Lundi 9 décembre 2019 | Dernière mise à jour 12:02

Mobilisation La pression monte sur l'Eglise

Muette depuis le début de la semaine, la Conférence des évêques suisses est sommée de prendre position sur la citation, par l’un de ses membres, d'un passage vouant les homosexuels à la peine de mort.

L’Eglise catholique suisse traverse une période de turbulences depuis une conférence de Mgr Huonder.

L’Eglise catholique suisse traverse une période de turbulences depuis une conférence de Mgr Huonder. Image: Keystone

L’Eglise catholique doit-elle prendre position sur Mgr Huonder?

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En matière de discrétion, on a trouvé plus fort que l’homme invisible: la Conférence des évêques suisses (CES)! Plus haute autorité du catholicisme suisse, l’assemblée se refuse depuis le début de la semaine à tout commentaire au sujet des frasques de Mgr Huonder, prélat de Coire. Pour rappel, l’évêque, réputé pour son conservatisme, est sous le feu des critiques pour avoir cité un passage de l’Ancien Testament prônant la peine de peine de mort pour les homos, lors d’une conférence en Allemagne. Un «malentendu» selon le religieux, qui mentionnait cet extrait pour illustrer l’absence de mariages «alternatifs» à l’union homme-femme dans le «plan de Dieu».

Une grogne qui perdure

Plutôt maigres, ces explications n’ont guère entamé l’ardeur des mouvements de lutte contre l’homophobie. Ceux-ci continuent de réclamer des excuses publiques de Mgr Huonder, depuis le week-end dernier. Mais pour 1900 signataires d’une pétition en ligne, c’est surtout le silence de la CES qui fait tache. «Je suis réaliste, il ne sert à rien de demander la démission de ce monsieur, explique Laurence Mamin, l’initiatrice. Ce que je veux, c’est que l’Eglise se positionne une bonne fois pour toutes contre une telle incitation au meurtre. Ce serait un message fort.» Et d’expliquer que de nombreux camarades de lutte ont écrit personnellement à certains évêques francophones via Facebook, sans obtenir de réponse. «Quant à nous, nous nous adresserons, sur papier cette fois, à la Conférence des évêques dès que nous aurons atteint les 5000 paraphes.» Elle précise que de nombreux croyants l’ont rejointe dans son combat cette semaine, signe que le malaise dépasse le cadre de l’anticléricalisme primaire.

Du changement

Cette mobilisation, même virtuelle, porte ses fruits. Alors qu’elle expliquait jusqu’ici simplement ne jamais commenter les déclarations de ses membres, la CES promet désormais du changement: «Nous sommes préoccupés par les nombreuses réactions reçues», explique Walter Müller, porte-parole. Sans en préciser la forme, il garantit que les personnes qui se sont adressées à l’organisation recevront une réponse: «Mais avant toute prise de position, il faut un échange entre nos membres, dont certains doivent au préalable rentrer de vacances.» Il n’exclut pas non plus que certains évêques, contactés individuellement, répondent dans le cadre de leurs activités.

Des perspectives qui ne déplairont pas à l’abbé François-Xavier Amherdt, professeur de théologie à l’Université de Fribourg. Pour lui, rien dans le texte de Mgr Huonder n’appelait à la haine des gays, même s’il était «délicat» de citer un extrait du Lévitique sans le replacer dans son contexte. Pour sortir du climat actuel, il appelle la Conférence à communiquer au sujet de réflexions qu’elle mènera, fin août, sur les questions de sexualité, de couple et de famille, «ainsi d’ailleurs que vient de le faire le pape François, en valorisant la place des personnes divorcées-remariées au sein de l’Eglise». Il sera également important, à ses yeux, que les évêques de Suisse fassent connaître les retombées du prochain synode sur la famille, qui se penchera encore sur ces questions, mais cette fois pour l'Eglise mondiale, en octobre à Rome.

Créé: 08.08.2015, 08h59

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