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Angola L'Angola travaille son image avec le mondial de hockey sur patin à roulettes (PAPIER D'ANGLE)

Par Estelle MAUSSION LUANDA (Province de Luanda), 30 août 2013 (AFP) - L'Angola se prépare avec enthousiasme à accueillir le championnat du monde de hockey sur patins à roulette fin septembre espérant profiter de la compétition, organisée pour la première fois en Afrique, pour changer son image sur la scène internationale.

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Beaucoup pratiqué dans les pays lusophones et introduit en Angola par les colons portugais, le hockey sur patins à roulette (aussi appelé "rink hockey") est actuellement dominé par un trio: le Portugal, l'Argentine et l'Espagne, la tenante du titre. Avec seulement 3.000 licenciés, le hockey sur patin à roulettes est loin de pouvoir rivaliser avec le football et le basket dans le coeur des Angolais.

Il nécessite un équipement coûteux (patins, crosse et protections) ainsi qu'une piste en parquet, ce qui conduit certains à le présenter comme un sport d'élite. Mais le gouvernement a décidé de faire de l'événement une vitrine auprès des investisseurs étrangers et des opérateurs touristiques, bien décidé à changer l'image de pays bureaucratique et réticent à délivrer des visas qui colle à l'Angola.

Avec une équipe métissée pleine d'ambitions et des complexes sportifs design et flambant neufs, le pays entend offrir un visage plus accueillant et moderne, montrant qu'il a définitivement tourné la page de la guerre civile qui l'a défiguré jusqu'en 2002. Preuve de cette volonté, les fanions rouges, jaunes et noirs - aux couleurs du drapeau angolais - ont envahi les rues de la capitale Luanda depuis plusieurs semaines. Et les spots incitant à soutenir l'équipe nationale, en maillot rouge sang, se multiplient à la télévision et à la radio dans la perspective de la semaine de rencontres du 20 au 28 septembre. A une trentaine de kilomètres de la capitale, les joueurs angolais, qui ont terminé 11e au dernier Mondial en Argentine en 2011, s'entraînent dur. "Si l'on peut atteindre la 4e place, ce serait parfait. Une médaille, encore mieux, mais ce sera difficile !", explique Anacleto Silva, surnommé "Kirro" qui, à 37 ans, est le doyen de l'équipe. "La crème du hockey sera présente ici, ce qui est excellent pour le pays mais aussi pour montrer au monde que l'Angola a les moyens d'organiser une compétition qui puisse rester dans l'Histoire", avance João Viera, dit "Johe", le capitaine de la sélection angolaise, 36 ans.

Deuxième producteur pétrolier du continent africain, le pays a mobilisé les grands moyens, avec un investissement de près de 130 millions de dollars pour construire trois pavillons sportifs, des hôtels et autres infrastructures afin d'assurer un accueil VIP des quinze équipes participantes. L'Angola a également mené une grande campagne de communication à l'étranger, notamment en Europe, pour convaincre la fédération internationale et les sélections nationales de lui attribuer l'organisation de la compétition puis pour les rassurer sur le respect des délais, les démarches administratives et la logistique. "Avoir le Mondial ici, c'est très important pour notre sport, pour l'Angola et pour l'Afrique", avait expliqué le président du Comité international de rink hockey, l'Allemand Harro Strucksberg, lors d'une de ses visites de chantier en juin. "Nous ne sommes pas un sport olympique et c'est très difficile dans le contexte économique actuel d'organiser un championnat du monde, donc nous étions aussi contents que l'Angola se propose de le faire", avait-il alors ajouté. "L'objectif n'est pas seulement sportif mais aussi politique, économique et social", explique Pedro Azevedo, surnommé "Chipita", le porte-parole du comité organisateur angolais, qui dispose du soutien total de la police et des différents ministères. "Nous devons utiliser cet événement pour faire passer le message que notre pays est en pleine croissance, en plein développement", avance-t-il, soulignant les nombreuses possibilités d'investissement dans le domaine du pétrole, du diamant ou encore du tourisme. Reste que de plus en plus de voix s'élèvent dans le pays - venant de l'opposition et de la société civile - pour critiquer la débauche de moyens déployés alors que près des deux-tiers de la population vit dans une grande pauvreté avec moins de deux dollars par jour.

"On construit des pavillons sportifs alors qu'il n'y a pas assez d'écoles à Luanda par exemple, cet argent aurait pu être utilisé plus judicieusement", regrette le sociologue Joao Nzatuzola. em/clr/sd (AFP/Le Matin)

Créé: 30.08.2013, 08h53