Samedi 21 septembre 2019 | Dernière mise à jour 15:45

Cyclisme Reichenbach:«J'ai vu Froome partir comme une fusée»

Auteur d’un très bon Giro, Sébastien Reichenbach s’est longuement confié à son retour en Suisse. Le Valaisan revient sur ce mois de folie vécu de Jérusalem à Rome, parle d’avenir et de sa personnalité effacée.

Sébastien Reichenbach (au centre de l'image) était dans le groupe de poursuivants, en compagnie de Tom Dumoulin et Thibaut Pinot notamment, lors de l'échappée mémorable de Chris Froome sur le Tour d'Italie.

Sébastien Reichenbach (au centre de l'image) était dans le groupe de poursuivants, en compagnie de Tom Dumoulin et Thibaut Pinot notamment, lors de l'échappée mémorable de Chris Froome sur le Tour d'Italie. Image: AFP

Une référence en montagne, du VTT aux grands tours

1989 Naissance le 28 mai à Martigny (VS). Il pratique d’abord le football, puis le VTT.

2008 Transition définitive vers la route, où il est rapidement catalogué comme grimpeur.

2013 Premier contrat pro avec IAM Cycling. Il enchaîne les places d’honneur en montagne.

2016 Il devient le lieutenant favori de Thibaut Pinot à la FDJ et termine 14e du Tour.

2017 Envoyé dans le décor par Gianni Moscon (Sky), il porte plainte. La procédure est en cours.

2018 Il vient de terminer son deuxième Giro, son quatrième grand tour au total.

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Vous voilà de retour après un mois sur la route. La fin d’un grand tour est-elle assimilable à une «petite mort»?

J’arrive plutôt bien à la gérer, car je suis content de rentrer. Il y a des choses qui me motivent à revenir à la maison. Mais certains coureurs ressentent un manque, car l’adrénaline montait tous les jours. Tu passes d’un rythme énorme à une tranquillité presque angoissante si tu ne l’apprécies pas.

Sportivement, vous avez fait un grand Giro. Quelle est la clé pour briller en troisième semaine, comme vous?

Un grand tour n’est pas un chemin de croix, mais presque. La principale motivation à la fin, c’est de voir le bout. Mais quand on se sent bien, on voit la difficulté autrement. Il ne faut pas oublier que je suis un équipier. Du coup, je garde des réserves en début de tour. On ne le voit pas à la TV, mais on fait souvent les 10 ou 15 derniers kilomètres en dedans. C’est capital pour la fin de l’épreuve.

Sur le vélo, qu’avez-vous pensé de la performance de Froome?

On ne s’y attendait pas. Au début, on le voyait un peu décroché. On se demandait ce qu’il faisait. Et à mon avis c’était tout orchestré pour attendre la troisième semaine et le numéro qu’il a réalisé. Je l’ai vu partir comme une fusée, c’était incroyable. Attaquer si loin de l’arrivée, on ne voit jamais des choses comme ça (sourire). Franchement, quel autre coureur que Froome ose faire ça aujourd’hui…? Personne.

Le fait que Froome soit là, puis gagne, ça changeait quelque chose à la course?

On s’est dit que Froome était un adversaire comme un autre. L’ennui pour nous, c’est que cela prenne autant de temps pour juger son cas. C’est dommage, ça traîne.

Même si vous venez de fêter vos 29 ans, Tom Dumoulin vous a traité de «vieille grand-mère» en parlant de votre façon de descendre. Ça vous a touché?

Non pas du tout, je sais que c’était plutôt pour rigoler. Je comprends ce qu’il voulait dire. Et au fond il était content que je sois là pour l’aider à rouler. Cette étape était mentalement dure, il a bouillonné et c’est sorti comme ça.

Votre leader, Thibaut Pinot, a tout perdu la veille de l’arrivée. Comment l’avez-vous vécu?

C’était vraiment terrible. J’ai vu sur son visage que c’était la fin. En dix secondes, j’ai compris que tout le travail fait depuis Israël allait tomber. Il n’avançait plus.

Il n’a jamais voulu abandonner?

Non, il voulait finir, il demandait les délais. Personne ne l’a forcé. C’est la fierté. Abandonner c’est le plus dur, la pire chose qui peut t’arriver.

Votre relation avec lui est presque fusionnelle. Vous sacrifiez vraiment tout pour lui?

C’est lui, la star. Je ne l’avais d’ailleurs jamais vu aussi fort que sur ce Giro. Il m’a impressionné, il était prêt dans la tête. Avant, il avait toujours de la peine à rester devant. Il n’aimait pas frotter. Et là c’était un autre coureur. Ce n’est que du positif pour les prochains objectifs.

Le prochain, du coup, c’est le Tour?

Pour Thibaut, oui. Mais pas pour le général. Il visera les étapes. Et puis on se tournera vers 2019.

Et vous?

Moi je ne ferai pas le Tour, ni la Vuelta. Je courrai la Route du Sud en juin puis les championnats de Suisse, le chrono et la route. Je viserai aussi les Mondiaux en fin de saison.

Cet automne, vous lancerez la «Désalpe Reichenbach», votre course. Ça sent la fin de carrière?

Non, simplement qu’avec mon frère, on a eu envie de faire revivre le magnifique parcours du Tour de France vers Finhaut-Émosson. C’est encore plus sympa de lancer ça pendant ma carrière. Je ne suis pas quelqu’un qui fait d’énormes projets. Je n’ai pas de fan-club. Ce sera l’occasion de rassembler un peu tout le monde et de contribuer à la promotion du vélo en Valais.

Quid de «l’affaire Moscon»? Avez-vous des nouvelles du tribunal?

Il n’y a rien de nouveau. C’est en cours. Je n’ai même pas encore de date pour la suite.

Avez-vous vraiment récupéré à 100% de vos blessures après cette chute?

J’ai encore des douleurs au coude. J’ai d’ailleurs toujours une plaque que je sens dans mon bras. Ça ne m’empêche pas d’être performant, mais je me réjouis de l’enlever, ça fait du poids en montagne (rires).

Steve Morabito et vous-même, allez-vous continuer chez Groupama-FDJ l’an prochain?

Personne n’a signé encore. Thibaut non plus. Et moi je le suivrai où il ira. S’il ne signe pas à FDJ, je veux l’accompagner. Mais il y a de grandes chances pour qu’il reste.

Le statut de leader ne vous intéresse donc pas. Vous resterez auprès de lui coûte que coûte?

Oui, parce que ce statut me permet de ne pas avoir de pression, d’être performant quand Thibaut en a besoin. Je sens que je suis libre, alors que la pression du résultat, c’est pesant. Un champion arrive à le faire, moi je n’y arrive pas. Il faut être au clair avec soi-même. Pour moi un champion c’est un Thibaut, un mec qui arrive à rester concentré durant trois semaines. Moi je ne pourrai jamais. Ça ne me donne pas envie. La difficulté mentale est énorme, on ne se rend pas compte. Être à 100% à chaque étape, c’est affreux. Et là je prends beaucoup de plaisir, c’est ça qui me booste!

Créé: 02.06.2018, 13h02

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