Jeudi 27 juin 2019 | Dernière mise à jour 14:36

France Enfants de prêtres: «Nous ne sommes pas le fruit du péché!»

Secrets de famille, «honte», «tabou», «pression» de l'Eglise... Des enfants de prêtres ou de religieuses, devenus majeurs, racontent leurs difficultés et leur souffrance à être reconnus.

Photo d'illustration

Photo d'illustration Image: iStock

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Fait inédit, le sort des membres de l'association «Enfants du silence, enfants de prêtres» (EDS) est évoqué à Paris par l'épiscopat. Reçus une première fois par des représentants de la Conférence des évêques en février, ils doivent l'être de nouveau le 13 juin.

Pour l'association - une soixantaine de personnes, très majoritairement des femmes - l'objectif est de «briser le silence» sur ce fait de société qui a été, selon elle, «volontairement caché ou ignoré par l'Eglise catholique», l'existence de ces enfants étant une preuve des manquements à la règle du célibat des prêtres imposée depuis le XIe siècle.

Anne-Marie, l'espoir via l'association

C'est elle la présidente d'«EDS», créée en 2014. Anne-Marie Jarzac-Mariani, est elle-même le fruit de l'amour entre un prêtre et une infirmière religieuse qui se sont connus au dispensaire Charles-de-Foucauld à Oran. Dès leur rencontre, son père demande au Vatican d'être relevé de ses voeux. «Je suis conçue. L'évêque d'Oran fait pression, cherche à sauver l'honneur de l'Eglise en trouvant une famille adoptive à Oran, à laquelle je suis confiée, jusqu'à mes trois ans. Mon père finit par démissionner et je retrouve mes parents biologiques. Ce n'est qu'à l'âge de 16 ans que j'ai su cette histoire. Dans la famille, c'était tabou. Cela m'a bouleversée», raconte à l'AFP cette femme de 68 ans qui vit près de Grenoble.

«A Rome, on parle de pédophilie, d'homosexualité... Mais le sujet des enfants de prêtre est passé sous silence», relève Anne-Marie, qui a écrit «plusieurs fois au Pape». Elle souhaiterait «qu'on puisse être plusieurs à le rencontrer. Qu'il y ait un geste de reconnaissance, des paroles bienveillantes». «C'est un premier pas de pouvoir rencontrer l'Eglise catholique» à Paris. «On est culpabilisés, rejetés. Mais on n'est pas responsables de notre condition. Nous ne sommes pas le fruit du péché , pas des enfants du diable!»

Brigitte, «pas coupable»

Brigitte*, 67 ans, trouve «ridicule ce voeu de chasteté imposé» aux prêtres. «Ils devraient pouvoir vivre une vie d'homme, avec compagne, enfants, tout en ayant une vie pastorale, comme les pasteurs chez les protestants». Fille de «prêtre officier militaire», Brigitte apprend à 17 ans que son père «nourricier» n'est pas son père biologique. Ce dernier, «un homme brillant qu'elle admirait», était l'un des deux prêtres de la paroisse... régulièrement reçus à manger dans le foyer. Mais il n'a jamais vécu avec sa mère.

«Suis-je une fille de l'amour?» s'interroge-t-elle, préférant pencher pour le «oui». «J'ai mis du temps à me mettre dans la tête que je n'étais pas coupable». «Très croyante», cette femme a «souffert du silence qu'on lui a imposé», tout en «comprenant le choix de son père d'avoir été fidèle à ses engagements de prêtre jusqu'au bout».

Maria Teresa, en quête de ses origines

Abandonnée, recueillie dans un orphelinat, puis adoptée. Maria Teresa s'apprête, à 34 ans, à suivre une vie monastique, quand elle décide de faire des recherches sur ses parents biologiques. Avec les services d'une agence, après plusieurs rebondissements et malgré «les bâtons dans les roues de l'Eglise», elle apprend que sa mère est religieuse dans un couvent en Italie et part faire sa connaissance.

Pendant 18 ans, elles se verront, plus ou moins régulièrement. Toujours discrètement. «Jusqu'à sa mort, elle n'a jamais voulu me dévoiler le nom de mon père. Je pense qu'il était prêtre», affirme Léa. «On a fait croire à ma mère qu'on lui pardonnait, à condition qu'elle coupe avec mon histoire. Elle était enfermée dans une culpabilité monstrueuse». «Je me bats pour l'accès aux documents à l'intérieur de l'Eglise», lance Maria Teresa, aujourd'hui revenue à la vie laïque, et qui n'a pas renoncé à chercher son père.

Léa, «énormément fragilisée»

«Mon père était jésuite et a rencontré ma mère dans un établissement catholique. Très amoureux, il veut changer de vie, fait les démarches officielles. Il n'était plus jésuite quand je suis née», raconte Léa, 40 ans. «Il a été complètement répudié par sa famille et celle de ma mère. Pour mes oncles, j'étais la fille de Satan (...) Nos voisins nous ont insultés. C'est allé des lettres anonymes jusqu'à un début d'incendie de notre maison, en passant par des colis contenant des excréments, des rats cloués sur notre paillasson». «Avec mes amis, ou dans ma vie professionnelle, je n'ose pas le dire. Ca m'a énormément fragilisée», confie-t-elle.

Récemment, voulant retracer la vie de son père, Léa a interrogé des institutions jésuites. «Ils ont évacué son dossier. On m'a dit: les gens qui quittent les ordres, pour nous, ils n'ont pas existé». Les prêtres qui quittent la prêtrise devraient pouvoir «avoir une aide financière à la reconversion». «Il faudrait aussi que le mariage des prêtres soit autorisé. Mais je ne pense pas que cela va bouger», juge Léa, se disant par ailleurs «allergique à la religion».

La «honte» de Sylvie

Une mère qui la battait, la découverte, à 18 ans, que son géniteur est prêtre et «qu'il a préféré garder le sacerdoce», des violences psychologiques... «j'ai souffert d'être le fruit du péché . Même encore aujourd'hui», témoigne Sylvie, 48 ans, qui a grandi dans la Nièvre. «J'ai honte». «On me l'a tellement dit, on ne peut pas s'en défaire tout seul». Son combat désormais, grâce à un psychologue et un évêque «qui l'ont beaucoup aidée»: «que les prêtres ouvrent le dialogue avec nous pour regagner notre confiance».

Nathalie, le besoin de «reconnaissance»

«Le né sous X reçoit de la compassion/ Le né sous Christ encaisse des humiliations!». C'est le début d'un petit poème que Nathalie Olivier, 50 ans vient d'écrire. Son père était prêtre ouvrier. «Il adorait la vierge Marie. En même temps il a eu envie de fonder une famille. Il demande alors à Rome d'être relevé de ses voeux. Et quitte la vie ecclésiale», raconte-t-elle, en feuilletant un album photo familial. «Mes parents s'aimaient énormément. Ils m'ont tout raconté quand j'avais 10 ans. Un choc».

«Je l'ai dit à l'école. On s'est bien foutu de moi», poursuit-elle. Aujourd'hui, passée par le protestantisme et le bouddhisme elle n'hésite pas à «en parler. Ca m'amuse, c'est mon côté provoc'. Pour les catholiques intégristes, on est des sous-merde. Cette intolérance, c'est inadmissible». «Dans notre combat, il n'y a pas de demande d'argent. Juste de la reconnaissance».

Marie, le secret à l'école

Brésilienne, Marie*, 36 ans, qui travaille dans la diplomatie, a su dès son plus jeune âge qu'elle était fille d'un clerc. «Maman m'a toujours demandé de le tenir secret, notamment à l'école». «Jusqu'à l'âge de 5-6 ans, nous nous voyions seulement aux vacances. Puis mes parents ont mis fin à leur relation. Mon père m'a reconnue, à l'état civil. Aujourd'hui il est encore dans l'Eglise. Je ne sais pas précisément dans quelle ville il habite». «J'ai eu une enfance un peu volée. C'est pas facile pour une petite fille, surtout dans un environnement très conservateur».

* Prénom d'emprunt (afp/Le Matin)

Créé: 29.05.2019, 11h19

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.