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Voile Tous les chemins mènent au Rhum: épisode 3

Nos envoyés très spéciaux au grand départ de la Route du Rhum vous livrent les coulissent de la plus mythique des transatlantiques. Hissez haut!

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Il faut prendre le temps – et son mal en patience – de déambuler dans les allées du port de Saint-Malo. Comptez une bonne heure, sans s’arrêter pour contempler, pour rallier les deux extrémités des bassins. C'est un peu comme de traverser le Salon de l’auto à Genève un dimanche après-midi, à slalomer entre les amateurs de tuning argoviens. Une marée humaine d’envergure, à faire pâlir le repli quotidien de l’Atlantique.

«J’ai l’impression d’être aux Jeux olympiques» nous a confié vendredi matin Alex Thomson, deuxième du dernier Vendée Globe et favori dans la classe Imoca (monocoques de 60 pieds) sur le magnifique «Hugo Boss». C’est que le Britannique n’a pas l’habitude de voir pareilles foules se masser sur les pontons de par chez lui; et nous non plus d’ailleurs. «J’ai l’impression que les gens ici se rendent mieux compte que partout ailleurs dans le monde des contraintes physiques et psychologiques qui reposent sur les marins, d’autant plus sur ceux qui naviguent en solitaire, reprenait Thomson, un brin jaloux. Leur admiration vient de là et j’ai envie de leur dire merci.»

C’est la grande particularité de la course au large en France: ici, c’est un sport populaire. Vraiment. A trois jours du grand départ jeudi, ils étaient déjà près de 700 000 selon les organisateurs à s’être réunis en cohorte pieuse, dans une procession aussi lente que dévote, derrière les remparts de Saint-Malo. Alors que dans le reste du monde, la voile est un «sport de riches», comme on dit. Car oui, ça coûte cher un bateau, d’autant plus quand ce dernier veut prétendre à des records.

«Le modèle économique de la voile française est la particularité qui fait notre force, nous confiait récemment Michel Desjoyeaux dans une longue interview, chez lui à Port-la-Forêt. Dans ce milieu, à plein d’endroits dans le monde, c’est mal vu d’être sponsorisé, c’est limite honteux.» Comprenez, les riches propriétaires préfèrent généralement un entre soi confortable, sans se «salir» les mains avec le vil marketing. Pour eux, c’est les copains - ceux au portefeuille comparable - à qui il s’agit d’en mettre plein la vue en premier lieu, pas besoin de partager cette excitation avec le bas peuple. On caricature, forcément un peu, mais c’est là l’essence de la tradition anglo-saxonne. En Suisse, on a la chance d’avoir un peu des deux: des riches propriétaires et des passionnés qui se démènent pour trouver des partenaires, même si «un riche peut tout à fait être passionné», comme le note Desjoyeaux.

Sans tomber dans l’analyse sociologique de comptoir, on notera tout de même que la moyenne d’âge du public qui a fait le déplacement tend plutôt vers la fin de vie. C’est aussi peut-être parce que, le climat aidant, beaucoup de retraités ont élu domicile en Bretagne. Reste que la foule est pétillante et bigarrée, les bars à huîtres font le plein et le rhum coule à flots – sous différentes formes, du ti’punch à l’arrangé en passant par le planteur. Sans oublier les orchestres créoles, tout droit venus de Guadeloupe, qui assurent l’ambiance avant de filer accueillir les coureurs chez eux du côté de Pointe-à-Pitre.

Forcément l’écho médiatique est à la hauteur des attentes du public. Plus de mille journalistes, photographes ou reporters d’images sont accrédités. Du coup, les retombées y relatives représentent une excellente affaire pour les sponsors. Comme Banque Populaire, par exemple. Lors du dernier Vendée Globe - remporté par Armel Le Cléac’h, sur «Banque Populaire» justement - la visibilité de la marque a explosé, grâce à plus de 143 heures de présence télévisuelle, 20 000 articles, dont 15 000 sur le Web. Ces retombées ont été valorisées à plus de 55 millions d’euros, l’équivalent de dix années de sponsoring, rentabilisées en trois mois seulement.

A croire que quand la voile devient populaire, tout le monde s’y retrouve.

Créé: 02.11.2018, 15h33

Les chroniqueurs du Matin Dimanche

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