Vendredi 5 juin 2020 | Dernière mise à jour 10:44

Multisports Le pire endroit où j’ai travaillé

Cinq journalistes de «Sport-Center» racontent des moments peu agréables vécus en reportage.

Le froid, la canicule, le huis clos, le logement pourri: on bosse par tous les temps.

Le froid, la canicule, le huis clos, le logement pourri: on bosse par tous les temps. Image: Keystone

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Le bunker

A Rio, aux Jeux de 2016, le logement ne méritait pas de figurer dans un guide touristique. (Photo: J. Caloz)

On y a vécu deux semaines et on n’a rien oublié: ni la fenêtre sans vitre de la cuisine, ni la douche qui débordait quand on allumait le robinet au-dessus du lavabo, ni la couleur douteuse des œufs brouillés au petit-déjeuner. C’était à Rio de Janeiro, lors des Jeux olympiques 2016 et, comme deux ans plus tôt à Sotchi, l’organisation avait eu la bonne idée de parquer les journalistes dans des appartements encore en chantier et surtout très éloignés du centre-ville.

Au Brésil, on vivait dans la lumière de la ville merveilleuse le jour et dans la pénombre de nos blocs de béton la nuit, où on ne croisait personne, sinon des confrères que la sécurité avait laissé entrer après avoir vérifié scrupuleusement les accréditations.

C’était triste, et c’était encore pire quand il pleuvait.

Julien Caloz


La bâche

Si la bâche est trouée, c'est de notre faute. (Photo: Malaga CF)

Janvier 2018. Le Lausanne-Sport est en pleine ébullition. La puissante multinationale Ineos a succédé à Alain Joseph deux mois plus tôt. Avec l’ambition de redonner au club de la Pontaise beaucoup du lustre d’antan. Voire davantage encore. La récente campagne de transferts hivernale a confirmé - sur le plan financier tout du moins - cette envie de sortir de l’anonymat dans lequel se trouve englué le LS depuis sa faillite en 2003. Alors 5e du classement de Super League, l’équipe coachée par Fabio Celestini s’est, semble-t-il, donné les moyens de décrocher une place européenne.

À huis clos

Pour suivre tout cela de plus près, je m’envole pour le sud de l’Espagne où le LS se prépare pour la reprise. Le but est aussi de découvrir le nouveau visage de cette équipe fortement remaniée à l’occasion d’un match amical face à Málaga.

Arrivé au stade une bonne heure avant le coup d’envoi, je me faufile sans le moindre problème jusqu’à la salle de presse, à l’intérieur de l’enceinte, totalement déserte. À ma grande surprise, je vois alors une bonne dizaine de journalistes espagnols en pleine discussion dans la salle qui leur est réservée. Je leur demande si je viens de manquer quelque chose d’important au sujet du match à venir. «Non, non, me répond l’un d’eux. Rien à voir. C’était la première conférence de presse du nouvel entraîneur de Málaga.» Sur ce, le chef de presse de Málaga nous demande à tous de quitter le stade. Je m’approche de lui, me présente et lui dis que je suis ici pour couvrir le match amical entre Málaga et le LS. «Désolé mais vous ne pouvez pas assister au match. Décision du nouveau coach qui veut procéder à des essais et ne veut surtout pas de journalistes dans la tribune.» J’insiste sur le fait que je suis ici pour suivre le LS et rien d’autre. Après cinq minutes d’attente, mon interlocuteur revient avec une mauvaise nouvelle. «Sortez, personne ne peut entrer, je ne peux pas vous aider.»

Un petit trou salvateur

Avant de tourner les talons je négocie quand même une autorisation spéciale pour venir parler aux joueurs du LS après la rencontre. Accordée du bout des lèvres. J’entreprends alors le tour du stade, mais les rares ouvertures à travers lesquelles on pourrait entrevoir la pelouse sont obstruées d’une bâche opaque.

Après une dizaine de minutes de vaines recherches, je vois une petite entaille dans cette bâche. Avec l’aide d’un petit objet coupant que je trouve tout près, je me mets à agrandir au maximum ce trou. En équilibre sur une jambe sur un petit rebord, je peux voir l’intégralité du terrain et le LS faire mieux que jeu égal avec la lanterne rouge de Liga. Je me souviens même avoir écrit que cette première sortie de l’année était des plus encourageantes pour la suite. Mais ce que j’ignorais alors surtout, c’était que cette prestation lausannoise allait presque être l’une des meilleures de toute l’année 2018.

André Boschetti


Le four

Au Mont Ventoux, notre journaliste avait davantage sué que Chris Froome. (Photo: Keystone)

Tour de France 2013. Arrivée dans un des plus beaux endroits du monde: le Mont Ventoux. Mais comme bien souvent sur la route de la Grande Boucle, impossible d'aller jusqu'au sommet pour la majorité des journalistes. Forcément, avec près de 3000 personnes accréditées, ça ferait un sacré embouteillage lors des arrivées au sommet, en y ajoutant les spectateurs, les camping-cars, les équipes, la caravane publicitaire... Bref, lors de cette 15e étape, la plupart des gens des médias sont obligés de s'arrêter loin du pied du «Mont Chauve», à Vaison-la-Romaine. Dommage, le 14 juillet dans les lacets, ça devait être quelque chose.

Cette ville provençale est belle, mais forcément, nous, on est cantonnés dans le gymnase tout pourri du coin. Dehors, c'est la canicule. Du coup, quand on s'est retrouvé des centaines à devoir suivre la course - une victoire stupéfiante de Chris Froome qui sème tout le monde et met 29 secondes à Nairo Quintana et 1'29'' à Mikel Nieve - sous une toiture de tôle, ça fait l'effet d'un four et le chapon, c’était moi. Honnêtement, je pense avoir plus transpiré que le coureur de la Sky ce jour-là.

Le papier bouclé, c'est l'apéro bien mérité. Sauf qu'il y avait eu coup de chaud et insolation dans ces conditions terribles. Ajoutez-y un rosé bas de gamme un peu trop frais... Et ç'a été l'accident!

Robin Carrel


Le congélateur

Là-dedans, promis, on caille. (Photo: Ligue slovaque)

On va croire que je me plains. Mais non, les lignes qui suivent n’ont rien d’une complainte. Juste la réalité d’un moment aussi inoubliable… que glacial. En décembre 2009, la Suisse affrontait la Slovaquie à deux reprises dans la bourgade de Spisska Nova Ves. Pour mon employeur d’alors, je devais couvrir ces matches. J’ai toujours aimé aller en reportage dans un endroit où je ne ne serais jamais allé en temps normal. Pour le coup, j’étais servi.

La patinoire de Spisska Nova Ves ferait passer la Valascia Ambri en janvier pour une station balnéaire. Sans exagérer. Température réelle durant la journée: -19 degrés. L’avantage, c’est que lorsque l’on ne sent plus la moindre extrémité de son corps, c’est qu’il n’y a pas de température ressentie. C’est dans ces conditions dantesques qu’il a fallu livrer un texte avec l’ordinateur à moitié en train de geler (et on ne parle pas des doigts). La Suisse avait gagné 1-2 (évidemment, avec Ralph Krueger) contre les Slovaques ce 19 décembre, où il faisait un temps à ne pas mettre un Slovaque dehors.

Ah oui, j’oubliais. C’est lors de ce voyage que j’ai appris qu’il pouvait neiger par -30 degrés en pleine nuit. Temps de route (seul) jusqu’à l’aéroport de Vienne? Selon Google Maps: 4h. Avec 30 centimètres de neige, comptez le double. Départ de Spisska Nova Ves: 4h30, après avoir frôlé l’incident diplomatique avec le portier de mon hôtel qui ne comprenait pas que l’on puisse quitter l’hôtel à cette heure. Une arrivée aurait été moins incongrue, il est vrai.

Grégory Beaud


L'enfer

En ce 9 novembre 1988 à Istanbul, joueurs et dirigeants xamaxiens avaient dû quitter la pelouse en se protégeant le visage. (Photo: Keystone)

Le 9 novembre 1988, NE Xamax, champion de Suisse en titre, pénétrait sur la pelouse d’Ali Sami Yen, le stade de Galatasaray Istanbul, fort d’une victoire 3-0 au match aller de ce 8e de finale de Ligue des champions. Les joueurs neuchâtelois ne le savaient pas, mais ils allaient connaître l’enfer. Le jeune journaliste que j’étais aussi. Je m’étais fait «offrir» ce déplacement pour fêter la fin de mon stage à la rédaction sportive de «L’Impartial».

A cette époque, les journalistes voyageaient dans le même avion que l’équipe. Nous avions été accueillis la veille à l’aéroport par des fous furieux – dont des douaniers – qui passaient leur pouce sur la gorge. La nuit avait été terrible, les supporters turcs ayant fait un raffut du tonnerre de Dieu dans les jardins de l’hôtel où nous logions.

Notre arrivée au stade avait été surréaliste: notre bus avait été caillassé, le tout sous le regard des forces de l’ordre dont le regard était encore plus noir que celui des supporters.

Une fois – péniblement – arrivés au stade, après avoir évité cailloux, crachats et autres, les quelques journalistes suisses que nous étions nous sommes fait indiquer nos places: au beau milieu des supporters turcs! Nous avons vécu dans l’angoisse tout au long du match.

Sur la pelouse, Xamax s’est fait dynamiter 5-0. Joueurs et officiels avaient été bombardés de boulons, pièces de monnaie, etc., avaient dû quitter la pelouse en courant et en se protégeant le visage. Tous, nous avions encore passé deux heures sous vague protection dans les couloirs lugubres d’Ali Sami Yen: «Si vous sortez, il vous arrivera quelque chose.»

Je n’oublierai jamais ce 9 novembre 1988. Après avoir donné match gagné par forfait à Xamax, la Commission de discipline de l’UEFA s’était rétractée – certains de ses membres avaient reçu des menaces de mort. Moi, c’est tout au long du match que j’avais eu l’impression d’être en danger de mort.

Renaud Tschoumy

Créé: 17.05.2020, 11h05

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