Samedi 17 août 2019 | Dernière mise à jour 22:02

Climat La mort des baobabs est un «un signal d'alarme»

Les arbres millénaires d’Afrique sont en train de disparaître, selon une étude. Un constat qui rappelle que la flore est aussi menacée que la faune.

Selon une étude roumaine, 9 des 13 plus vieux baobabs sont morts ces douze dernières années.

Selon une étude roumaine, 9 des 13 plus vieux baobabs sont morts ces douze dernières années. Image: iStock

3 monstres décédés

Platland, Afrique du Sud

Considéré comme l’un des plus gros du monde, l’arbre de Platland possédait une circonférence de 34 mètres et un diamètre de près de 11 mètres.

«Panke», Zimbabwe

Situé dans une région reculée du Zimbabwe, le baobab Panke était répertorié comme l’arbre le plus vieux du monde. Entre 2010 et 2011, toutes ses branches se sont effondrées. Selon les experts, il avait près de 2500 ans.

«Chapman», Botswana

Avant qu’il ne s’effondre le 7 janvier 2016, le baobab Chapman avait des racines qui s’étendaient jusqu’à un kilomètre à la ronde. Le célèbre explorateur David Livingstone y avait gravé ses initiales.

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Avec 2450 ans au compteur, on le pensait immortel. Détenteur du record du monde de longévité, le baobab Panke, au Zimbabwe, est pourtant décédé. Comme lui, neuf des treize plus vieux arbres millénaires du monde sont morts ces douze dernières années, selon une étude de l’Université Babes-Bolyai, en Roumanie.

Cette semaine, les chercheurs ont tiré la sonnette d’alarme dans la revue «Nature Plants». «Il est choquant et spectaculaire d’assister au cours de notre vie à la disparition de tant d’arbres d’âges millénaires», expliquait la semaine dernière, à l’AFP, Adrian Patrut, l’un des auteurs. Ses collègues et lui ont étudié une soixantaine des plus gros et donc des plus vieux baobabs. Conclusion: «Ces décès n’ont pas été causés par une épidémie.» À leurs yeux, les responsables seraient le changement climatique et la sécheresse. «La région dans laquelle les baobabs millénaires sont morts est l’une de celles où le réchauffement est le plus rapide en Afrique.»

Spécialiste du changement climatique au sein de l’Union internationale pour la conservation de la nature basée à Gland (VD), Guy Midgley, abonde: «Hormis une maladie, il n’y a que très peu de facteurs qui peuvent tuer des arbres dans une aire aussi grande. Cela reste à confirmer, mais un certain nombre d’indices pointent effectivement le réchauffement de la planète.» Le professeur de science environnementale à l’Université de Stellenbosch, en Afrique du Sud, souligne la nécessité de bien interpréter ce qui est en train de se passer. «Les baobabs sont un signal d’alarme. Nous devons utiliser tous les avertissements de la nature pour comprendre les problèmes que nous pourrions nous-mêmes avoir à affronter», détaille le spécialiste.

Les animaux d’abord

Guy Midgley rappelle l’importance des plantes pour la planète et pour l’être humain. «Elles transforment l’eau et la terre en nourriture pour nous. Nous ne savons pas quelles seraient les conséquences d’un écosystème avec moins de diversité.» De ce point de vue là, le spécialiste remarque que le grand public se sent davantage touché par les animaux en danger que par la flore. «Pourtant, il y a plus d’espèces de plantes que d’animaux qui sont menacées d’extinction.» Il se félicite tout de même que la disparition de plantes symboliques comme les baobabs attirent l’intérêt.

L’artiste photographe yverdonnois Cédric Bregnard, qui a consacré une grande partie de son travail aux arbres, va dans le même sens. «Il est vrai que la notion d’espèce est très peu représentée dans le monde végétal. Pour des raisons culturelles, on considère qu’un arbre est un arbre. Il y a un côté plus émotionnel en ce qui concerne les animaux parce qu’on se sent plus proche d’eux.» L’artiste invite pourtant à s’intéresser davantage à la flore et souligne certaines similitudes entre l’homme et l’arbre. «Comme lui, nous nous tenons sur un axe vertical, ce qui nous permet d’être connectés entre la terre et le ciel. Dans l’esprit du taoïsme, pour bien vivre, il nous faut respecter cet équilibre.»

Au cours de son projet «Immortels», Cédric Bregnard s’est retrouvé nez à nez avec douze arbres millénaires répartis sur la planète. «Face à eux, on sent une énergie extrêmement lente à l’opposé de la course au progrès dans laquelle on vit. Cela nous amène à relativiser», décrit-il.

Du côté du WWF, la porte-parole Pierrette Rey invite à la prudence concernant les conclusions de l’étude roumaine. «Les recherches nous permettent d’accroître nos connaissances sur les effets des changements climatiques et de la sécheresse, mais, bien que nous soyons attristés par la disparition de treize vieux baobabs en Afrique australe, les preuves actuelles n’indiquent pas que l’ensemble des baobabs soient affectés», détaille la botaniste Sarah Venter de l’Université de Johannesburg, en Afrique du Sud.

Celle qui collabore régulièrement avec le WWF rappelle que les arbres étudiés ont été sélectionnés en raison de leur grande taille et de leur âge. «Ils étaient donc probablement plus vulnérables aux conditions de sécheresse que les autres arbres.»

Créé: 18.06.2018, 13h37

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.