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Délinquance «La prison ne sert à rien»

Alors que des tours de vis sont réclamés de toutes parts, le Pr Christian-Nils Robert combat l’enfermement.

Pour le professeur genevois Christian-Nils Robert, 250 personnes au plus devraient être en prison en Suisse contre les 6000 actuelles.

Pour le professeur genevois Christian-Nils Robert, 250 personnes au plus devraient être en prison en Suisse contre les 6000 actuelles. Image: Sébastien Anex

Faut-il construire plus de prisons?

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Durcir la loi. Face aux problèmes de délinquance et d’insécurité, la tendance est aujourd’hui à davantage de répression et d’incarcération. Certains, comme le professeur de droit genevois Christian-Nils Robert, qui intervient ce soir dans le cadre des 45es Rencontres internationales de Genève, prétendent au contraire que la prison ne sert à rien. «La prison permet au mieux de neutraliser temporairement un individu, explique le professeur. Elle n’a aucun effet préventif ou de resocialisation.» Les appels à mettre les dealers au frais, comme le réclament les conseillers d’Etat vaudois Jacqueline de Quattro et genevois Pierre Maudet, sont loin de le convaincre. «Il y a un principe essentiel dans le Code pénal, celui de la proportionnalité, relève Christian-Nils Robert. Enfermer quelqu’un pour une ou deux boulettes de cocaïne ne le respecte pas.»

Recourir à d’autres moyens

Face au ras-le-bol palpable de la population excédée par la hausse des cambriolages et des brigandages, que répond un abolitionniste? «Je comprends ce mécontentement, relève le professeur de droit. Les violences corporelles, les atteintes au patrimoine ont augmenté. Mais la prison n’est pas la solution. Si de nombreuses voix réclament plus de dureté, c’est parce que c’est tellement plus simple que de réfléchir à d’autres solutions.» Pour le professeur, il faudrait recourir bien davantage au bracelet électronique, aux travaux d’intérêt général ou encore aux peines pécuniaires.

Alors que le système des jours-amendes est de plus en plus pointé du doigt, Christian-Nils Robert n’hésite pas au contraire à affirmer que la sanction financière peut être très efficace. Pour certains, l’attractivité de la Suisse auprès des criminels étrangers s’explique par les peines légères qu’ils risquent en comparaison de ce qui se fait chez nos voisins. Le professeur genevois ne croit pas à cet argument et évoque une raison beaucoup plus simple. «Les braqueurs viennent en Suisse car c’est là qu’il y a de l’argent, dans les banques, aux distributeurs de billets et dans les stations-service. Les gens doivent se responsabiliser et ne pas croire que la justice va régler tous les problèmes. Il faut protéger ses biens, faire ce qu’on appelle de la prévention situationnelle.»

Dénonçant la prison comme un processus déshonorant et de brutalisation, Christian-Nils Robert admet que dans certains cas il n’y a pas d’autres solutions. «Lorsqu’un crime grave contre l’intégrité physique a été commis et qu’un diagnostic de dangerosité a été posé. Mais cela concerne 250 personnes en Suisse.» Soit bien moins que les 6000 prisonniers actuellement enfermés dans notre pays.

«La prison en question», Rencontres internationales de Genève, du 29 octobre au 1er novembre, Uni Dufour, entrée libre (Le Matin)

Créé: 30.10.2012, 05h54

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