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Société Les retraités sont-ils des profiteurs?

Un phénomène nouveau voit des seniors claquer leurs rentes, tandis que les jeunes doivent se serrer la ceinture: la solidarité entre générations est-elle en péril en Suisse?

Image: Stocklib

Les aînés sont-ils encore solidaires avec les jeunes?

L'EDITO

Les vieux? Aussi punks que les jeunes

La tendance est choquante. De plus en plus de retraités ou en passe de l’être s’arrangent pour retirer leur deuxième pilier et le dilapider en prenant du bon temps. Ils partent en croisière, vivent de belles années et une fois le pactole dilapidé, ils font appel à l’Etat pour les aider. Après moi, le déluge. De quoi faire bondir les jeunes qui ont toutes les peines du monde à décrocher leur premier emploi et les travailleurs qui s’échinent à remplir les caisses de pension.

Vivre le jour présent devient le leitmotiv quelle que soit la tranche d’âge. Ne sachant pas de quoi sera fait le lendemain, on pense d’abord à soi. Cautionner cette manière d’agir serait irresponsable, mais elle est symptomatique de ce qui se passe aujourd’hui.

Jeunes ou vieux, hommes ou femmes, travailleurs ou chômeurs, qui croit encore en un avenir assuré par son entreprise ou par la société? A quoi bon cotiser ou continuer de le faire si on ne reçoit que des clopinettes à la retraite? A quoi bon se tuer au travail si on peut se faire virer à tout moment pour engraisser des actionnaires? A quoi bon étudier pour pointer au chômage?

Ces cris de détresse s’inscrivent dans la droite ligne du «No future» des punks ou du «carpe diem» des Romains. Ce n’est pas inéluctable. La population doit avoir un but et un avenir. L’égoïsme latent n’est pas un problème de génération, mais de société. Alors plutôt que de stigmatiser une tranche d’âge, il faut réinstaurer la confiance en remettant en marche l’économie. Arrêtons de parler de crise, mais soutenons la croissance. La solidarité suivra. Le futur aussi.

Philippe Messeiller, Rédacteur en chef adjoint

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Toucher son 2e?pilier en capital, et le dilapider en quelques années: c’est tendance chez nos aînés. Cette nouvelle mode révélée mercredi par le Tages-Anzeiger a des conséquences. Les retraités qui se retrouvent sans le sou trop rapidement font appel à des prestations complémentaires, à la charge de l’Etat. «Lorsqu’on est dans un système de solidarité, plus le temps avance, moins on se rappelle des bases qui ont justifié la mise en place de cette solidarité. On a perdu le sens de l’AVS. Et dans le deuxième pilier, il y a absence de solidarité. Dans ce cas, on pense que l’on peut distribuer ou dilapider son capital», analyse René Knüsel, politologue à l’Université de Lausanne. Une forme d’égoïsme? «Oui, la pratique est égoïste, mais isolée. Elle pourrait toutefois se développer en raison du manque de confiance dans le 2e?pilier», fait remarquer Philippe Wanner, professeur à l’institut d’études démographiques de l’Université de Genève.

Une vie moins chiche

Le chercheur est aussi l’auteur d’une étude publiée en 2008 sur la situation économique des actifs et des retraités. Etude qui montrait que les 55 à 75?ans sont les mieux lotis économiquement en Suisse. En comparaison, les familles nombreuses, les mères célibataires, les femmes seules et les jeunes invalides sont exposés à un risque accru de pauvreté. Et de conclure: il faut réfléchir à une mesure de solidarité inverse, des aînés vers les actifs. Mais la situation n’a pas bougé d'un iota depuis lors. «Rien n’a changé quatre ans après l’étude. Les jeunes ménages et familles restent les premiers concernés par la pauvreté», confirme Philippe Wanner.

Pourquoi un tel immobilisme? «Il y a très peu de marge de manœuvre. Le système est rigide.» Des personnes âgées cossues, des jeunes en difficulté, ne faut-il pas un rééquilibrage? Le conseiller national Stéphane Rossini (PS/VS) en appelle à la prudence. «En voulant renforcer certaines catégories de la population, on en fragilisera d’autres. C’est totalement arbitraire de vouloir faire payer plus les personnes âgées! La situation de la plupart d’entre elles est d’ailleurs à la limite de la précarité, juste au-dessus. Il faut être prudent dans les équilibres.»

Et la dilapidation du capital LPP? «Ça, c’est autre chose. Je serai personnellement assez restrictif sur l’utilisation du capital. Mais ce n’est pas une histoire de conflit intergénérationnel», affirme Stéphane Rossini. Pour sa collègue Isabelle Moret (PLR/VD), la question du 2e?pilier doit aussi être abordée à part. «Il faut se demander si l’on ne doit pas protéger certaines personnes contre elles-mêmes.» Pour le reste, la vice-présidente du PLR avertit: «Le contrat de solidarité entre générations est important, mais il faut l’assumer. La charge des jeunes générations a augmenté sans que la population ne s’en rende compte.»

Fini l’âge d’or

Le débat ne fait que commencer. Autant se faire de suite à cette nouvelle réalité: «La génération actuelle sera plus pauvre que la précédente.» C’est Pierre Maudet qui l’a indiqué hier au Forum des 100 du magazine L’Hebdo. Et le maire radical de Genève de mettre en garde: «Il ne faut pas que la lutte des classes se transforme en lutte des générations.» Le scénario catastrophe inspire René Knüsel: «Une guerre entre générations est possible dans la mesure où nos sociétés pourraient mal négocier la transition, à savoir partager et renoncer au gaspillage actuel des ressources naturelles. Mais je n’y crois pas. Les générations qui arrivent sur le marché du travail s’adaptent au fur et à mesure. Il pourrait y avoir un clash plutôt sur le principe même de solidarité», indique le politologue. (Le Matin)

Créé: 24.05.2012, 22h48


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