Vendredi 14 décembre 2018 | Dernière mise à jour 16:35

Expertise La pornographie, une «crise de santé publique» aux USA

Des experts appellent à combattre la pornographie qui touche désormais toutes les familles américaines.

Les sites pornographiques reçoivent plus de visites chaque mois que ceux de Netflix, Amazon et Twitter réunis.

Les sites pornographiques reçoivent plus de visites chaque mois que ceux de Netflix, Amazon et Twitter réunis. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

La pornographie est tellement répandue aux Etats-Unis qu'elle doit être désormais traitée comme une «crise de santé publique». Des experts appellent à la combattre au même titre que le tabagisme ou l'alcool au volant.

«La pornographie est la forme la plus répandue d'éducation sexuelle aujourd'hui. Des études montrent que l'âge moyen où l'on voit pour la première fois du porno est entre 11 et 14 ans, et croyez-moi, ce n'est pas le 'Playboy' de papa», résume Gail Dines, sociologue, professeure au Wheelock College de Boston et auteure d'un livre sur la question: «Ces images dégradantes et misogynes sont devenues monnaie courante et enlèvent aux jeunes leur droit à une vraie sexualité saine».

«C'est un secteur qui a une influence considérable», ajoute Mme Dines, qui s'exprimait lors d'une conférence de presse organisée jeudi en amont d'un congrès à Washington de la «Coalition to end sexual exploitation» («Coalition pour en finir avec l'exploitation sexuelle»).

Les sites pornographiques reçoivent plus de visites chaque mois que ceux de Netflix, Amazon et Twitter réunis, un tiers des téléchargements sont du porno et 4,2 millions de sites pour adultes existent sur Internet, ajoute Mme Dines, également présidente du groupe féministe «Stop Porn Culture» («En finir avec la culture porno»).

Problème de santé publique

Le congrès de la Coalition pour en finir avec l'exploitation sexuelle entendait montrer que la pornographie est un problème complexe de société qui a besoin d'être considéré comme un problème de santé publique. Il a accueilli des médecins, des travailleurs sociaux, des chercheurs, des féministes, des dirigeants religieux, des militants contre la traite humaine et des anciens professionnels de l'industrie pornographique, qui génère des milliards de dollars.

«La pornographie fait des dégâts auxquels on ne s'attaque pas», accuse Dawn Hawkins, directrice de «Morality in media», une association qui fait campagne contre la pornographie depuis 1962. «De nombreuses études disent que la pornographie fait du mal», ajoute la jeune femme: «Nous savons que quasiment toutes les familles américaines sont touchées par la pornographie».

Donny Pauling, ancien producteur de films «pour adultes» pour Playboy et sur Internet, a quitté le métier en 2006. Il assure avoir été témoin des effets nocifs du porno sur les femmes qu'il mettait devant une caméra.

Violence sexuelle

Il doute par exemple que Miriam Weeks, une étudiante de 19 ans de la prestigieuse Duke University, qui a reconnu faire du porno sur Internet, sous le pseudonyme de Belle Knox, ait eu la «maîtrise» de son destin comme elle l'affirme elle-même. «Je ne la crois pas», dit M. Pauling. «J'ai recruté plus de 500 filles qui entraient dans le métier et aucune n'est revenue pour me dire merci», dit-il.

Mary Anne Layden, une spécialiste des violences sexuelles de l'University of Pennsylvania, estime quant à elle que la pornographie a été un facteur dans tous les cas de violence sexuelle qu'elle a traités comme psychothérapeute. «Plus les garçons sont exposés tôt à la pornographie, plus ils sont susceptibles de s'engager dans des actes sexuels non consentis, et pour les filles, plus elles en voient, plus elles sont susceptibles d'en être les victimes», dit-elle.

Dans une interview au magazine Rolling Stone le mois dernier, Miriam Weeks a révélé qu'elle avait commencé à regarder des films pornographiques à 12 ans, et a dit avoir été violée lors d'une fête de lycée. «Il faut dire aux jeunes que la pornographie les manipule», dit Mme Dines.

Et Mme Layden espère que si les autorités de santé «s'intéressaient au problème comme une question de santé publique, nous pourrions avoir des succès comme nous en avons eu pour le tabagisme». (ats/nxp)

Créé: 20.05.2014, 07h16

S'INSCRIRE À LA NEWSLETTER


Recevez l'actualité quotidienne du "Matin", ainsi que ses offres exclusives.
Choisissez vos newsletters

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse commentaire@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.