Samedi 11 juillet 2020 | Dernière mise à jour 20:04

Déconfinement De nouvelles habitudes façonnées par la crise

Une enquête qualitative menée en France et en Suisse s'est penchée sur les nouveaux rituels sociaux nés de la pandémie.

Image: Pixabay

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Plus rien ne sera exactement comme avant. Bien que la menace semble s'éloigner, un «retour à la normale» reste une notion bien abstraite. Le virus et son lot de contraintes a forcé le monde à se plier à de nouveaux modes de vie.

Fanny Parise, une anthropologue de l'Université de Lausanne, s'est penchée sur ces comportements émergeant issus du grand confinement. Son étude qualitative, CONSOVID-19, disponible sur le site anthropologieduconfinement.com a été menée sur un échantillon de 6000 personnes en France et en Suisse âgées de 18 à 70 ans.

Comment dire bonjour?

Les rites de protection tels que le port du masque, les checks du coude et la distanciation sont désormais entrés dans les coutumes populaires. L'étude soulève que la notion de «consentement» est devenue une pré-étape au rite d’interaction. Car nous n'avons pas tous le même positionnement face au risque que représente le contact physique. Et il reste difficile de deviner celui de son interlocuteur. Un nouveau malaise s'installe.

Pour illustrer cela, Mona, une française de 45 ans ayant pris part à l'étude explique: «Je ne veux pas vexer l’autre, mais je ne veux pas me mettre en danger, confie-t-elle. Comme je n’ai pas envie qu’il interprète mal mes propos, je lui demande la permission de lui faire la bise ou à l’inverse de ne pas lui faire.»

Sur les 6000 cas étudiés, 98% individus ont affirmé qu'ils ne serreraient pas la main d'un inconnu, 95% celle d'un ami ou d'un collègue et 86% celle d'un membre de leur famille.

«Le paradoxe du confiné»

Selon les auteurs, l'expérience du grand confinement a également propulsé l’individu dans ce qu'ils nomment le «paradoxe du confiné». Celui-ci est tiraillé entre deux rôles: d'une part il est poussé à la cohésion sociale pour faire face à la menace, à l'image des actions solidaires en faveur des soignants et d'une autre, il est soumis au stress d'une forme de compétition sociale de celui qui réussira le mieux son confinement.

Les anthropologues relèvent également une modification de la perception de certaines situations de la vie courante qui pourrait persister bien après la pandémie. Faire ses courses, rencontrer un inconnu, voir des proches âgés ou participer à une réunion professionnelle sont davantage vues comme anxiogènes pour l'ensemble des individus étudiés.

Nouvelles pratiques digitales

Chaque secteur s'est retrouvé contraint de déployer des stratégies compensatoires pour œuvrer à distance et poursuivre ses activités. Ce qui a donné naissance à nombre de nouvelles pratiques digitales qui pourraient façonner le monde du travail et de la communication.

Le confinement a aussi permis aux populations d'entrevoir d'autres manières de vivre plus prolifiques. Au niveau professionnel, mais aussi dans le rythme de leurs activités quotidiennes et leurs modes de consommation. Résultat: une grande partie des répondants aspirent au changement et espèrent que nous tirerons partie de cette expérience pour la suite. Leur sensibilité à l'éthique et l'importance accordée au temps libre et à leur état de santé s'est retrouvée exacerbée.

Au final, 72 % d'entre eux attestent avoir modifié leur mode de consommation, 65 % annoncent qu'il persisteront dans cette façon de faire et 46% affirment qu'ils prendront désormais plus de temps pour eux.

Laura Juliano

Créé: 31.05.2020, 16h25

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