Dimanche 18 novembre 2018 | Dernière mise à jour 10:20

Communication Un retour aux hiéroglyphes?

Les images – smiley et autre pouce levé – prennent toujours plus de place dans nos écrits. Faut-il s’en inquiéter?

Les émoticônes sont-elles un bien ou un mal?

L'EDITO

Marre de ces émoticônes qui remplacent nos émotions!

Elles sont partout. Seules ou en groupe, figées ou animées, dans toutes les messageries, parfois même sur papier, au bureau ou dans les échanges privés. Vous en avez assurément déjà croisé, sans forcément connaître leur doux nom: les émoticônes ont envahi votre vie.

Alors bien sûr, tout est parti d’une bonne intention. Dans ce monde standardisé où tout doit aller vite, comment exprimer les émotions? Au début était le «smiley», sympathique bouille ronde et jaune ornée de deux points pour les yeux et d’un sourire, un pictogramme pour évoquer l’amitié. Et si vous ne savez pas dessiner, qu’à cela ne tienne, certaines émoticônes ont leur équivalent sur les claviers, qui savent les interpréter.

Se reproduisant comme des lapins, les émoticônes ont suivi le formidable essor des outils numériques. Se multipliant, prenant forme humaine, et se déclinant même désormais avec différentes couleurs de peau, histoire de ne surtout froisser personne.

Et c’est bien là que cela agace. Car non content d’exprimer l’émotion, lesdites pastilles les remplacent. Ou plutôt, les annihilent. Envie d’écrire dans un e-mail à un collègue que vous n’êtes pas d’accord, mais sans pour autant vous fâcher avec lui? Pas de problème, vous lui ajoutez un sourire voire un clin d’œil (touche point-virgule sur votre clavier) et le tour est joué. Une critique à faire à un ami? Hop, un petit SMS ponctué du smiley à tête de cochon (tapez la lettre «o» pour le nez), et vous faites passer le message tout en faisant croire que vous rigolez.

Oui, les émoticônes c’est jeune et fun. Mais c’est aussi une manière de se déresponsabiliser dans les rapports humains, de lisser ses propos, bref, d’être émotionnellement correct.

Grégoire Nappey, Rédacteur en chef

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Cœurs brisés, cuisses de poulet, excréments, surfeurs, escargots, visages aux joues rouges, arc-en-ciel… Les émoticônes, appelées aussi emoji, dans leur infinie diversité, se glissent partout. Auparavant cantonnés à l’archaïque:-) et aux SMS, ces dessins qui symbolisent un ressenti ou un état d’esprit ont gagné du terrain dans toutes nos communications électroniques. A tel point qu’ils deviennent même un langage à part entière: le livre «Alice au pays des merveilles» a été «traduit» en émoticônes, le journal britannique The Guardian s’est récemment amusé à retranscrire un discours de Barack Obama, un roman est sorti sans mot et il existe même un réseau social – Emojli – où les symboles sont l’unique manière de communiquer.

Ce n’est pas une langue

D’ailleurs, les linguistes s’intéressent à cette évolution. «On peut se demander si l’on revient aux hiéroglyphes, période où on utilisait des images pour exprimer des idées», avance Christa Dürscheid, linguiste à l’Université de Zurich. Une nouvelle langue? «Non, il n’y a pas de structures grammaticales, les notions d’hier, de demain, de conditionnel sont très difficiles à exprimer», tranche-t-elle. Assiste-t-on alors à un appauvrissement de la langue? La chercheuse observe en tout cas un phénomène nouveau par rapport aux premières émoticônes: aujourd’hui, des emoji remplacent des mots et ne font plus que venir en complément.

Mais les linguistes ne se montrent pas inquiets pour autant. Christa Dürscheid fait remarquer que les emoji sont réservés aux conversations écrites, la menace épargne donc l’oral. De plus, elle a pu constater que ces éléments sont utilisés seulement dans un contexte privé (amis, familles, collègues). «Une personne qui postule pour un emploi ou un étudiant qui rédige une thèse n’y ont pas recours. Dès que l’on veut exprimer quelque chose d’élaboré les mots sont nécessaires», fait-elle valoir.

Pour Camille Vorger, maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Lausanne, les émoticônes répondent d’une certaine façon à un principe d’économie et de brièveté. «Cependant, ce principe est inhérent à cette communication qui se construit dans un espace hybride, nourri de signes de natures multiples, entre écrit et oral, mots et images. Que l’on utilise une abréviation ou une image symbolique, nous sommes dans une esthétique de la concision et de l’instantané qui se justifie dans ce contexte», précise-t-elle. A ses yeux, il ne faut pas empêcher les adolescents d’utiliser ces ressources car cela participe à une certaine créativité. D’ailleurs, pour elle, les émoticônes constituent un apport à la communication. Elles apportent des nuances, des effets, des précisions, de l’animation, à l’image des petits gestes que l’on pourrait faire lors d’une discussion en face-à-face. (Le Matin)

Créé: 24.04.2015, 06h34

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