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Vision L’humain 2.0, c’est pour demain

A Genève pour une conférence dans le cadre du CREA Digital Day, l’expert en transhumanisme Laurent Alexandre a partagé ses prédictions avec «Le Matin».

Deviendrons-nous tous des cyborgs ?

Deviendrons-nous tous des cyborgs ? Image: Oliver Burston/Ikon Images/Getty Images

«La limite ne sera pas l’argent, mais la volonté à renier
sa biologie naturelle.» Laurent Alexandre, expert en transhumanisme (Image: Lionel Flusin)

Minibio

Naissance: Laurent Alexandre naît le 10 juin 1960, à Paris.

Formation: Chirurgien et urologue, il a cofondé en 1999 le site de santé Doctissimo. Il est aujourd’hui à la tête d’une société de séquençage d’ADN, DNAVision.

Conférencier: Célèbre «techno-prophète» parisien, Laurent Alexandre est le chantre du transhumanisme en France.

Un processus déjà en route et irréversible

Le transhumanisme est un mouvement né dans les années 1980 qui vise à utiliser les nouvelles technologies pour améliorer les capacités physiques et mentales des humains, et éliminer la maladie, le vieillissement et la mort. Selon les experts, le processus est déjà en route, et irréversible. «Je pense que l’amélioration humaine est particulièrement problématique car elle va devenir obligatoire, met en garde Vincent Menuz, cofondateur de NeoHumanitas, un groupe de réflexion suisse qui s’intéresse aux enjeux socioéthiques liés à cette thématique. On sera bientôt obligés de s’améliorer pour éviter d’être stigmatisés et isolés.» Pour le président du think tank, Johann Roduit, le transhumanisme est une voie glissante. «Comment pouvons-nous rester compétitifs face aux robots? Une réponse est de s’augmenter… Mais c’est une compétition sans fin. Une alternative serait d’accepter que l’on a, en tant qu’être humain, certaines limites qui sont des caractéristiques essentielles de notre humanité. En prônant cette alternative, il devient essentiel de renforcer le principe de solidarité entre êtres humains, qu’ils soient handicapés, augmentés, ou non augmentés.» L’anthropologue Daniela Cerqui associe, quant à elle, le transhumanisme à une prolongation du capitalisme, qui pousse encore plus loin la logique de performance et d’individualisation. Pour le philosophe Bernard Baertschi, rien de nouveau sous le soleil. «Depuis toujours on lutte contre la nature. Il faut juste trouver le moyen de le faire sans risques démesurés.»

Le terme de transhumanisme est représenté par «h+», pour signifier le potentiel d’amélioration de l’être humain. (Image: DR)

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L’être humain va-t-il vraiment devenir immortel?

Oui. La personne qui vivra mille ans est déjà née. Elle aura 85 ans en 2100 et, bénéficiant des avancées technologiques de cette époque, pourra rallonger sa durée de vie de quelques décennies. Les progrès permanents permettront ensuite successivement de repousser encore et encore sa mort.

On risque donc la catastrophe en matière de ressources pour nourrir tout ce monde?

Non, car il n’y a aucun risque de surpopulation. Plus on vit vieux, moins on a d’enfants. Se reproduire est surtout un moyen d’oublier qu’on va mourir, et ne sera donc plus une priorité quand on sera immortels. Le souci sera plutôt la dénatalité.

À part l’immortalité, que visent les transhumanistes?

Ils ont trois autres objectifs. Premièrement, augmenter les capacités de l’humain. Ensuite, créer des interfaces entre notre cerveau et les intelligences artificielles. Enfin, conquérir l’espace pour éviter la mort de l’Univers. Car si l’Univers meurt, nous aussi.

Cela n’est-il pas un peu aberrant?

À vous de voir. Est-ce que ce n’est pas plus crétin d’avoir pour ambition de finir sa vie à 80 ans dans une maison de retraite avec alzheimer, à ne plus reconnaître personne et à porter des couches?

À quand remonte le transhumanisme?

À la naissance de la médecine. Tout ce qui s’oppose à la mort est transhumaniste. La composante «amélioration de l’humain» du transhumanisme est arrivée plus tard, avec l’apparition de la pilule et des vaccins. Tous deux visent à augmenter les performances des individus: la capacité à contrôler son cycle et à se battre contre les virus.

Quelles sont les prochaines «augmentations» en vue?

Ce sont les circuits intégrés dans le cerveau pour améliorer les performances intellectuelles. Et la sélection génétique des embryons. Logique. Qui voudra avoir un enfant non amélioré, qui ne fera pas le poids à côté des autres? 50% des parents chinois se disent prêts à utiliser des méthodes eugénistes pour avoir des bébés plus intelligents.

Quel est le futur de l’humanité non augmentée?

Elle va disparaître. D’abord en raison de son espérance de vie limitée. Ensuite à cause de la concurrence avec les humains augmentés et les intelligences artificielles. Mais ce n’est pas une perte. Nous n’avons pas besoin d’individus à capacités cognitives réduites. Les robots feront toujours mieux le travail qu’une personne qui a 100 de Q.I.

Et quand il n’y aura plus que des robots et des humains augmentés?

Il y a le risque que les intelligences artificielles prennent le dessus sur nous. Mais on estime qu’un scénario à la Terminator n’est pas possible avant 2035. Nous avons donc une vingtaine d’années pour nous préparer à cette éventualité.

Les humains non augmentés ne vont pas disparaître instantanément, que va-t-il se passer d’ici là?

Le XXIe siècle sera une phase de transition. Un vent de révolte soufflera quand tout le monde ne pourra pas encore accéder à l’immortalité et à l’augmentation. Mais comme toute technologie, elles seront ensuite accessibles à bas prix et chacun pourra en bénéficier. Le transhumanisme est une idéologie de gauche. La limite ne sera pas l’argent, mais la capacité à renier sa biologie naturelle. Plus on acceptera d’augmenter la part de cyborg en nous, plus on sera performants.

Les performances augmentées, c’est le bonheur augmenté?

Oui, avec les antidépresseurs, qui existent déjà. On aura probablement bientôt de quoi rendre encore plus heureux les gens déjà heureux. Cela peut finir dans un scénario à la Matrix: on reste passif dans un cocon à se faire refiler des shoots de bonheur en permanence. Mais là le risque, c’est de se faire avoir par les robots, parce qu’eux, ils ne se droguent pas.

Vous considérez-vous transhumaniste?

Non, je ne suis ni pour ni contre: je suis pour un débat de société. En Europe, nous avons loupé le coche en matière de nouvelles technologies. Il nous faut intervenir d’urgence pour avoir notre mot à dire dans la mise en place de normes sur la question. Et pour cela, la priorité est de trouver des élites politiques qui comprennent quelque chose à la technologie. (Le Matin)

Créé: 13.01.2017, 13h54

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