Vendredi 22 novembre 2019 | Dernière mise à jour 00:03

Extrême «Vomi or not vomi? That is the question»

N'écoutant que son courage, notre journaliste a embarqué dans un avion de voltige. Loopings et relents de nausée au menu.

Toujours profiter de faire le malin avant le vol.

Toujours profiter de faire le malin avant le vol. Image: (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

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Quelle étrange sensation de voir le soleil se lever en une radieuse matinée dominicale avec la certitude que la journée qui se profile aura le goût de vomi – pour une fois, rien à voir avec la soirée de la veille, promis.

C’est pourtant le sacerdoce que nous avons humblement accepté d’endosser, dimanche dernier. La conscience professionnelle, encore et toujours. Aucune concession à la facilité, jamais. Car il est des invitations qui ne se refusent pas, derechef quand on a fait de l’intérêt du lectorat son étoile polaire. Lorsque l’écurie Hamilton nous propose d’embarquer à bord d’un de ses avions de voltige, au péril d’une vie pourtant comblée d’insouciance, il nous faut nous résoudre à accepter le pénible office.

Alors direction l’aérodrome de Granges (ou «Gränchë») où avait lieu dimanche dernier le Red Bull Race Day. Premier obstacle, une faune inquiétante: les passionnés d’aviation. Qui sont-ils? Quelles sont leurs motivations? Jusqu’où s’entend leur réseau? Bien étrange violon d’Ingres que celui de mitrailler des coucous avec un téléobjectif.

Imaginez un instant à quoi ressemble leur vie, entre journées entières sur des chaises de camping au bord de pistes d’atterrissage et soirées diapos aussi mortifiantes qu’interminables. Pris de pitié, nous adressons une furtive prière au ciel: «Seigneur, en ce jour qui est le Tien, prends grand soin de leurs âmes.»

C'est vrai qu'ils sont jolis ces avions. (photo: Red Bull)

La magnanimité qui nous anime nous permet de nous frayer un passage à travers la foule. A l’instar de Moïse face à la mer Rouge, la dense forêt de casquettes imbibées de crème solaire, luisantes sous le cagnard, et ses doux effluves de sueur semble s’ouvrir devant nos pas.

Rendez-vous est pris avec Nicolas Ivanoff. C’est le «Federer de la voltige» nous prévient l’attachée de presse. Le pilote, calme olympien et verbe affable, en a vu d’autres – 7000 heures au guidon de son joujou. Il nous met d’emblée à l’aise. «C’est votre vol. Si vous ne vous sentez pas bien, vous me dites. En trente seconde, je peux être de retour sur le plancher des vaches.» Puisqu’il s’agit d’éviter la pénible sensation et ses ignominieuses conséquences, l’homme nous glisse un conseil: «Cherchez toujours l’horizon des yeux, ça aidera votre cerveau à comprendre ce qui lui arrive.»

Voici Nicolas Ivanoff, le «Federer de la voltige» (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

Trop facile. Nous, on aime vivre dangereusement. Alors on taquine l’amour propre du pilote. «Paraît que vous êtes Corse? Perso, j’ai toujours préféré la Sardaigne.» Il rit jaune, façon de dire «Fais le malin pendant que tu as encore la force de parler». Spoiler: je vais payer mon insolence. «Vomi or not vomi? That is the question», la rengaine tourne en boucle dans ma tête.

Avant de prendre cher, il s’agit encore d’enfiler une tenue de circonstance. Une combinaison d’aviateur, idéale pour se la péter façon «Top Gun» – et pour ne pas maculer ses habits, sait-on jamais. Au détail près que l’accoutrement en question n’offre que très peu de respirabilité - il est noir, hermétique, et le soleil tape fort. Peu importe, il s’agit d’être prêt à souffrir pour se la jouer Tom Cruise.

BG! (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

Nicolas Ivanoff nous conduit à son zingue. Un très joli biplace conçu spécialement pour la voltige. Notre guide se retourne alors et nous tend un parachute. «Bon maintenant, Florian, c’est le moment sérieux, lance-t-il en adoptant un ton de circonstance. Au cas où il y a un problème, ou que j’ai un problème, je ne pourrai plus rien faire pour toi. Ça veut dire que tu devras te débrouiller tout seul pour sauter.» Avant de sourire: «Pour l’instant, ça ne m'est jamais arrivé, mais au cas où, tu tires là-dessus», en indiquant la poignée d’ouverture de secours.

Ma gueule quand on m’explique comment fonctionne un parachute de secours. (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

Il s’agit désormais de prendre place dans le spartiate cockpit. Nicolas Ivanoff est assis juste derrière moi. A ma plus grande surprise, je dispose comme lui d’un manche à balai pour piloter l’avion. «Mais ne le touche pas, sinon je ne réponds plus de rien.» C’est entendu.

La position dans le cockpit ressemble à celle du fœtus. Pas loin d'avoir les genoux derrière les oreilles. (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

Il referme la bulle du cockpit – plus proche d’une serre, en fait, vu la chaleur étouffante qui y règne - et direction la piste de décollage. Le moteur vrombit et c'est parti.

Adieu, plancher des vaches! (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

Premier point surprenant, l’avion décolle très vite. Faut dire que le machin est conçu pour offrir un maximum de maniabilité et l’ami Ivanoff ne va pas se priver pour m’en faire étalage.

Après un petit tour au-dessus du Seeland, histoire de s’acclimater, on commence par une série de tonneaux. Déjà, ça tournicote entre les deux oreilles, alors que ce n’était que l’amuse-gueule.

On enchaîne avec un vol la tête à l’envers, histoire de faire circuler le sang direction le cuir chevelu.

Vient enfin le premier looping. D’abord ça pousse fort vers le haut, s’en suivent quelques fractions de secondes en apesanteur, avant que ça presse vers le bas. On se retrouve totalement écrasé dans le siège, le compteur indique 4G, soit le poids du corps multiplié par 4.

On en fera encore un, avant de passer au plat de résistance: la chandelle. Là, l’avion monte à la verticale puis se laisse tomber tout aussi verticalement avant de se redresser au dernier moment. La première se passe bien. Et vu que ça va, Nicolas Ivanoff en rajoute une couche. Lors de la montée verticale, il part en tonneau, histoire de totalement déboussoler son passager.

Je dois me résoudre à déclarer forfait. Ma tête ne sait plus où elle en est et la prophétie matinale – le vomi – est en passe de s’accomplir. Je suis à bout de souffle et j’ai l’impression qu’une armée de sangliers vient de me passer sur le corps. Ivanoff atterrit et ouvre le cockpit: enfin de l’air.

Et pourtant, j'étais (presque) tout nu sous ma combi. (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

«C’est normal que tu te sentes fatigué, rassure le pilote. A 5G, ton corps pèse cinq fois plus lourd. Ton sang aussi. Alors ton cœur doit faire cinq fois plus d’effort pour faire tourner la machine.» «Je viens de faire ça pendant dix minutes et je suis au bout du fart. Et toi tu fais ça toute la journée?», lui lancé-je. «Question d’habitude petit», répond-il plein de bienveillance. Promis, plus jamais je ne chercherai un Corse.

Il faut ranger l'avion. Les jambes encore tremblantes, l'aile me sert de déambulateur. (photo: Thomas Baumann for www.hamiltonwatch.com)

Il me faudra une bonne demi-heure pour retrouver mon souffle. Mais pas de vomi. Dans le train du retour, le fameux Gerbolino entre Bienne et Lausanne, je ne suis pas passé loin de rendre mon petit-déj, mais j’ai tenu bon en fixant l’horizon – merci du conseil Nico! C’eût été un comble.

Créé: 14.08.2019, 18h08

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