Dimanche 17 décembre 2017 | Dernière mise à jour 18:35

Athlétisme Alain Berset: «Une très belle école de vie»

Le conseiller fédéral a été un coureur de 800m de très bon niveau. Pour «Le Matin», il commente les Mondiaux et raconte ce que la compétition lui a apporté dans sa carrière.

Alain Berset de retour sur la piste du stade Saint-Léonard, à Fribourg. C'est là que le chef du département de l'Intérieur a vécu ses plus belles années d'athlétisme.

Alain Berset de retour sur la piste du stade Saint-Léonard, à Fribourg. C'est là que le chef du département de l'Intérieur a vécu ses plus belles années d'athlétisme. Image: Laurent Crottet

Alain Berset (en tête avec la barbe): «Le 800m est une course racée conjuguant vitesse et puissance.» (Image: DR)

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Chez les Berset, à Belfaux (FR), on a toujours été mordu d’athlétisme. De 15 à 24 ans, Alain, le futur conseiller fédéral, s’est investi pleinement dans ce sport et a tutoyé les meilleurs Suisses sur 800m, sa discipline de prédilection. Malgré un agenda très chargé, il nous a accordé un long entretien pour évoquer sa passion qui reste intacte.

- C’est peu dire que l’athlétisme est une affaire de famille chez les Berset...

«Ma mère, marathonienne, a fini deuxième des championnats suisses de 1987 en 2h50, mon père valait 55 minutes sur Morat-Fribourg. Jean-Pierre, mon oncle, avait le niveau international sur 5000m, et Nicolas, mon cousin, a décroché un titre national sur 1500m. Mes parents ont toujours été très actifs au Club athlétique (CA) de Belfaux, qui fêtera ses 60 ans en 2018. J’ai une photo remontant à l’été 1972, où, à 3 mois, on me voit couché sur une couverture au stade de la Fin-du-Monde à Macolin. L’athlétisme est venu tout naturellement, je n’ai même pas réfléchi.»

- En quoi cette expérience du sport de haut niveau vous a-t-elle été utile dans votre carrière?

«Elle m’a servi non seulement en politique mais aussi dans la vie en général. La compétition est une excellente école de vie. Elle vous apprend à vous fixer un objectif, à vous focaliser là-dessus, et à tout faire pour y arriver même si le chemin est long. Il faut avoir cette capacité de travailler sans relâche pour ne gagner parfois que quelques dixièmes. Cela vous apprend la patience dans une société où on a parfois le sentiment que le succès s’obtient d’un claquement de doigts. En plus, vous êtes seul sur la piste. Quoi qu’il arrive, vous devez assumer. Le sport m’a aussi appris à gérer le stress. Je n’ai jamais eu autant la trouille qu’au départ d’une course où sont en jeu des mois de travail. Après avoir connu cela, j’avais l’impression que je ne pouvais plus avoir peur de rien. Cela m’a aidé lors de mes examens à l’Uni.»

- En 2003, plus jeune conseiller aux États du pays, vous déclariez que «le sport de haut niveau est plus exigeant que la politique». Vous maintenez?

«J’avais encore trop peu d’expérience. Aujourd’hui, je verrais les choses un peu différemment. Mais il s’agit de deux activités comparables, exigeant beaucoup de travail et une passion absolue. Plus jeune, quand mes copains faisaient la fête, je m’entraînais. Mais je ne regrette rien.»

- Vous courez toujours?

«Mon activité me laisse peu de loisir. Mais, cet été, j’ai pu dégager un peu de temps, ce qui m’a permis de courir en moyenne trois fois par semaine. Une fois 10 kilomètres et une fois un peu moins en fin de journée. Cette semaine, par exemple, autour de chez moi, à Belfaux. Je me sens mieux quand je fais de l’activité physique. L’hiver, je skie et de manière très physique. Surtout maintenant que les enfants ne nous retardent plus (sourire)

- Vos enfants ont 14, 11 et 10 ans. Suivent-ils vos traces?

«Les trois font déjà partie du CA Belfaux. C’est bien, car le sport est très formateur.»

- Vous les rêvez en champions?

«Je suis très perplexe. J’ai arrêté au moment où le dopage commençait à sévir. Je leur souhaite simplement une vie équilibrée.»

- Que pensez-vous de la période faste que connaît l’athlétisme suisse avec plusieurs places de finaliste aux Mondiaux?

«C’est une excellente chose. Par le passé, nos athlètes ont plutôt brillé dans le demi-fond. Là, c’est en sprint et sur les haies.»

- La retraite de Bolt?

«Jamais un champion n’a réussi à ce point le mariage entre spectacle et performance. Mais je trouve incroyable qu’il ait quasi tout gagné tout le temps.»

- Vous avez vu la victoire du Français Pierre-Ambroise Bosse sur 800m?

«Comme j’étais très occupé à Locarno, je ne l’ai qu’entraperçue en direct. Mais ensuite j’ai revu la course. L’attaque qu’il place à 250 mètres de l’arrivée est très osée, mais il réussit à tous les passer. Bravo à lui! Mais la remontée du Polonais qui a fini deuxième est encore plus spectaculaire.»

- Cette course, vous l’avez forcément regardée en expert puisque vous avez vous-même été champion de 800 m. Pourquoi avoir choisi cette discipline réputée la plus dure de l’athlétisme?

«En sprint, je n’étais pas très rapide et les longues distances n’étaient pas vraiment pour moi. Le 800m est une course magnifique, très racée, où la vitesse doit se conjuguer à la puissance. La course, en fait, ne démarre vraiment qu’aux 500m. C’est à partir de là qu’il faut tout donner, ne plus lâcher son souffle.»

- Vous avez été champion romand chez les juniors...

«J’avais 17 ans. En fait, c’était chez les cadets A, au stade de Vidy, à Lausanne. J’avais bien géré les éliminatoires, où il y avait beaucoup de concurrence. Puis j’ai remporté une finale très tactique qui s’était conclue en plus de deux minutes.»

- Vous rêviez de percer, d’aller aux JO?

«Je vous mentirais si je disais le contraire. Mais j’ai assez vite compris que je n’atteindrais jamais le plus haut niveau. Comme je n’étais pas très talentueux, je le compensais par le travail. Parallèlement à mes études, je faisais jusqu’à sept entraînements par semaine, parfois deux le même jour. À 19 ans, je suis parti une année sac au dos en Amérique du Sud. Au retour, il m’a fallu à peine trois mois pour retrouver mon niveau, ce qui était assez brutal. À 25 ans, j’ai décidé d’arrêter pour deux raisons. Comme j’avais commencé à travailler, j’avais moins de temps et je m’étais blessé. Mais cela a été un crève-cœur. J’aimais la compétition, l’ambiance, les copains.»

- Qui étaient vos idoles?

«Sur 800m, Sebastian Coe évidemment. Mais aussi Pierre Délèze, avec qui il m’est arrivé de m’entraîner ici en forêt.»

- Votre souvenir le plus fort?

«Le 7 juillet 1994, quand j’ai participé à Athletissima le jour où Leroy Burrell a battu le record du monde du 100m en 9’’85. Après avoir couru les séries nationales du 800m, j’étais en train de retrouver mon calme sur la piste quand Burrell s’est élancé. «Nom d’un chien s’il va vite», c’est ce que j’ai pensé. Ça avait de la gueule.» (Le Matin)

Créé: 12.08.2017, 14h25

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