Dimanche 7 juin 2020 | Dernière mise à jour 11:17

Touchant Ces Romands qui trouvent l'amour en plein confinement

N'y croyant plus, deux quinquagénaires confinés se sont trouvés grâce à un groupe Facebook romand pour célibataires. Impatients de se voir, ils témoignent.

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Image d'illustration Image: Pixabay

Manu et Eléonore organisent des événements privés dédiés aux célibataires en Suisse romande, via leur groupe Facebook Célibataire Vaud Lausanne ainsi que des événements tout public sur le groupe Events Romandie.

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Depuis un mois, Édouard*, 47 ans vit un cauchemar. Séparé de sa femme après 25 ans de vie commune, ayant perdu son emploi, le Morgien s'apprêtait à quitter le foyer pour démarrer une nouvelle vie lorsque le virus est arrivé.

Mesures de confinement obligent: ses plans de déménagement ont été gelés. C'est enfermé avec son chien dans le salon de son ex-compagne qu'il vit désormais. Chuchotant au téléphone, il nous raconte sa douleur, mais aussi l'espoir naissant qu'il trouve dans la douce voix d'une femme, chaque jour au bout du fil.

«J'ai été démoli par cette rupture. Je ne croyais plus à rien. Je pensais ne plus pouvoir faire confiance, confie-t-il. Un soir, déprimé par ma solitude, je suis tombé sur le groupe Facebook Célibataire Vaud Lausanne. J'ai publié une petite présentation. Quatre heures plus tard, j'ai eu une interaction un peu tendue avec une femme. Il faut dire qu'après mon histoire, j'avais du mal à cacher ma désillusion. Je lui expliqué que je ne voulais pas la blesser. Tout à coup, elle m'a lancé: «Vous avez des yeux absolument fantastiques!» Ça a été le point de départ. J'ai été flatté. Depuis, nous nous parlons régulièrement.»

Comme une adolescente de 50 ans

À l'autre bout du fil, Violette* ne s'attendait pas à une telle rencontre. «J'ai tout de suite flashé sur ses yeux bleu-vert. Les mêmes que mon père!», affirme-t-elle d'une voix souriante. Domiciliée à Fribourg avec sa fille, cette éducatrice divorcée depuis cinq ans vivait pourtant très bien son célibat après 20 années de mariage. «Je me suis inscrite par curiosité, car passé le cap de la cinquantaine, on fait le bilan. Mais je ne m'attendais pas à vivre ça à mon âge. J'ai l'impression d'être une adolescente!»

Quelques 2000 messages Whatsapp plus tard, des appels vidéos quasi-quotidiens, des échanges de photos de leurs familles, les deux célibataires se rapprochent malgré la distance. Édouard trouve l'oreille attentive et la positivité dont il avait besoin. Violette, elle, s'attache à la sensibilité et l'authenticité de son nouvel admirateur virtuel. «J'ai toujours pensé que sur les sites de rencontre, les hommes n'étaient là que pour draguer crûment. Et j'en découvre un profondément sensible, humble et très cultivé. Je ne m'y attendais pas», s'exclame la Fribourgeoise.

Soirées virtuelles et solidarité

Des romances de ce genre, Eléonore Stevenin 34 ans et Manu Junod 39 ans, en ont vu éclore plus d'une. C'est d'ailleurs par ce biais qu'ils se sont rencontrés. Après avoir créé le groupe il y a trois ans, le créateur a été rejoint par la Vaudoise, spécialiste du speed-dating. Depuis, le couple propose des événements privés destinés aux célibataires de la région vaudoise et alentours.

À ce jour, le groupe compte près de 3600 membres âgés de 18 à 70 ans. «Arrivé à un certain âge, ou lorsqu'on est divorcé ou veuf, il devient difficile pour les célibataires de faire de nouvelles rencontres, car il y a souvent un décalage avec leur cercle social qui mène un style de vie différent, explique-t-elle. Le confinement est venu renforcer le sentiment d'isolement. C'est la raison pour laquelle nous avons adapté notre approche en proposant des événements virtuels en live baptisés #tousàlamaison. Nous sommes ravis de voir que des couples continuent de se former même à distance!»

Des DJs qui mixent en live depuis l'autre bout du monde, des séances de sport, de relaxation ou des cours de dessin: les organisateurs ont décliné leurs offres pour que tout le monde y trouve son compte.

Mais les relations qui en sont nées ont dépassé leurs espoirs. Suite à son témoignage, Édouard a reçu des centaines de messages d'inconnus lui proposant des solutions. «Ce groupe m'a aidé à remonter la pente, assure-t-il. Vu la situation, avec les gérances, c'est compliqué. Plein de membres se sont mobilisés pour m'apporter une aide administrative, pour l'ameublement et quelqu'un m'a même proposé de m'héberger avec un terrain pour mon chien. Tout est prêt pour que je puisse démarrer une nouvelle vie. J'étais comme dans un tunnel sans fin et je commence à entrevoir la lumière.»

Impatients de se retrouver

Après plus d'un mois de correspondance, Édouard et Violette ont hâte de se retrouver. «Mais nous souhaitons respecter le confinement, indique le Morgien. Nous avons le temps, je ne veux pas presser les choses: plus cette distance se prolonge et plus notre relation se solidifie car nous apprenons à nous connaître en douceur, à saisir des aspects de nos personnalités au-delà des smileys et des mots.»

Dans quelques temps, les amants ont prévus de se retrouver à mi-chemin entre Morges et Fribourg pour une petite balade surprise que lui réserve Violette. «Elle m'a dit de me laisser guider, s'amuse-t-il. Ma seule appréhension est de ne pas pouvoir venir avec un bouquet de 60 fleurs et de paraître amaigri, mais elle me dit qu'elle m'aime comme je suis.»

Laura Juliano

*Prénoms d'emprunt

Créé: 30.04.2020, 12h25

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