Dimanche 31 mai 2020 | Dernière mise à jour 09:06

Multisports Réduction des salaires: qui va trinquer?

Le Conseil fédéral a conditionné son aide aux clubs de foot et de hockey à une diminution de la masse salariale. Il existe déjà un profil des joueurs impactés.

En hockey, les joueurs suisses dominants, tels que le Fribourgeois Julien Sprunger, ne seront pas impactés par la réduction de l'enveloppe salariale.

En hockey, les joueurs suisses dominants, tels que le Fribourgeois Julien Sprunger, ne seront pas impactés par la réduction de l'enveloppe salariale. Image: Keystone

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Le Conseil fédéral, qui a déposé mercredi une enveloppe de 350 millions de francs sous le sapin de ligues professionnelles de football et de hockey sur glace, a lié son obole à plusieurs exigences, dont celle d’une réduction de 20% de la masse salariale des clubs qui solliciteront cette aide (sous forme de prêt). Concrètement, une société qui rémunère ses joueurs à hauteur de dix millions en 2020 ne pourra pas verser plus de huit millions en 2023, date de l’entrée en vigueur de cette obligation.

Le cas échéant, quels seront les profils les plus impactés par cette nouvelle redistribution des ressources? Les équipes vont-elles réduire équitablement les rémunérations de tous leurs pros ou le marché imposera-t-il de nouvelles échelles?

Dur dur pour les joueurs de soutien

Dans la National League de hockey, où les seuls quatre étrangers peuvent être alignés à chaque match, les joueurs nationaux bénéficient depuis longtemps d’un totem de quasi immunité. Il n’est pas rare qu’un élément de soutien, patinant huit minutes par rencontre sur un quatrième trio, empoche près de 200’000 francs par exercice. «Ce sont ces joueurs-là qui vont trinquer, estime l’agent Juho Sintonen. Les clubs ne vont pas tailler dans les rétributions de leurs étoiles, mais chez les porteurs d’eau.» Un avis qui est partagé par Gaëtan Voisard, CEO de l’agence «The 6ix»: «Le phénomène se vérifie depuis quelques saisons. Les équipes mettent pas mal d’argent sur leurs éléments dominants et de moins en moins sur les gars de soutien. Le clivage va encore s’accentuer.»Et d’ajouter: «Je peux aussi imaginer que les joueurs âgés seront poussés vers la sortie par des jeunes, moins chers.»

Un scouting à repenser

Dans le milieu de football, où le marché est plus grand, donc plus concurrentiel, Andres Perez, agent de joueurs, estime qu’il est aisé de réduire les salaires sans qu’une classe précise de pros soit plus touchée qu’une autre. «Mais pour cela, explique notre interlocuteur, les clubs doivent repenser leur organigramme.» Il détaille: «De bons joueurs qui ne coûtent pas grand chose, il y en a des milliers. Mais, pour les trouver, il ne faut pas rester dans son bureau et attendre les offres. Il faut aller les observer, aller voir la Youth League, la Coupe Gambardella, etc. En Suisse, au niveau du scouting, les clubs doivent développer leur cellule de recrutement. S’ils le font, en mettant des personnes compétentes en place, ils vont trouver des pépites pour trois fois rien.»

Généreux de son temps, notre interlocuteur étaye son point de vue à la lumière de son observation des structures mises en place dans des marchés comparables à celui de la Swiss Football League. «Le bon exemple, c’est le Club Bruges. Le club belge notamment recruté cinq analystes vidéos dont le travail à plein temps est de disséquer des matches de toute la planète. Il a donc élargi son horizon et maximisé ses chances de dénicher un bon jeune jeune qui échappe au radar de ses adversaires.» Andres Perez souligne également que l’approche de la «cellule recrutement» du club danois de FC Midtjylland constitue un modèle dont les formations helvétiques pourraient s’inspirer.

L'exemple saint-gallois

Nostalgique de l’époque où les équipes de LNA pouvaient appâter des légendes de la trempe de Karl-Heinz Rummenigge, Andres Perez demeure aujourd’hui convaincu que le vivier des pépites ignorées est accessible aux formations helvétiques qui s’en donnent les moyens en changeant leur approche d’un marché des transferts globalisé. «Prenez le cas de Saint-Gall. Certes, il faut toujours un peu de chance. Mais, en l’occurrence, parce qu’ils ont recruté de la bonne façon, les Brodeurs ont réussi à former une équipe plus que compétitive, qui présente un jeu élégant, avec des individualités dont la fiche de paie ne doit pas excéder les 15’000 francs.»

Il lance une piste: «Des clubs étrangers rétribuent des étudiants en Afrique du Nord, en Serbie, en Amérique du Sud, bref partout dans le monde, pour suivre les matches à la télévision. Ils leur donnent une mission: tout noter ce que raconte le commentateur. Ils sauront qu’un jeune de 17 ans a joué ici ou là. Et que s’il a joué en 1re division à cet âge, c’est qu’il a probablement du talent.»

Emmanuel Favre

Créé: 14.05.2020, 16h21

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