Dimanche 21 avril 2019 | Dernière mise à jour 10:14

Voile Desjoyeaux: «En France, la voile n'est pas un sport de riches»

Marin le plus titré de sa génération, Michel Desjoyeaux a quitté le devant de la scène vélique pour se mettre au service des jeunes talents émergeant. Il livre sa vision du milieu.

Michel Desjoyeaux, surnommé

Michel Desjoyeaux, surnommé "le professeur", est le seul navigateur à avoir gagné deux fois le Vendée Globe. Image: Dom Smaz

Le seul double vainqueur du Vendée Globe de l'histoire

1965 Naissance à Concarneau, dans le Finistère, dernier d’une fratrie de sept enfants.

1990 Première participation à la Solitaire du Figaro (4e). Il terminera sept fois sur le podium.

1992 Remporte la Transat AG2R et la Solitaire du Figaro la même année.

2001 Décroche le Vendée Globe dès sa première participation, avec un record à la clé.

2005 Finit deuxième du Vendée Globe, après avoir remporté la Route du Rhum en 2002.

2009 Il remporte pour la deuxième fois le Vendée Globe, une performance inégalée.

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Il a choisi un dos de cabillaud bourré d’arêtes alors qu’on lui proposait une entrecôte sauce roquefort. Michel Desjoyeaux n’est pas du genre à se laisser tenter par les solutions de facilité. Raison de plus pour lui demander pourquoi il a mis un terme à sa carrière sur l’eau.

Vous n’êtes pas plus vieux que d’autres. Pourquoi arrêter la course au large?

J’ai toujours fait ce que j’aimais faire. Je n’ai jamais eu l’impression d’aller au boulot. Mais je n’ai plus envie d’y mettre l’énergie que j’y ai mise pendant trente ans. Skipper, t’es chef de projet, tu dois prendre les décisions, donner l’énergie au groupe. À terre, t’es pas en vacances. C’est encore plus usant que de naviguer. Au moins sur le bateau, personne ne vient t’emmerder. Ça, je peux encore le faire, mais juste pour le plaisir.

Et de voir le record du tour du monde s’abaisser à 42 jours, ça ne vous titille pas?

Ça ne me titille pas, non. J’ai fait ce que j’avais à faire.

Et l’arrivée des foils dans la course au large, même ça…

(Il coupe en tapant du poing sur la table.) Ça y est, ça recommence. Depuis combien de temps il y a des bateaux à foils? 1898, le premier voilier à foils. Tout le monde dit que la Coupe de l’America a innové. C’est faux! Ce qui n’existait pas à l’époque, c’était les systèmes informatiques pour stabiliser le bordel. Aujourd’hui, l’innovation elle est là. Mais le fait de faire voler un bateau, ce n’est pas nouveau.

Alors pourquoi ne les a-t-on pas utilisés plus tôt dans la course au large?

À l’époque, ça ne marchait pas bien parce que la technologie ne suivait pas. Le carbone, par exemple, nous a beaucoup aidés dans cette direction, pour faire des appendices à la fois légers et rigides. Le bateau de M. Tout-le-monde, avec un frigo, une cuisinière, une table à cartes, ça sert à rien de lui mettre des foils. Tant que tu ne vires pas tout ça pour gagner du poids, ton bateau ne décollera jamais.

Donc on n’a rien inventé. Mais le carbone, ça existe depuis longtemps, non? Pourquoi a-t-on dû attendre?

Parce qu’on a un sport qui a longtemps été sclérosé par les gens qui ont peur de se tromper. C’est tellement facile de se tromper quand on a une idée. Si on avait bloqué tous les formats de compétition, on n’aurait jamais eu de trimaran. Juste parce que t’as peur que l’autre aille plus vite que toi parce qu’il a trouvé une meilleure idée. Alors que le jeu des sports mécaniques, c’est le progrès technique.

Ça n’a pas empêché la France de dominer la course au large. Quand on regarde les palmarès, c’est frappant.

C’est une domination de circonstance, car on a la chance d’être sur toutes les mers. Et du coup, on avance sur plusieurs fronts en même temps, ce qui est la clé de la polyvalence. De cette pluridisciplinarité naît une émulation.

C’est propre à la voile française?

Oui, nous, on fait de tout, de l’olympisme à la course au large. En Angleterre, pendant longtemps, la voile c’était naviguer entre mecs pendant la journée en se racontant ses souvenirs de guerre, et se retrouver dans un salon privé le soir pour boire des verres, où les femmes et les chiens n’étaient pas admis. Ce ne sont pas ces gens-là qui vont faire avancer le truc. D’ailleurs, ils s’en foutent de le faire avancer. En France, 90% des bateaux sont sponsorisés. Dans le reste du monde, c’est le contraire.

En France, la voile n’est pas un sport de riches?

Dans son ensemble, c’est surtout un sport de passionné. Maintenant, un riche peut être passionné, ce n’est pas incompatible. Mais le modèle économique de la voile française est la particularité qui fait notre force. Dans ce milieu, à plein d’endroits dans le monde, c’est mal vu d’être sponsorisé, c’est limite honteux.

C’est quand on voit la foule au départ du Vendée Globe que l’on se rend compte de la popularité de ce sport en France…

Quelque 400 000 personnes sur une journée, il n’y a pas beaucoup d’événements qui peuvent se targuer d’une telle popularité. En comparaison, vous n’avez qu’à regarder le monde qu’il y avait à la Coupe de l’America. Faut faire la différence entre ceux qui ont des bateaux, et qui en sont contents, et ceux que ça fait rêver. Quand j’étais sponsorisé par Géant (ndlr: une chaîne de supermarchés), le meilleur accueil que j’ai eu c’est à l’hypermarché d’Annemasse, de la part de gens qui n’avaient peutêtre jamais vu la mer.

Revenons à vous. Il y a une aura Michel Desjoyeaux?

Il paraît, ouais. J’ai jamais fait de la voile pour me montrer – quoique inconsciemment peut-être – mais j’ai juste fait ça parce que c’est ça que j’avais envie de faire.

Ça vient aussi du fait que tout ce que vous avez touché s’est transformé en or…

Je n’ai pas que réussi, j’ai aussi merdé des trucs. Mais il y a des choses dont je suis fier, oui.

Comme d’avoir une crêpe à votre nom, la préférée des Français qui plus est?

Ah oui la Mich’Déj. Pour un Breton c’est une consécration. Ça, c’est plutôt une anecdote, même s’il y a beaucoup de gens qui me l’envient.

Elle est bonne au moins?

Bah, c’est la complète: jambon, fromage, œuf. Rien de très élaboré. Mais une valeur sûre, comme moi. (Le Matin)

Créé: 11.05.2018, 14h51

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