Samedi 7 décembre 2019 | Dernière mise à jour 04:03

Cyclisme Tour de France: on a aimé, on n’a pas aimé

C’est la première journée de repos sur le Tour, donc l’heure de tirer un premier bilan de ce grand raout de juillet.

Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?


On a aimé.

La course.

Une fois n'est pas coutume, Christian Prudhomme et son staff ont osé. Plutôt que la lénifiante première semaine engoncée dans les sprints à foison, les organisateurs ont inventé une arrivée pour puncher, une étape genre Flèche Wallonne et une vraie étape de moyenne montagne avec arrivée sur gravier, s'il vous plaît. Du coup, les siestes des téléspectateurs ont été raccourcies, d'autant plus que le contre-la-montre par équipes a lui aussi offert un beau spectacle, sous l’Atomium de Bruxelles.

Du coup, les coureurs ont fait la course et il s'est assez rapidement passé des choses. En prime, c'est un Français, Julian Alaphilippe, qui a mis le feu et les braises ont rapidement pris dans l'Hexagone, comme bien souvent sous le cagnard de juillet. Dommage que les deux autres Bleus, Thibaut Pinot et Romain Bardet, aient fait des erreurs «à la française» depuis. Même si la hype Pinot a finalement duré quelques jours, avant de tout perdre en une bordure, lundi…

Aussi bien organisé que des JO.

Il faut le vivre pour le croire. Le Tour de France, c'est comme si des gens tentaient d'organiser des Jeux olympiques d'hiver ou d'été, sur trois semaines, et à chaque fois dans des villes différentes. Cette année, le Tour est parti de Belgique, vient de traverser toute le pays de Nord-Est en Sud-Ouest et aucune fausse note n'est à... noter. La chose encore plus impressionnante, quand on est sur la route du Tour au milieu de ces centaines de milliers de personnes si avides de gadgets inutiles? Que personne ne finisse sous les roues de la caravane publicitaire. On a fait entièrement l'étape ce lundi et, sérieux, c'est assez incroyable.

La police.

Dans ces périodes post-gilets jaunes en France, la maréchaussée a connu son lot de critiques, sans doute légitimes. Mais nous, depuis qu'on croise tous ces gens en bleu, on est bien obligé d'avouer que ce n'est que de l'amour. Blagues, sourires, conseils pratiques et tolérances dans certaines enfilades ou rond-point à l'envers... Peut-être que pour certains gendarmes, le Tour de France est une respiration bienvenue, loin des soirées flashball contre des manifestants un peu agressifs, mais nous, on a adoré se laisser diriger dans la bonne direction sous leurs ordres avisés.

Le centre de la France

Franchement, n'ajoutez pas le Centre de la France à votre prochaine destination de voyage. Mon collègue Simon Meier et moi voulons absolument garder cette destination juste pour nous dans les prochains mois. Quand nous avons pris notre voiture de fonction pour relier St-Etienne à Brioude, puis St-Flour, et ensuite Albi, nous avons vu des paysages qui se trouvent juste entre l’absolument exceptionnel et le tout simplement magnifique. Des Plateaux à plus de 1000 mètres, des gens géniaux, des bistrots phénoménaux, des hôtels pas trop chers au service fabuleux et des forêts, des lacs, des points de vue, des kilomètres sans croiser d'autres voitures... Juste waouh!

Les Français qui s'enflamment mais perdent à la fin. Ou même bien avant la fin.

En Suisse romande, les gens adorent ça. Mais cette année sur le Tour de France, il y a de quoi exciter la pire des «Schadenfreude». Pendant dix jours, les médias hexagonaux étaient à fond les ballons. Thibaut Pinot avait fait le job avec son équipe lors du contre la montre collectif. Romain Bardet était dans la forme de sa vie. Julian Alaphilippe est encore maillot jaune. Et puis lundi, patatras. Sur une vielle étape pour sprinters, Pinot a perdu 1'40, Bardet avait déjà craqué avant et Julian Alaphilippe a avoué lui-même depuis de lustres qu'il n'avait aucune chance de l'emporter au final. Du coup, mardi, «L’Equipe» a enterré les chances du coureur de la Groupama-FDJ en une et en beauté. «Pinot, l’espoir brisé»…

Michael Schär devant.

Le Suisse de l’équipe CCC est un capitaine de route qui montre l’exemple. A deux reprises depuis le début de ce Tour de France, il s’est glissé dans une échappée et a, à chaque fois, montré que c’était lui le plus fort du lot. Alors bien sûr, entre des équipes de sprinters à sa poursuite la première fois en direction de Nancy et le «coup de bordure» qui a eu lieu lundi, il n’avait absolument aucune chance d’aller en «claquer une». Mais il ne se contente pas, au moins, de rester au chaud dans le peloton à protéger son leader. Et maintenant que les parcours difficiles arrivent, il y aura beaucoup plus de chances d’arriver au bout, alors que les cadors vont s’expliquer derrière. Reste que la haute montagne n’est de loin pas son dada…


On n'a pas aimé.

Raymond Poulidor qui se fait trimbaler.

A 83 ans, la légende française qui est devenu une expression du langage courant est toujours sur ce satané Tour de France qui lui a toujours échappée. Mais Raymond Poulidor commence – tout arrive – à faire son âge et, à nous, un peu mal au cœur. L’homme aux huit podiums sur la Grande Boucle est sous le cagnard du Village départ, dans le stand d’une grande banque jaune et signe ses autographes à la pelle. Il distribue des bons mots, mais on sent que le cœur n’y est plus vraiment. Une fois tous les VIP retirés, il faut vite emmener l’idole à l’arrivée, pour resserrer quelques mains et quelques cœurs, dans une voiture spécialement décorée de son visage, qui ravit les plus âgés des bords de route. C’en est presque devenu triste.

Les «accréds» des gens.

Dans ce genre d’immenses compétitions, tous les journalistes, toutes les personnes des services techniques et les encadrements des équipes ont des pendentifs qui leurs permettent d’entrer là où ils doivent pour effectuer leur travail. Une petite maison vous donne l’accès au «Village», un ordinateur à la salle de presse et un vélo donne accès au podium signature. Jusque-là, rien que de très normal. Mais c’est en-dehors de la course, quand il faut aller se ravitailler en ville, que ça se gâte. Certains, pour se donner une importance somme toute relative, ont tendance à flâner dans les rues de Nancy, Albi ou St-Etienne avec leur précieux sésame autour du coup, juste pour montrer qu’ils sont importants et tenter d’impressionner le chaland local. A mon avis, ce n’est pas la bonne tactique…

Les filles qui font des bisous sur le podium.

En 2019, on n’a toujours pas trouvé mieux, semble-t-il. Quand le vainqueur du jour, le coureur le plus combatif de l’étape, les maillots jaune, blanc, à pois et vert vont chercher une nouvelle tunique encore transpirants, ils sont toujours accueillis et embrassés par des hôtesses aux robes moulantes qui font de grands sourires aux photographes et se taisent. Ah, on les voit souvent, ces amateurs avec leur téléphone, faire des gros plans sur des zones sensibles plutôt que de viser les athlètes… Il n’y a pas de solutions toutes faites pour se passer de cet anachronisme, mais il serait peut-être temps de lancer quelques brainstormings sur le sujet, non?

Ce Tour zappe le Nord-Ouest.

Le Tour de France n’est que rarement vraiment le «Tour de la France». Cette année, toute la partie au Nord-Ouest de Paris a été zappée par les organisateurs. Pas de Vendée, pas de Bretagne… Alors que ce sont d’incroyables terres de vélo. Du coup, tous les fans de la petite-reine venus de ces régions ont dû faire des centaines voire des milliers de kilomètres pour aller apercevoir la plus grande des compétitions cyclistes au monde. Il y a donc des camping-cars à n’en plus finir, tous décorés de nombreux drapeaux de leur département. A ce petit jeu, la Vendée est la grande gagnante du Tour de France jusqu’ici. Il n’y a pas un kilomètre qui se roule sans voir un drapeau rouge et blanc de ce joli coin de pays.

Créé: 16.07.2019, 17h54

Publier un nouveau commentaire

Attention, une nouvelle procédure est en place. Vous devez vous inscrire ou mettre à niveau votre profil
"Le Matin" aime les débats. Mais trop d'abus ont lieu dans les forums. La politique pour commenter un sujet a changé. Vous devez créer un compte utilisateur ou compléter votre profil existant avec un numéro de téléphone mobile (vous n'en avez pas? envoyez une demande à l'adresse lm.online@lematin.ch). Nous vous prions d’utiliser votre nom complet. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de penser que de nombreuses personnes vous lisent. Et bon débat!
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.