse si le Conseil fédéral change finalement son fusil d’épaule…

Il y a bien sûr d’abord un enjeu marketing à tout ça, soyons clairs. Après, oui, c’est une manière d’occuper son temps et son quotidien dans un confinement qui risque d’être long. Ça peut justement être une période intéressante pour explorer sa sexualité et son érotisme, découvrir d’autres pratiques, prendre son temps pour se montrer plus créatifs… Que ce soit à travers ces sites, mais aussi à travers la lecture de textes érotiques, ou encore l’écoute de porno audio. On sait que les ventes de sex-toys sont aussi en nette augmentation. Pourquoi ne pas en profiter pour essayer de nouvelles choses, notamment découvrir les joies de la prostate en tant qu’homme?

Vous parliez du rôle éducatif de certaines de ces vidéos. Mais peut-on vraiment compter sur celles-ci pour nous dire quelles règles respecter dans ce genre de situation?

Attention, elles n’ont rien d’officiel. Il se trouve juste que les informations données sur la séquence que j’ai en tête étaient assez correctes. Le couple en question apportait même une utilisation originale du port du masque lors du sexe «oral». Visiblement, suivant le masque, ça peut donner quelque chose d’intéressant sur les vulves; à voir avec les pénis… J’ai vraiment trouvé leur démarche intéressante. Non seulement à travers leur discours de prévention mais aussi à travers leur dédramatisation, en montrant que le port du masque n’est pas si grave que ça. Après, personnellement, de manière générale, je pense qu’il faudrait même aller plus loin: que le gouvernement sponsorise et soutienne, afin de les rendre aussi accessibles que les sites susmentionnés, de véritables productions pornographiques éthiques qui pourraient également, en fonction de l’actualité, avoir un caractère «éducatif».

Ces séquences mettant en scène des couples affublés de masques chirurgicaux ne sont-elles pas aussi symptomatiques de la situation actuelle? A savoir que les adeptes d’une sexualité libre se retrouvent maintenant à devoir aussi jongler avec le port du masque, en plus du préservatif?

C’est sûr que ça devient compliqué, spécialement pour les sexfriends ou les relations polyamoureuses. Avec le confinement, on est coincé. Et qu’on le soit seul ou avec son partenaire, ça peut permettre de tester de nouvelles pratiques ou d’explorer son corps. Après, c’est forcément un peu moins facile si l’on a des enfants. A part ça, dans une relation confinée, il est probable que si l’un contracte le virus, l’autre l’attrape également. A moins d’adopter une hygiène stricte et systématique avant chaque rapport sexuel: on se déshabille avant de prendre une bonne douche, parce que les vêtements peuvent être porteurs du virus, et on porte le masque – pas n’importe lequel! – durant l’acte. Attention, si les sécrétions sexuelles ne transmettent pas le virus, les selles peuvent apparemment être à risque. Il faut donc faire attention aux zones autour de l’anus.

D’où ces vidéos, toujours liées au Covid-19, montrant des accouplements en combinaison totale?

Avec ces corps cachés, difficilement identifiables, il y a surtout l’idée de se projeter facilement dans la situation et de pouvoir imaginer n’importe quel partenaire. On en est réduit à des organes génitaux. Après, dans cet attrait pour la thématique du coronavirus, j’y vois aussi l’idée de jouer à insuffler de la vie là où il y a de la mort et de la peur. C’est l’idée d’un érotisme sous forme de résilience, avec un mécanisme permettant de transformer le trauma en victoire. Quand on réfléchit aux choses qui peuvent nous exciter, on peut parfois découvrir qu’elles sont liées à des situations traumatisantes, qu’il s’agisse de petits ou de gros traumas. Et pour survivre, notre psychisme va s’efforcer de l’érotiser, de le transformer en victoire.

«Les gens sont attirés par le porno coronavirus de la même façon que ceux qui aiment se faire peur en regardant des films d’horreur. Après tout, nous sommes tous à la recherche de quelque chose qui nous rend vivant…». Voilà ce qu’expliquait au magazine VICE l’un des auteurs d’une série de vidéos estampillée Covid-19 signées «Spicy_x_Rice». Cela rejoint-il cette idée?

Oui, il y a l’idée de reprendre le contrôle. Avoir un rapport à une crainte contenue, scénarisée… Ça permet d’apprivoiser les choses. J’ai des patients extrêmement angoissés mais qui vont quand même voir des films d’horreurs et qui me disent: «Là, au moins, je sais pourquoi j’ai peur. Et du coup, ça m’apaise». Face au Covid-19, le recours à des contenus scénarisés – en lien ou non avec le virus – est apaisant pour de nombreuses personnes, et pas que dans le porno. Il n’y a qu’à voir le nombre d’ouvrages artistiques mis à disposition gratuitement par différentes structures afin de «passer le temps» dans une période de confinement qui peut générer pas mal d’angoisses.

Christophe Pinol

Créé: 22.03.2020, 10h54

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