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Brésil - Neymar: la contre-attaque politico-footballistique (PAPIER D'ANGLE) Par Yann BERNAL FORTALEZA (Brésil), 20 juin 2013 (AFP) - Ciblé par des manifestants en tant que symbole d'un football déconnecté de la réalité du pays, Neymar, la superstar de l'équipe du Brésil, a contre-attaqué en visant le gouvernement, puis sur le terrain contre le Mexique (2-0) mercredi en Coupe des Confédérations.

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Starifié dès ses débuts à Santos, club rendu célèbre par son illustre prédécesseur Pelé, le véloce attaquant à la technique supérieure était habitué à susciter des clameurs sur son passage. Majoritairement des éloges masculins et des cris féminins de son fan-club informel de "neymarzetes".

Une icône, tout juste critiquée par les supporters de la Seleçao en raison de l'écart entre son niveau en club et en équipe nationale. Mercredi, la critique a changé de terrain.

Le mouvement social qui traverse le pays depuis la semaine dernière, initialement dirigé contre la hausse des tarifs dans les transports publics, a élargi ses revendications et, outre les demandes autour de la santé et de l'éducation, dénonce désormais les sommes investies par le gouvernement pour l'organisation de la Coupe des Confédérations et du Mondial-2014.

Et un slogan a fait florès mercredi dans la marche de quelque 15.000 personnes à Fortaleza, où jouait la Seleçao: "Brésil réveille-toi, un professeur vaut plus que Neymar!"

Le joueur de 21 ans, transféré début juin au FC Barcelone pour 57 millions d'euros, était resté publiquement silencieux au lendemain de l'apogée du mouvement, lundi soir, qui avait rassemblé plus de 250.000 personnes dans les rues des principales mégapoles brésiliennes, alors que certains de ses coéquipiers twittaient leur soutien aux manifestants (Dani Alves et Fred) ou l'exprimaient en conférence de presse (David Luiz et Hulk).

"Inspiré par cette mobilisation"

Avec le nouveau slogan, il a senti qu'il pouvait cristalliser une certaine rancoeur, et est sorti de son mutisme pour aller dans le sens des manifestants, et plus loin que ses coéquipiers, à travers une charge contre le gouvernement, rare chez un sportif.

"Je suis triste de tout ce qui se passe actuellement au Brésil, a-t-il écrit sur son compte Instagram. J'ai toujours pensé qu'il ne devrait pas être nécessaire de descendre dans la rue pour réclamer de meilleures conditions de transport, de santé, d'éducation et de sécurité. Tout ça, c'est le DEVOIR du gouvernement".

La suite du message est un plaidoyer pro domo, pour signifier qu'il fait, lui aussi, partie du peuple. "Mes parents ont beaucoup travaillé pour pouvoir offrir à ma soeur et moi une qualité de vie minimum, souligne-t-il. Aujourd'hui, avec le succès que vous me procurez, cela pourrait paraître de la démagogie de ma part - mais ce n'est pas le cas - de reprendre le flambeau des manifestations qui traversent tout le Brésil".

"Mais je suis BRESILIEN et j'aime mon pays!! J'ai de la famille et des amis qui vivent au Brésil!! C'est aussi pour ça que je veux un Brésil plus juste, plus sûr, en meilleure santé et plus honnête!!! La seule possibilité que j'aie de représenter et défendre le pays est de jouer au ballon sur le terrain. Et à partir de ce match contre le Mexique, j'entrerai sur le terrain inspiré par cette mobilisation".

Promesse tenue: Neymar, déjà buteur samedi contre le Japon (3-0) d'une demi-volée du pied droit, s'est montré très inspiré contre le Mexique, deux fois décisif et de manière spectaculaire, avec un but somptueux d'une volée du gauche et une passe décisive après être passé entre deux défenseurs adverses, médusés. Pour un excellent match dans l'ensemble.

De quoi s'attirer les compliments du sélectionneur Luiz Felipe Scolari. "Neymar est un joueur dont nous tous, au Brésil, savons qu'il peut être un des trois meilleurs du monde, à 21 ans seulement", a dit "Felipao", qui n'a pas souhaité s'étendre sur le contexte.

ybl/stt/gv (AFP/Le Matin)

Créé: 20.06.2013, 11h29