Dimanche 7 juin 2020 | Dernière mise à jour 22:22

Coronavirus Nos rêves sont plus intenses, anxieux et érotiques

Des spécialistes de tous bords ont lancé une enquête pour mieux comprendre notre inconscient en temps de pandémie. De premières tendances se démarquent.

L'impact du coronavirus sur nos rêves intéresse de nombreux scientifiques.

L'impact du coronavirus sur nos rêves intéresse de nombreux scientifiques. Image: Unsplash/Gregory Pappas

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De quoi rêve-t-on en ces temps de pandémie? c'est la question à laquelle tentent de répondre une panoplie de scientifiques, psychanalystes, historiens, sociologues et anthropologues dans le monde.

«On sait qu'on rêve de ce qu'on vit, de notre quotidien, de ce qui nous préoccupe, et de nos souvenirs émotionnels. Donc il y avait toutes les raisons de penser que la pandémie allait s'incorporer dans les rêves», souligne Perrine Ruby, chercheuse au Centre de recherche en neurosciences de Lyon.

Début avril, elle a élaboré «en une semaine» avec son équipe une enquête pour «savoir de quoi les gens rêvent» pendant que le Covid-19 sévit et que les Français doivent rester confinés. Le projet se poursuit mais les résultats préliminaires montrent déjà que le sommeil et les rêves sont bien «chamboulés», ajoute-t-elle.

Émotions plus intenses

Un grand nombre des quelque 2'700 participants ont indiqué «dormir plus» mais aussi avoir «plus de mal à s'endormir», avoir «plus de réveils» au cours de la nuit. Beaucoup disent se rappeler davantage de leurs rêves.

«Cela peut s'expliquer par deux choses au moins: le fait de se réveiller plus la nuit et le fait d'avoir une intensité émotionnelle plus importante», précise-t-elle.

Dans les récits oniriques, elle constate «deux tendances»: «maladie, hôpital, mort, étouffement, isolement... tous ces thèmes sont très représentés» mais «en contrepoids, il y a aussi beaucoup de thèmes très positifs: interactions avec autrui, fêtes, coopération» et un «érotisme accentué».

«Il y a vraisemblablement un côté cathartique – les émotions très pénibles qu'on vit dans la journée s'expriment à travers le rêve – et il y a aussi le côté compensation: tout ce qu'on ne peut pas vivre la journée, on le vit dans les rêves», explique-t-elle.

Adieux, trains, papiers

D'autres projets cherchent aussi à éclairer cette période de crise sanitaire à la lumière des rêves, en citant notamment comme référence le travail de la journaliste Charlotte Beradt qui avait recueilli, dans son ouvrage «Rêver sous le IIIe Reich» (1966), les rêves d'Allemands entre 1933 et 1939.

La psychanalyste Elizabeth Serin et l'historien Hervé Mazurel ont ainsi collecté plus de 300 rêves dans le cadre de leur «laboratoire de psychanalyse nomade». Par mail, ils demandent aux rêveurs de faire des ébauches d'interprétations mais aussi d'envoyer «un certain nombre d'informations» pour «disposer de données plus sociologiques et ethnographiques».

«Cet événement socio-historique majeur qu'est la pandémie ébranle manifestement notre vie psychique et, l'avenir le dira, peut-être le fera-t-elle durablement», détaille Hervé Mazurel, historien des affects et des imaginaires et maître de conférences à l'université de Bourgogne.

Depuis la mi-mars, «les rêves évoluent». «Au début, il y avait notamment une tonalité qui tournait autour de la question des morts», «des histoires d'adieu». Ensuite «il y a eu énormément la présence de trains» et «la question des papiers» qu'il faut «montrer», puis «sont arrivés des rêves avec des habitats qui se transforment», esquisse-t-elle.

Pour combien de temps?

Bernard Lahire a recueilli 380 rêves, poursuivant le travail entamé dans son livre «L'interprétation sociologique des rêves». Conscient qu'il n'aura pas «d'échantillon représentatif» de la société française, le sociologue explique cependant vouloir «voir ce qui revient le plus comme thématiques».

«Je souhaite essayer de comprendre en quoi nos rêves sont poreux par rapport au monde social dans lequel nous vivons, et comment cela fonctionne», résume-t-il.

«Les rêves ont incorporé les normes, le vécu du confinement et la peur de la maladie», confirme Arianna Cecconi. Cette anthropologue, qui a notamment travaillé sur les rêves des habitants des quartiers Nord de Marseille, veut aussi s'intéresser «sur une longue durée» à la façon dont l'expérience du Covid-19 «peut continuer à nous habiter». «Combien de temps va-t-on continuer à rêver de ça ?» s'interroge-t-elle. Réponse dans plusieurs mois. (afp/nxp)

Créé: 10.05.2020, 16h00

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