Mercredi 22 janvier 2020 | Dernière mise à jour 14:54

Mode Quand des mannequins jouent les prostituées de luxe

Une vidéo, censée présenter la prochaine collection automne-hiver de la maison Louis Vuitton, suscite la polémique. Les trottoirs de Paris ont remplacé les podiums pour des mannequins habillés en prostituées de luxe.


Le défilé Louis Vuitton du 6 mars

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Un clip de trois minutes diffusé depuis quelques jours sur le net met en scène des mannequins «estampillés» Louis Vuitton jouant les prostituées dans les rues parisiennes. Des associations féministes n’ont pas manqué l’occasion de dénoncer l'instrumentalisation de la femme.

Les soi-disant prostituées apparaissant dans le clip sont en réalité des mannequins bien connus dans la profession et ayant l’habitude de défiler pour la marque Louis Vuitton. Cara Delevingne, Edie Campbell, Saskia de Brauw, Isabeli Fontana, Lily MC Menamy, Georgia Jagger et Magdalena Frackowiak déambulent ainsi de façon suggestive dans le court-métrage qui intègre également des images tournées dans les coulisses du défilé parisien de la célèbre marque, en clôture de la Fashion Week le 6 mars dernier.

Louis Vuitton se défend

Les réactions n’ont pas tardé. Première concernée, la maison Louis Vuitton se défend d’être à l’origine de la vidéo réalisée par le réalisateur James Lima pour le magazine de mode britannique Love Magazine.

Or, le nom de la marque apparaît en gros caractères dès les premières secondes du clip. Autre fait troublant: les «remerciements spéciaux» à Marc Jacobs (n.d.r.l.: le directeur artistique des collections Louis Vuitton)» figurant dans le générique final, ce qui laisse fortement entendre que la maison de mode a donné son accord à la réalisation de la vidéo. Marc Jacobs apparaît par ailleurs dans les images tirées du défilé dans une sorte de pyjama rouge qui a fait sensation alors. Toute l’ambiguïté du film réside dans les séquences des coulisses du défilé intercalées entre les scènes de femmes déambulant, nuisettes aguicheuses, regards allumeurs et poses lascives, dans un décor de rue parisienne.

Un prolongement dans l'érotisation...

Sur le site du Monde, la chroniqueuse de mode Sylvie Chayette apporte une analyse intéressante de la diffusion de la vidéo de James Lema, mise en perspective avec le défilé de la Fashion week.

«Dans cette vidéo, les modèles sont descendus dans la rue, tandis que sous la tente dressée dans la Cour carrée du Louvre c'est dans un décor d'hôtel que les filles défilaient. Lors du show, cinquante mannequins sortaient de «chambres» en nuisette, un manteau d'homme sur les épaules, le visage pâle, perruque noire à l'effet décoiffé sur la tête et les lèvres d'un rouge intense».

Présente lors du défilé, la chroniqueuse parisienne précise encore: «A l'intérieur des pièces, on pouvait entrevoir des projections d'hommes en costume et de femmes qui se rhabillent. Les créations, en dehors de quelques tailleurs, sont remplacées par des déshabillés de soie ou – et c'étaient les plus applaudies – par des tenues en dentelle brodée totalement transparentes».

Cette analyse donnerait ainsi du crédit à la thèse selon laquelle le clip a simplement cherché à aller plus loin dans l'érotisation de la présentation d'une collection de mode.

«Glamourisation» malvenue

A la découverte de la vidéo, les mouvements féministes se sont manifestés. L’association «Osez le féminisme» y voit une «glamourisation» malvenue dans le monde habituellement glauque de la prostitution. «C'est une vidéo dérangeante, car elle associe deux univers totalement différents: celui raffiné de la couture et celui beaucoup plus violent du marché sexuel», commente une représentante de l’association interrogée par le journal Le Parisien.

L’Ukrainienne Inna Shevchenko, installée en France, égérie hyper-médiatisée et porte-parole du mouvement Femen, connue pour manifester ses revendications féministes seins nus et sans autorisation, a pour sa part une réponse pour le moins surprenante dans sa bouche: «Une fois de plus, la nudité des femmes est utilisée pour faire du buzz ou vendre des vêtements».

Sur les réseaux sociaux, les réactions sont également nombreuses. Si certains internautes saluent sur Twitter «la sensualité dérangeante» du clip, d’autres, en revanche, dénoncent la banalisation de la prostitution.

Créé: 21.03.2013, 12h31

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